3 nouvelles maisons chez Poïein éditeur

nouvelle risographie sauveur pauline éditions poïein livre d'artiste trois maisons
Extraits :
La maison digère
La maison ferme les yeux.

C’était chez lui, il y a peu, il y a cinq ou six ans, une petite éternité. Il a laissé des objets, la frange
de la masse immense des affaires matérielles, qu’on trimbale et qui s’accordent à nos gestes
essentiels. Manger, dormir, aimer, grandir, vieillir et vivre chaque jour.
Machine à l’arrêt, elle les laisse fondre sous la langue et mâchouille rêveusement. Objets usés, ils
s’amenuisent, se perdent et s’inutilisent. Oblitéré, superflus, sans valeur pour même se voir
embarqués aux portes du dernier déménagement.
nouvelle risographie sauveur pauline éditions poïein livre d'artiste trois maisons
 
Ombre sombre
Tu tournes en boitant encore, comme après tes exercices
de musculation, lors des séances de rééducation. Il fait
chaud. Septembre c’est l’été, les grillons le racontent
encore chaque soir. La lumière crue de midi, aux mille
éclats sur les pare-brise et les carrosseries. Le parking
est toujours plein en face. T’imaginais pas qu’il y avait
tant de monde tout le temps. Inlassablement.
nouvelle risographie sauveur pauline éditions poïein livre d'artiste trois maisons

P.O.E.M.E ?
Petit Objet Editorial Manuellement Elaboré

Trois nouvelles imprimées en risographie pour cette publication sous forme d’objet-livre d’artiste.
Trois nouvelles présentées et lues à l’occasion de ma résidence d’auteure à Chaumont, avec les Silos maison du livre et de l’affiche, dont le salon du livre avait pour thème : ville et littérature.

nouvelle risographie sauveur pauline éditions poïein livre d'artiste trois maisons
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Pour y arriver :
Il y a eu les conseils précis de Benjamin Cheminat, graphiste de l’agence Des monstres sous mon lit, et ceux de l’association Chaumont Design Graphique, avec qui nous avons fait les tirages.

Il y a eu des essais et des fichiers, principalement pour constituer des images en niveaux de gris pour chaque couleur (ici or et noir).

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Il y a eu les impressions à Chaumont en juin.
Il y eu le pliage des 309 exemplaires des nouvelles.

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Et enfin la finalisation chez l’éditeur Poïein : assemblage, collage et marque des éditions en rouge sur le bandeau qui sert de couverture !

Editeur qui à pris également « Désir nu » dans son catalogue (volume n°138).

nouvelle risographie sauveur pauline éditions poïein livre d'artiste trois maisons

 

nouvelle risographie sauveur pauline éditions poïein livre d'artiste trois maisons
Publication réalisée dans le cadre de la résidence de l’auteure à la médiathèque les silos, maison du livre et de l’affiche à l’occasion du 13ème Salon du livre de Chaumont, Ville et littérature, organisé par la Ville de Chaumont. La résidence d’auteur a bénéficié du soutien financier de l’Acsé, de la Région Alsace Champagne-Ardenne Lorraine et de l’Agglomération de Chaumont. Remerciements à Chaumont Design Graphique pour son aide précieuse pour l’impression, qui a été réalisée sur papier Coral Book White 110gr, par une et deux belles journées de juin 2016.
nouvelle risographie sauveur pauline éditions poïein livre d'artiste trois maisons

Recherches à la chaise – résidence Essonne #7

Autoportraits à la chaise
c’est un travail en cours pour approcher le territoire
pour le regarder
l’arpenter de ses yeux
et voir ce qu’il en ressort sur l’image
après.
C’est aussi ce qui a été filmé et enregistré
le bruit des pas dans le sable ou les herbes
le bruit de l’image de la chaise dans le chemin
C’est le parcours, avec l’objet à la main ou sur le dos ou comme il peut.
Le poids de l’objet puis le geste puis la pause puis la pose
Affaire à suivre
à lire et à retrouver sur le journal de résidence sur ma page sur remue.net
Bonne lecture !
Résidence d’auteure en cours en Essonne
avec la Bibliothèque départementale et le Parc Naturel Régional du Gâtinais Français.

Lectures *public averti en août

Oh !
Lire encore !
Avec Laurent Herrou*
Du collectif *public averti nous sommes, nous lirons donc

au Prieuré de la Charité sur Loire (58)
au café éphémère de Babette et Eva
installé pour l’été sous les arcades
Vendredi 12 août à 19h
collectif *public averti La charité sur Loire Sauveur Pauline Herrou Laurent lectures
On vous attend avec grand plaisir !
*Des infos sur le collectif sur ce blog et à suivre sur la page Facebook dédiée:
actualités, artistes invités, évènements, manifeste et…
La raison et l’histoire de cet astérisque !

Construire une table – Résidence Essonne #6

J’essaye de construire une table
à vous, ensuite, d’y manger, de l’interroger ou de faire du feu avec. 
Jean Cocteau à propos du tournage de La Belle et la Bête.

Journal La Belle et la Bête Jean Cocteau
éditions du Rocher

Lire Cocteau.
Lire le journal qu’il a tenu durant toute la durée du tournage, du 26 août 1945 au 1er juin 1946. Plonger, le suivre, chaque jour ou presque, croiser les acteurs, les techniciens, traverser les décors, le château et les paysages, les studios, la salle de montage.
Pour préparer une lecture dans sa maison, celle de Milly-la-Forêt, au mois d’août. Y lire et y revenir lire. Prévoir de prendre ma propre chaise, celle que je trimbale un peu partout au cours de cette résidence.
Découvrir comme j’ai été embarquée.
Comme la proximité ne se décrète pas mais advient. Cette sensation.
Demain, regarder le film qui est né au fil des pages.

Jean Marais, la Bête, Josette Day, la Belle et Jean Cocteau

7 octobre 1945
Je m’acharne. Je continue. Et j’aime cet acharnement. Je ne peux pas dire qu’il me coûte. Mon travail est un travail d’archéologue. Le film existe (préexiste). Il me faut le découvrir dans l’ombre où il dort, à coup de pelle et à coup de pioche. Il m’arrive de l’abîmer à force de hâte. Mais les fragments intacts brillent d’un beau marbre. Lorsqu’on pense au nombre de circonstances fortuites qui doivent se produire ensemble, à la même seconde, pour réussir une prise, on s’étonne de crier « Stop ». Ensuite ce prodige du hasard passe à d’autres dangers. L’indifférence des machines. Qu’une panne d’électricité survienne pendant que la pellicule négative se trouve dans le bain, le travail est perdu. On tremble sans cesse. (…)
J’ai une barbe blanche. Je ne m’en doutais pas. Eh bien, voilà ! J’ai une barbe blanche. Ce n’est pas grave. Le grave serait d’avoir une âme qui lui corresponde. Dieu merci, j’ai le sang rouge. Je le dépenserai jusqu’à la dernière goutte. Je n’économiserai rien.
Jean Cocteau

Et lire des extraits
de mon propre journal (de résidence) publié en ligne sur remue.net

27 janvier 2016

J’envoie un mail au propriétaire qui vend une vieille chaise bois et cuir sur un site. Ils sont à Étampes, lui et sa chaise. L’affaire réglée, il repart à pied, je repars contente. Elle bouge un peu, mais elle est jolie petite et presque légère. Tester et la chaise et l’idée de la chaise. Le corps assis dans le jardin et les phares de la voiture. Calculer le temps entre chaque prise. M’asseoir face au jardin noir de nuit. Avoir un peu froid, continuer, regarder l’objectif droit dans son œil, parce que je sais que même de très loin, même pixélisé le regard importe.
Prendre mon visage entre les mains, sourire derrière les mains, et savoir qu’il suffit d’une ou deux pensées pour pleurer réellement, la tristesse si facile. Parfois imprévisible, parfois si évidente,
sous les sédiments.
P.S.
 

Carrières de grès – résidence Essonne #5

Suite du journal résidence

menée avec Le Parc naturel du Gâtinais
et la bibliothèque départementale de l’Essonne.

21 avril 2016
Discuter. Avec Monsieur Boussard, de cette façon naturelle avec un peu plus de lenteur, due au silence et au temps qu’il lui faut pour écrire ce qu’il me dit pour que je lise à voix haute. Le dialogue avec ma seule voix, mais nos deux rires. Les témoignages de poilus qu’il a retranscrits recopiés qu’il me fait lire, le procès verbal du décès accidentel à la carrière de son oncle, ou la plainte déposée contre les carriers par monsieur Le Roi. Copies en double dont un jeu pour moi de ces documents qu’il a trouvés aux archives départementales du Château de Chamarande.

Prendre sa voiture pour aller voir sa carrière, ses carrières. Chemin sombre à travers les arbres. Une terrasse claire se dégage en contre bas le sable à nu se voit de loin. À nu parce que les moto-cross tracent remuent creusent et que la mousse ne peut résister, sable à vif les sillons des pneus. Je descends face au front de taille. La roche, ses angles nets avec souplesse par endroits, parce qu’elle casse comme elle veut, suivant les failles qui ondulent, le mouvement dans la pierre qui apparaît qui fait le bord.

 

Le contraste à nouveau confirmé de la roche et de la douceur autour, le bruit assourdi par le sable la mousse et le lichen qui envahissent là où les motos ne vont pas, souple sous les pieds le sol meuble.

Plus loin une autre carrière, celle de calcaire où se taillaient les pierres des maisons. On sent la matière moins dure, plus légère, où même à la végétation s’installe où l’eau ruisselle et creuse plus vite plus facilement, là encore immense la falaise basse se déploie.

 

Plus loin le banc de grès réapparaît. Marcher dessus puis le sol se dérobe et descend d’un cran. La terrasse se dégage aux pieds. Le sablon sous la langue immense du bloc de roche continue. Ça fait des bouches effilées des sourires d’ombre qui affleurent le sol. Ici le front de taille fait 100 mètres de long. À combien reprend la pente naturelle ? À 50 m peut-être ?

C’est ce vide le travail dur le labeur le son les coups portés la détermination devant la pierre. C’est ce vide l’ampleur de la tâche la somme du travail qui a débité ce qui était là avant, dur pour Paris et ailleurs les places les rues des pavés des bordures. Le travail de tailler la montagne de ses mains y laisser la peau des doigts des bras sur la roche du grès vif.

(…)
L’après-midi, je propose à Pierre Giraud comédien qui vient : descends à Buno, il fait beau on travaillera et on ira au café une fois prêts. On s’installe un peu plus loin vers le bois parce qu’il y en a d’autres qui écrivent théâtre jeunesse poésie.
S’asseoir au bord de l’eau dans l’herbe, les fourmis sous le pull ou la veste. «Presqu’îl-e» version lecture ou version théâtrale. La sélection de Pierre : je lui
avais dit comme tu as envie, choisis ce que tu souhaiterais lire je rajouterai
ce que je lirai. Traverser le texte avec quelqu’un d’autre. On raye avec facilité un mot, un paragraphe, souvent avec le même élan, ça non, c’est pas la peine, ça non plus. Enlever, enlever et rire. Pas trop enlever quand même me
dit Pierre.

Texte matière.

Séverine Delbosq, danseuse de la compagnie l’Essoreuse, nous a rejoints arrivée en RER. Rendez-vous au musée la collection d’objets et l’étrange ballet des personnes qui nous reçoivent élus collègues responsables. Ils se parlent et nous montrent par où passent leurs paroles, par quel chemin leur façon de communiquer, un peu d’humour un peu de mauvaise humeur feinte un peu
de ronchonnade de railleries légères. Le jeu là sous nos yeux l’architecture
invisible des conventions amicales professionnelles et qui sait politiques. La
sensation de la démonstration. Du coup, la discussion méandre du verbe méandrer qui mouve, meuble, molle, mouvante et qui louvoie se glisse sinue en
arabesques. On suit, spectateurs, on attend que les réponses arrivent, dans le
fil louvoyant. Les discussions ont eu raison du temps et on part à la carrière.
Elle est non spectaculaire, faille douce envahie, le front de taille se perd
qui lui aussi méandre. « C’est de la roche pourrie ici, 70 % de déchets
pour tirer les pavés. »
Plus haut un chêne n’en finit plus de s’effriter enchevêtré de ses branches.
À la carrière de Moigny, monsieur de Oliveira est d’accord pour les journées du patrimoine en septembre pour la restitution, donc ça sera de 10 à 12h et de 14 à 17 ou 18 heures. Deux journées complètes.
On est venu voir le sable et voir le bruit et ses couleurs et prendre un pavé. Du grès d’extraction clair presque blanc ou du grès naturel qui est gris de lichen, la calcite ?
Le sable ancestral se love en poche ronde et douce, probable bulles d’air emprisonnées qui n’ont pas permis de la compression, processus de formation du grès.
Le grès garde la trace du fer, de la rouille. Les pavés ocres à Paris le sont à cause de l’activité qu’il y a eu au-dessus d’eux, sur les bords de Seine notamment, ils le sont particulièrement, parce que caisses et chevaux et charrettes, le métal des
roues cerclées s’y est frotté, fer arraché, la rouille s’est incrustée. Elle
tatoue la pierre de sa couleur.
(…)

 

L’intégralité de l’article sur le site remue.net
et les entrées précédentes.

Bonne lecture !

Le baiser d’Orlando, texte de Mathieu Simonet

Parce que les mots sont nécessaires
le langage
le sens

posés
clairs
et particuliers
mais compréhensibles

à partager

Le 13 juin, à Paris, pendant un rassemblement en hommage aux victimes d’Orlando – photo Zihnioglu Kamil / Sipa

ce texte de Mathieu Simonet
écrivain et avocat

« LE BAISER D’ORLANDO

En 1995, j’ai vu deux femmes s’embrasser dans le hall de l’Université de Panthéon-Sorbonne, et j’ai été choqué. A l’époque, je n’avais pas internet, ma mère avait des amies lesbiennes (mais elles ne s’étaient jamais embrassées devant moi ; du moins, je n’en ai pas le souvenir). C’était la première fois que je voyais deux femmes s’embrasser. J’avais un peu plus de vingt ans, et je ne comprenais pas pourquoi j’étais gêné.
Ce premier baiser de femmes ponctuait une journée particulière. Avec un groupe d’amis, nous avions constaté qu’il n’y avait pas de visibilité homosexuelle dans les facs (je m’en étais rendu compte en discutant avec un étudiant qui avait mis plusieurs années après le bac avant de trouver l’adresse d’un bar gay) ; on était cinq je crois, trois garçons et deux filles : on avait rédigé un tract : « Pascal(e) aime Pascal(e), ça laisse trois façons d’aimer ». Ensemble, on les distribuait dans les universités. On avait commencé dans celle où j’étudiais le droit ; j’étais en maîtrise.
Officiellement, on expliquait qu’on voulait organiser un débat entre homos et hétéros. En réalité, on souhaitait entrer en contact avec les gays et les lesbiennes qui ne s’assumaient pas, avec celles et ceux qui n’avaient aucune information sur les associations, les bars, les boîtes homosexuelles. Nous avions parfaitement conscience que certains, par protection, tiendraient des propos homophobes. Nous avions décidé d’accepter toutes les insultes, toutes les critiques, pour ne surtout pas passer à côté d’un gay ou d’une lesbienne qui, par peur de se faire détecter, irait dans l’outrance homophobe. Et notre stratégie était payante. A plusieurs reprises, des garçons et des filles nous ont tenus des propos insensés (« l’homosexualité est contre-nature », « C’est dégueulasse », « Vous vous mettez à quatre pattes ? », etc.), mais qui acceptaient néanmoins de tenir entre leurs mains notre tract, et qui nous appelaient ensuite pour nous dire : « Pardon, je ne l’ai jamais dit à personne, je ne voulais pas que mes amis s’en rendent compte, j’ai honte, j’aime les mecs / j’aime les filles ». On exultait quand on obtenait ce résultat ; nous étions un mini-commando d’exfiltration de gays et lesbiennes honteux, isolés, parfois désespérés.
Notre première journée de distribution de tracts avait eu lieu le 13 avril 1995. Et à la fin de cette journée militante, les deux filles qui participaient à ce commando se sont embrassées devant moi. Dire que j’ai été choqué est sans doute exagéré. Mais j’ai été mal à l’aise, gêné. Et je ne comprenais pas ce sentiment de rejet. Etais-je, moi aussi, en partie homophobe ? Sans doute que oui. Car je crois que, pour tout le monde, voir pour la première fois un homme et une femme s’embrasser, deux hommes s’embrasser, deux femmes s’embrasser, un couple atypique s’embrasser, etc. ; voir pour la première fois telle ou telle image n’est pas anodin, surtout dans un contexte où on a intériorisé l’idée que certaines scènes ne doivent pas être visibles dans l’espace public.
Aujourd’hui encore, il ne m’est pas naturel de prendre en public par la main Baptiste qui partage pourtant ma vie depuis douze ans, avec lequel je me suis marié. Pourquoi cette pudeur ? Probablement par peur. Parce que je n’arrive pas à accomplir ce geste de manière légère. En revanche, je tiens régulièrement la main de ma meilleure amie dans la rue, et ce sans aucune difficulté. Car je sais que personne ne nous regardera.
Je me souviens d’un amoureux, au début des années 90 : par militantisme, on avait marché du centre de Paris jusqu’aux Buttes-Chaumont en se tenant par la main. C’était un jour ordinaire ; ce n’était pas la Gay Pride. On accomplissait une performance ; ce n’était pas une balade légère d’amoureux. Je transpirais. Je guettais les éventuelles représailles. Je me souviens de notre arrivée sur l’herbe. On s’est allongés. On était fiers. On avait réussi, pendant une heure, à se tenir la main, dans l’espace public.
Je me souviens également de ma première Gay Pride. En 1992, je crois. Je ne voyais pas en quoi je pouvais être fier d’être gay. Mais j’étais venu. Probablement plus dans l’espoir de rencontrer un garçon que pour accomplir un geste militant. Et cette première Gay Pride a été raz-de-marée émotionnel. Je prenais en pleine gueule que, pour la première fois, j’étais dans l’espace public avec des centaines d’hommes et de femmes qui n’avaient pas hontes d’être homosexuel. Je me souviens de mes larmes en pleine rue : pour la première fois, je n’avais pas honte. Etre fier, ce n’était donc que ça ; ce n’était pas se sentir supérieur aux autres, mais simplement ne plus avoir honte.
En 1996, j’ai terminé mes études. Cette année-là, j’avais suivi un DEA de droit international privé à Paris I et une formation d’avocat à l’EFB (l’Ecole de Formation du Barreau). Pour mutualiser ma charge de travail, j’avais choisi, pour ces deux cursus, le même sujet de mémoire : « Les couples homosexuels en droit international privé » (à l’époque, le mariage pour tous n’existait pas bien sûr. Le PACS non plus. Le concubinage non plus : la Cour de cassation refusait que des couples homosexuels puissent être considérés comme des concubins ; en cas de décès de l’un, titulaire du bail, l’autre ne pouvait pas rester dans les lieux, ce droit étant réservé au « concubin » ; plusieurs éminents juristes estimaient que reconnaître la notion de « concubinage homosexuel », ce serait ouvrir la boîte de Pandore, signer l’arrêt de mort de la famille…) ; bref, je me souviens des universitaires qui étaient gênés par le thème de mon mémoire (les profs de mon DEA se refilaient le bébé : « Je ne me sens pas très à l’aise avec ce thème. Vous devriez choisir un thème moins choquant. Ou demander à un de mes collègues s’il accepterait éventuellement de vous suivre » ; à l’époque, ces réactions me paraissaient normales ; je m’excusais, je comprenais parfaitement que ce thème puisse choquer).
Au final, j’ai obtenu une note de 16/20 pour ce mémoire à l’université, et une note de 4/20, pour le même mémoire, à l’Ecole de Formation du Barreau (le jury, composé d’un avocat, d’un magistrat et d’un universitaire, m’avait passé un savon : ils étaient choqués que je puisse associer les mots « concubinage » et « homosexuel » ; ils levaient les yeux au ciel. Ils me demandaient si j’avais conscience de l’impact de mes raisonnements sur des enfants. J’étais sorti honteux ; je n’avais pas de colère, je n’étais pas choqué par leur réaction, j’avais juste honte de ce que j’étais. Et je n’ai pas trouvé anormal d’obtenir, sur une promotion de 1000 élèves, la plus mauvaise note donnée à un mémoire).
L’année suivante, j’ai voulu commencer une thèse sur le « droit et l’homosexualité dans le monde » (je l’ai abandonnée au bout de quelques mois). Ma directrice de thèse m’avait dit : « Je veux bien diriger cette thèse à la condition que vous abordiez la question de la pudeur. Vous devez comprendre que c’est extrêmement désagréable pour une femme de s’installer à une terrasse de café dans le Marais. Que l’homosexualité ait été dépénalisée, c’est une position respectable ; que la pudeur ne soit pas prise en compte, c’est problématique. »
Quand je me suis marié avec Baptiste, dans les jours qui ont suivi la promulgation de la loi pour le mariage pour tous, je voulais qu’il y ait des enfants présents dans la salle des fêtes. Je voulais que ce qui avait été invisible pour moi, soit banal pour eux. Et nos amis étaient bien sûr venus accompagnés de leurs fils, de leurs filles. C’était normal, simple, banal. Ces enfants nous ont vu nous embrasser. Et ils ont applaudi. Et c’est important.
Ce n’est pas anecdotique, je crois. C’est important.
J’y ai repensé en lisant les déclarations du père d’Omar Mateen, le terroriste d’Orlando. En découvrant le massacre commis par son fils, il a tout de suite expliqué que cet acte n’avait rien à voir avec la religion. Il faisait remonter l’origine du drame à une scène survenue à Miami quelques semaines plus tôt : deux hommes s’étaient embrassés devant Omar Mateen et son fils de trois ans. Ce couple gay avait même récidivé dans les toilettes pour hommes. Pourquoi donner ce détail ? Etait-ce pour donner une circonstance très légèrement atténuante au crime commis ? Ou était-ce pour dénoncer l’homophobie de son fils ?
Je crois que pour le père d’Omar Mateen (et pour de nombreuses personnes), il va de soi qu’il ne serait pas approprié, surtout quand on est homosexuel, de s’embrasser devant un enfant de trois ans. Je crois, surtout après Orlando, que c’est une erreur. Que nous avons tous une responsabilité. Que Baptiste et moi (comme beaucoup d’autres), nous devrions nous remettre en cause. Pourquoi n’arrivons nous toujours pas à nous prendre la main dans la rue, dans un quartier qui nous est inconnu ?
J’ai entendu, depuis quelques jours, ces débats sur la manière dont les médias ont traité le drame d’Orlando (certains estimant que le caractère homophobe n’avait pas été suffisamment mis en avant, d’autres estimant au contraire que les médias avaient clairement affirmé que ce massacre avait eu lieu dans une « boîte gay », et que cela suffisait à souligner le caractère homophobe du massacre).
J’ai entendu également qu’on se demandait si les choses n’étaient pas plus complexes qu’on ne le pensait : Omar Mateen n’était-il pas un gay refoulé ? Si tel était le cas, peut on parler de tuerie « homophobe » ?
Oui. Oui, bien sûr. On peut être gay et homophobe. Moi même, dans une moindre mesure, j’ai été homophobe : j’ai longtemps considéré que l’homosexualité était inférieure à l’hétérosexualité. J’ai longtemps considéré que j’aurais préféré être hétéro. J’ai longtemps considéré qu’il était normal que les gays n’aient pas exactement les mêmes droits que les hétéros. J’ai longtemps considéré qu’il était normal de ne pas se tenir la main dans la rue. J’ai longtemps considéré qu’il était normal de prendre des pincettes pour ne pas choquer les personnes âgées, les enfants, les religieux, certains membres de la famille, certaines connaissances professionnelles, etc.
Oui, dès le début, les médias ont mis en avant que le lieu du drame était une boîte « gay » (probablement que certains journalistes, il y a vingt ou trente ans, auraient été plus discrets sur la nature de cette discothèque). Donc, oui, la visibilité homosexuelle du drame n’était pas inexistante dans les médias. Pour autant, et beaucoup l’ont souligné, la spécificité homophobe du drame n’était pas inscrite en grosses lettres, dans les titres des journaux. Dans la hiérarchie des informations, le caractère homophobe du massacre n’occupait pas la première place.
Je perçois, en discutant ici ou là, qu’il y a comme un clivage entre ceux qui sont choqués que le mot « homophobe » ne soit pas inscrit « en plus gros », et ceux qui estiment qu’on chipote, que ça va : on sait tous ce c’était un attentat contre les gays.
Aujourd’hui, on a bien sûr besoin de tout sauf de creuser de nouveaux clivages. On a besoin de se comprendre. De ne pas traiter d’homophobes les journalistes qui n’auraient pas utilisé tel ou tel titre. De ne pas traiter d’hystériques les gays et les lesbiennes qui se sentent nier dans leur qualité de victimes.
Car, oui, je crois que nous sommes beaucoup à nous sentir victimes. A avoir en tête, depuis des mois, les images de gays, yeux bandés, jetés du haut d’un toit par les membres de Daesch. Oui, nous savons que nous suscitons la haine. Et que les victimes d’Orlando, ce sont d’abord ceux qui étaient sur place et leur famille, mais aussi tous ceux qui symboliquement, par ricochet, sont atteints dans leur identité. Et c’est parce que nous nous sentons victimes que nous pouvons être blessés, à des degrés divers, par la manière dont tel ou tel article peut minimiser le caractère profondément homophobe de cet attentat.
Tous les policiers se sont sentis intimement visés par le crime récent de Magnanville. La minute de silence organisée dans tous les commissariats a participé à cette prise en considération de la douleur intime, symbolique, de chaque fonctionnaire de police, atteint indirectement par l’assassinat de Jean-Baptiste Salvaing et de Jessica Schneider.
De la même manière, de nombreux gays et lesbiennes se sont sentis atteints, spécifiquement, par Orlando. Et la blessure de ne pas occuper l’espace public, dans des proportions similaires à ceux des hétérosexuels, est ravivée par tout signe qui viendrait minimiser le caractère homophobe de l’attentat d’Orlando.
Les symboles, les titres, les images, les mots. Tout compte. Daesch l’a parfaitement compris. A nous de réinventer du symbole. Comme ces deux familles d’un couple tué à Orlando, qui ont décidé d’organiser des funérailles communes. A nous de nous embrasser dans la rue, parce que les baisers ne seront jamais responsables d’un attentat. A nous aussi d’imaginer que les deux enfants de trois ans (celui d’Omar Mateen et celui du couple de policiers assassinés) se tiendront un jour la main. Car aujourd’hui tout les sépare. Sauf l’âge. Et un avenir en partie commun. »
Ce texte a également été publié sur le site du Nouvel Obs

Nouvelles maisons et préparations – Chaumont #8

La restitution d’une presque année de résidence se prépare aux Silos, maison du livre et de l’affiche, de Chaumont.

Exposition multiple :
Des portraits en quartier, fait avec les habitants de la Rochotte

Des Photos des installations réalisées par les écoliers de Bricon, dans leur classe et dans le beau jardin Agathe Roullot, intérieures et extérieures, Permutations Poétiques.

Le son, la voix, des étudiants du Lycée Charles de Gaulle, sur leurs textes.
Et la mise en forme d’une publication-création en riso(graphie).

Projet qui a pu débuter grâce aux efficaces conseils, en quelques minutes (décisives) de Benjamin Cheminat, graphiste de l’agence Des monstres sous mon lit, et à ceux de l’association Chaumont Design Graphique, avec qui se feront les tirages.

La riso est une machine entre le copieur et l’imprimante, qui fonctionne sur le principe de couleurs qui se superposent (une seule couleur peut avoir plusieurs niveaux de concentration). Le résultat est intéressant car imparfait, les couches étant légèrement décalées.

Ici tests bicolores : Noir et Or, faits sur mon imprimante qui elle, ne décale rien. Le rendu riso sera un peu moins net, moins uniforme et plus intéressant.

Affaire à suivre !

nouvelles texte photo sauveur pauline résidence d'auteure Chaumont impression riso

 

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Envisager – résidence Essonne #4

Extrait du journal de résidence
mené avec la Bibliothèque départementale de l’Essonne
et le Parc Naturel Régional du Gâtinais Français.
 
10 février 2016
La carte postale, la question de l’image et les questions dans l’image.
Cette carte, invitation participative, sera à déposer par les participants directement là où elle aura été prise, chaque lieu qui prendra un stock de cartes aura donc une boîte pour les réceptionner. Préciser ce que c’est : un P.O.P.S, un petit objet poétique et singulier, pour donner envie de répondre poétiquement.
Dire ce que c’est.
autoportrait BDP et PNR Gâtinais Essonne résidence d'auteure sauveur pauline
Sortir de la communication me dis-je, sortir et aller vers l’invitation, l’objet poétique, le revendiquer, l’afficher, l’affirmer, ce qui fera la différence ?
Essayer une image au verso, grisée, photo à la chaise, traitée comme un fond. Essayer la chaise dans le paysage dans la carte postale.
autoportrait BDP et PNR Gâtinais Essonne résidence d'auteure sauveur pauline
Se rendre compte que le retour en arrière n’est pas possible : les trois questions s’éclairent de la présence de quelqu’un dans l’image, du corps et de sa chaise. Penser à mettre le mot pierre pour que le grès revienne, lui qui affleure, qu’il affleure donc dans l’écriture et l’invitation.
Des dates probables avec Séverine Delbosq, avec Pierre Giraud, avec Laurent Herrou, avec Mathieu Simonet, avec Barroux, avec Caroline Bartal.
Comme un cadeau ces rencontres.
Appelé hier soir le gérant de la pizzeria-bar-épicerie. Quand je me présente il répond : attendez, je m’assoie et vous allez me raconter une histoire. Cette histoire voulait-il dire ? Cette histoire de lecture ? Et quand j’évoque le projet Presq’îl-e : ah, ça, si on commence à entrer dans le sujet on va en avoir pour des heures : devenir soi, ça concerne tout le monde.
Le plaisir que c’est de s’entendre dire ça, exactement : racontez-moi, allons-y, je m’assois.
16 février 2016
Johann le Guillerm. J’ai un livre sur cet artiste, qui se définit comme un alchimiste qui cherche à créer ce qui n’existe pas encore, en marge du cirque. Sur ce que c’est que l’espace, l’espace du mot cirque, qui est non frontal. Qui aborde le corps-outil, qui crée un monde de tensions, qui amoncelle, assemble, rassemble, fait fonctionner, avancer, marcher des éléments. Chaque seconde de son spectacle « Secret » m’a plu, une à une, chaque scène, l’imaginaire prend vie, sous la forme d’une machine, d’un objet animé et poétique, d’un animal mécanique. Et ce dialogue muet du corps dans l’espace qui joue, sans précipitation, avec lenteur parfois minutieusement, parfois comme une fuite ou un combat.
23 février 2016
Envisager.
Tout le temps ce verbe.
Avancer, dans les strates du projet, la question de la vidéo, du son, du journal, des ateliers, des rencontres.
Écrire « envisager » ne suffit pas.
Écrire, décrire, développer, travailler.
24 février 2016
Pas de photo à la chaise aujourd’hui. Trop tard et trop de pluie. Lecture à voix haute (aimer lire) au démarrage de l’atelier maquettes structure cabane refuge maison. Avec contraintes littéraires. C’est prenant, avec grand plaisir. Pluie dans la cour commune à la bibliothèque et à la pizzeria. Rentrer au parc faire le point, rire et s’organiser pour le lendemain. Du monde au château le soir : Anaïs, Anne et ses enfants Adèle et Nathan et Samir. Vincent arrive tard. Manger ensemble et parler d’amour et de sexe. Longtemps. S’exclamer mais c’est le seul truc important !
Se garer loin, puis trimbaler la chaise tout le long de la piste cyclable interdite aux voitures qui s’enfonce dans les bois.
25 février 2016
Se garer loin, puis trimbaler la chaise tout le long de la piste cyclable interdite aux voitures qui s’enfonce dans les bois. Le Cyclop est monumental et endormi en travaux d’hiver.
Cyclop BDP et PNR Gâtinais Essonne résidence d'auteure sauveur pauline
Cyclop BDP et PNR Gâtinais Essonne résidence d'auteure sauveur pauline
Sa langue dans le plan d’eau aux 400 m2 de miroirs couverts d’un filet parce qu’ils tombent, reflétant la forêt. Les remplaçants (miroirs) attendent l’autorisation administrative depuis des années. L’oreille géante bouge sa tonne sur une charnière immense, les passerelles et les balcons, la tour éphémère dégringole immobile depuis 25 ans de travaux et d’entretien sans fin.
Cyclop BDP et PNR Gâtinais Essonne résidence d'auteure sauveur pauline
La molécule de la pilule, matérialisée, voulue, invitée dans la bouche du Cyclop, dans l’arrière-gorge, cette nécessité de la dire, de l’avaler, de l’intégrer, cette liberté qu’elle donne qu’il faut affirmer et protéger et le besoin de se battre pour se faire entendre, depuis le début, le boulot que c’est.
Le sol en damier et la sculpture de Niki à toucher porte-bonheur les cornes et les crânes de céramique joyeuse. Le compteur électrique pour l’énergie qu’il a fallu attention ne pas débrancher les fils (et les filles ?).
La bouche d’aération de Beaubourg tournée vers le bas comme un plongeoir Invitation au suicide (de Niki) avec un crâne monumental.
Le pénétrable sonore (de Jesús-Rafael Soto) cube fébrile de tubes suspendus avec un vide au centre pour écouter les cloches qu’on croirait folles. ça sonne plus fort quand c’est un grand qui passe à travers, à cause des épaules.
Cyclop BDP et PNR Gâtinais Essonne résidence d'auteure sauveur pauline
La suite sur le site remue.net : Notes #7.
A lire également les notes précédentes ainsi que les autres rubriques sur la page de la résidence
Belle lecture !

Lecture en maison d’arrêt et Permutations école jardin – Chaumont #7

Pour l’après midi doucement l’émotion particulière se déploie le lieu oui mais plus intimement le texte rendez-vous à la maison d’arrêt rencontre lecture à nouveau cette étrange sensation d’une surveillance et d’une gestion réglementaire qui serait pourtant familiales de l’entrée et des passages par les portes verrouillées dévérouillées, revérouillées. L’émotion qui est du trac et autre chose aussi parce que le texte que je viens lire est presque premier avoir choisi de lire ce qui n’a jamais été lu parce que des volontaires se sont inscrit décidée à venir avec ce qui aura une incidence donner quelque chose de réel enjeu en je en jeu l’histoire d’une naissance à travers un drôle de rêve parfois mauvais souvent même.
Ils sont quatre hommes nous sommes trois femmes et je sens que ma voix déraille en commençant à dire avant de lire et trouver le ton que ce texte fait dans ma tête.
Le voyage le trajet j’espère que je vous ai embarqué loin dira l’un ah oui dira un second trop loin même dira l’autre et on en rit parce que c’était une sorte  e constatation de voyage à revenir à cette table pour moi et à plus que ça pour eux chacun et celui qui n’a pas parlé tout de suite.
Les photos du brise-glace qui est dans le texte plein la table les livres et Désir nu livre culotte que chacun regarde solitaire pendant qu’ensemble avec les autres on discute.
La trace de plâtre sur fissures de la porte voûtée plein cintre de pierres emmurée blindée de métal maintenant. Les barreaux s’oublient puisqu’on les voit peu dans la salle mais les lames effilées du barbelé me frappent à chaque fois au dessus de nos têtes au moment de sortir par la dernière porte du mur d’enceinte.
Le lendemain matin un appel de l’institutrice on maintient je dis je vous suis de toute façon puis effectivement découvrir l’étendue de la pluie qui persiste et se renforce une moitié des élèves sera à l’abri accueillie dans l’école proche et les autres nous attendent déjà ça crie du haut du jardin on est à nouveau ravis de se trouver là vaguement abrités par les auvents des cabanes à outils. Chacun a ses affaires extraites de l’école pour être installées ici lieu au choix et je me précipite avec l’appareil dès que l’une ou l’un a terminé et appelle il pleut sans discontinuer manteau ouvert j’y protège dès que je peux mon appareil qui prend l’eau sans râler.
Il fait froid et je tape des pieds.
La maman qui accompagne sourit la maîtresse rigole moi aussi les élèves aussi sauf ceux qui sont sérieusement concentrés. Je suis admirative de leurs installations ils ont exactement compris cette chose que c’est de poser un élément dans un lieu et d’organiser en dialogue.
Le geste la liberté la projection et le principe de réalité avec ce qu’on a dans les mains et l’immense envergure de ce qu’il est possible d’imaginer, je crois que j’y projette le corps et notre condition même, humaine. La respiration que c’est de poser, ça, là, exactement, sans que personne n’ait rien à y redire, mais tout à y voir. Courir sous la pluie tous ensemble rend le moment intense et vivant on ne peut pas être qu’à moitié sous la pluie on est tous bien là.
Une vingtaine de Bic sur le banc en pierre et leur répartition aléatoire mais en tension à équidistance les uns des autres, la petite diagonale des surligneurs au centre de la hutte, sourire de la boîte qui se prend pour un nid dans les branches, s’étonner de l’assemblage entre les deux noisetiers, de l’empilement de manuels scolaires qui prennent l’eau déjà, prendre en photo les mains vos mains voilà de chaque côté de ce qu’ils ont installé sur les plateaux extérieurs des abris à outils.
sauveur pauline permutations école Chaumont résidence d'auteure
Tout le groupe repart et nous attendons les grands. Leurs installations diffèrent très attachés à ce qu’ils ont mis au point au préalable le matériel sert à plusieurs il faut attendre que chacun ait fini et que la photo soit prise. Les objets se conjuguent différemment les empilements s’équilibrent et signifient on est proche de la sculpture parfois tour immeuble personnage bombe de dessin animé.
sauveur pauline permutations école Chaumont résidence d'auteure

Quelle chance ils ont ces gamins d’avoir leurs deux maîtresses aussi engagées à les seconder les tirer les pousser leur apprendre leur montrer les accompagner entières qui les regardent aussi qui ouvrent leurs yeux sur chacun et qui découvrent et accueillent aussi elles acceptent d’être étonnées d’en apprendre. Quelle chance. Cette complicité qui n’est jamais donnée d’avance et là le plaisir qu’on a partagé.

Permutations – Chaumont #6

Arrivée à Chaumont
Un peu de temps et un café
Contente d’être la
On part pour la Rochotte
C’est atelier panier pour œufs de Pâques, atelier photo prévu mais reste à dire expliquer et embarquer des participants. Elles sont d’accord les trois mamans et les filles, ils sont d’accord les fils et chacun prend une chaise. Portraits dans le quartier, du quartier des habitants souriants et des chaises en ligne on s’installe et l’idée que c’est curieux tout de même que c’est pas commun juste ça les chaises dans le bout de jardin où il y a déjà des primevères. C’est étrange de poser et d’ailleurs je ne leur demande rien mais on discute et on rit les enfants sont fiers de leur réalisation les mamans acceptent de s’asseoir avec les enfants sur les genoux.
Deuxième installation entre les piliers de la coursive du rez-de-chaussée il faut se tasser un peu pour tous s’y asseoir puis enfin sous les arbres plus loin ça fait une colline alors je grimpe dans une jardinière
aux fleurs absentes pour être à la même hauteur, chaises dispersées, on se
demande ce que vous attendez je dis.
sauveur pauline la Rochotte habitants Chaumont résidence d'auteure permutations
Retour à la maison de quartier les autres paniers avancent de nouveaux arrivants une femme et son mari monsieur très élégant, lui veut bien
et une maman me dit non non non je ne suis pas bien sur les photos vraiment je réponds qu’il ne s’agit pas d’un portrait classique plutôt une vue dans le quartier et des habitants après trois refus à mon quatrième essai avec les photos de la séance d’avant avec le mur de micro ondes elle s’étonne sourit et accepte d’autant que son fils veut participer et que sa fille plus jeune veut suivre son frère. Tous les quatre s’installent avec les chaises et le presque soleil qui dessine les branches sur le mur de l’immeuble où vivent les chats dans la cave. Les rires sont magnifiques et le plaisir d’essayer ensemble sans autre enjeu que celui d’être là eux qui s’assoient  moi avec l’appareil et absolument rien de grave on réfléchit ensemble les idées de chacun à voix haute le monsieur indique le cerisier en fleur là-bas et je pense à l’élégance de la femme qui se tourne vers ses enfants et qui dira à la fin quand on porte les chaises vers le retour qu’en fait c’était bien.
sauveur pauline la Rochotte habitants Chaumont résidence d'auteure permutations
Jeudi matin tôt debout pour aller à l’école permutations le jardin dans l’école aujourd’hui on est en avance et décidément les sourires en arrivant de bus on est mutuellement contents de se revoir j’ai le temps d’un café parce qu’il y a une sorte de petite récré avant que la matinée ne commence ils ont chacun préparé un extrait de jardin la maîtresse en famille est retournée au parc Agathe Roullot le week-end pour pouvoir alimenter encore ses élèves de branches du lierre du houx de l’if et des graviers. Commencent les installations elles ont été réfléchies et testées et améliorées ils se sont emparés de l’idée pour que ça soit un paysage un dessin un collage un zoo là c’est l’eau des requins et là les girafes certains ont choisi dans les étagères d’autres au pied de la table sur une écorce une pierre c’est un visage oui c’est toi elle éclate de rire à l’idée qui lui plait. Je demande elle trouve ils tiennent on essaye ensemble un réflecteur grande feuille de papier blanc pour lumière de dehors parfois nécessaire ah oui ça éclaire les reflets sur les feuilles je râle un peu contre la balance des blancs c’est nuageux ou fluorescent mais pas les deux alors que si justement.
sauveur pauline permutations école Chaumont résidence d'auteure
sauveur pauline permutations école Chaumont résidence d'auteure
L’autre partie de la matinée c’est le calme et la confiance et la voix enjouée de la maîtresse qui me dit l’école désertée tous les petits partis de sortie alors l’envolée des grands au top départ c’est la course permutations dans la salle info dans le couloir devant la porte vitrée de la cour au pied du copieur sous le bureau de l’atelier dans la classe oui parce que c’est tranquille et je grimpe sur la chaise puis le bureau pour prendre de là haut l’image puis la salle de sport les tables le hall la symétrie du carrelage dans l’axe de l’entrée l’axe de la feuille l’axe de l’installation je redis la force du cerveau qui réfléchit et qui dit aux bras de faire faire aux mains la symétrie des éléments qui se posent, à l’image de la première symétrie que l’on voit le visage les visages qui se sont penchés sur nous.
Je me suis étonnée en même temps de la brusquerie qu’ils ont entre eux et de l’énervement joué qui devient vrai les bousculades qu’ils ont pour s’agacer beaucoup c’est présent autant que cette envie de faire et l’enthousiasme de participer et de le crier fort pour le dire plus
Discussion des adultes avant de repartir sur les prévisions du lendemain pluvieux le bus est réservé cet accord ensemble que c’est pas si grave la pluie qu’il reste une chance que ça ne soit pas un déluge et qu’on maintient on saura faire dans tout les cas.

Habitants participants – Chaumont #5

Attention c’est chaud, ça brule !
Les enfants, vous venez ? Aller, on partage.
Une part. Vous faites passer.
Les enfants en ont tous eu ?
Maman y a pas la fève ! (une toute petite voix).
Attend je t’explique, là, tu poses la pâte, puis tu poses la fève et puis tu mets le truc.
Et toi, tu restes un peu ?
Heureusement qu’on a cette salle, hein ?
J’avais pris mon lapin, mais je l’ai rentré, il a peur sinon. Mais j’en ai un autre.

résidence auteure sauveur pauline Chaumont la Rochotte permutations atelier photo

En janvier.
On est passé à l’Eco-point.
Qui est une invention simple et judicieuse et pas couteuse, de l’office d’HLM du quartier : pour lutter contre le lâcher de monstres sauvages, choisir un garage inutilisé. Lui coller une belle et immense pancarte. A partir de là, il suffit de lâcher le monstre devant la porte basculante. A n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. La télé foutue, le frigo qui chauffe, le canapé élimé, la chaise abimée, la table à trois pattes. Le technicien-gardien, passe, voit l’objet à jeter et le range très méticuleusement dans cet ancien garage, en vu de son recyclage.

On m’a dit : ça te tente l’Eco point ?
Tu fais ce que tu veux avec tout ce qu’il y a dedans.
Ah oui !

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Donc à l’Eco point.
Puis la maison de quartier où la séance galette des rois se prépare.
C’est une bonne idée, les participants sont nombreux.
Puisque les galettes sont au four, presque tout le monde se laisse convaincre, ceux venus avec un objet comme ceux venu pour le goûter.

Le mur de micro-ondes,
un fauteuil
des sourires encore
des rires
de la timidité devant l’appareil
de leur part de l’amusement bienveillant
devant mes idées curieuses
du sérieux et de la lumière dans les yeux
avec un objet ou pas dans les mains.

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Etre dehors,
assis dehors
poser, avec deux petites soeurs
la grande est fière et belles et les jumelles suivent

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Je me sens reconnaissante
chaque fois
pour ces moments, ce temps
qu’ils acceptent de partager
leur attention
qu’ils accordent à ce projet
ces photos

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Et puis
Rentrer le fauteuil
rentrer les micro-ondes
rentrer au chaud
manger de la galette fumante

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merci à vous 🙂
et merci à l’équipe des Silos, maison du livre et de l’affiche
Et maintenant, préparer l’expo de juin…

Témoignages des descendants de carriers – Résidence Essonne #3

Je suis née le 24 décembre 1934 à Arbonne la Forêt. Mes parents étaient originaires de Slovaquie. Ils sont arrivés en France en 1929.

A Arbonne, il y avait essentiellement des agriculteurs. Les gens avaient des fermes et il n’y avait pas d’ouvriers carrier. La main-d’œuvre était essentiellement Slovaque, Portugaise et Italienne.

Alors moi le jeudi j’amenais le repas de mon père en vélo. J’aimais bien aller en  forêt. Il travaillait vers Noisy sur école vers la forêt des trois pignons. Il fallait s’enfoncer dans le bois où il y beaucoup de châtaigniers. J’allais le regarder travailler et je lui apportait son repas. J’aimais beaucoup le voir.

Pour travailler, les patrons de carriers devaient avoir des concessions. Pour cela, ils allaient au bureau de tabac pour acheter un timbre. Les deux partis signaient le timbre en mentionnant la date. Les concessions étaient données pour 3, 6 ou 9 ans.

Puis ensuite, les carriers rendaient le terrain au propriétaire. Les carriers signaient un bail sous seing privé, c’est-à-dire qu’ils ne passaient pas devant le notaire.

Les carriers mettaient les pavés dans des tombereaux tirés par les chevaux. Ils mettaient un cheval à l’arrière pour freiner les tombereaux. Les charrettes étaient équipées avec des barres de chêne fixées en travers pour éviter que les bordures ne glissent.
La taille était un art. Il fallait être puissant et précis ; le coup devait toujours tomber au même endroit, comme les bûcherons. Il y avait une justesse de l’arrivée du coup.

Mon grand-père était un activiste socialiste. Quand il est venu en France il y avait Jaurès, le « phare ». Et l’abattoir était un lieu très intense d’activistes socialistes, en lutte contre les propriétaires terriens, c’était sévère. Politiquement, les carriers étaient très engagés à gauche.

Ils ne votaient pas mais en parlaient beaucoup et arboraient le drapeau rouge. Les carriers étaient également très anticléricaux et ils ont fait bien des misères aux curés. Cela s’est atténué avec l’arrivée des Portugais qui étaient très religieux.

Quand j’étais plus jeune, souvent, mon père ne travaillait pas le jeudi pour rester avec moi et m’empêcher ainsi de monter à la carrière. S’il travaillait, je montais l’après-midi vers 4h avec un petit casse-croûte.

Comme il ne voulait pas que je devienne carrier plus tard, il m’éloignait souvent du chantier, me demandait d’aller voir Lino et Bielle, savoir si ils avaient de la bonne pierre, où ils en étaient. Comme cela, il m’éloignait du chantier pendant 2h et le temps que je revienne, il était l’heure de rentrer.
C’était quand même un travail difficile. J’ai vu plusieurs fois mon père s’évanouir parce qu’il avait tapé avec une masse pendant des journées entières. Quand on tape pendant toute une journée avec une masse, le cœur est fragilisé. Mon père pouvait s’évanouir le soir tellement il était fatigué. C’est arrivé aussi sur la carrière.

Dans la région, j’ai vu les carriers travailler avec simplement un marteau, une masse et un pointeau. Ils ne mettaient pour ainsi dire pas de lunette. Combien de fois mon père a été obligé d’aller chez l’opticien quand il y en avait un dans le coin ou sinon chez le docteur, pour faire retirer des éclats de fer dans les yeux. Il en avait dans les bras parfois.

Les carriers fendaient directement la pierre avec des outils en acier. C’est pour cette raison qu’il y avait trois forgerons à Boutigny. A la forge, quand le métal était chauffé, il passait par toutes les couleurs. Puis, à un moment précis, il fallait le tremper dans l’eau. Certains forgerons trempaient le métal dans de l’huile de récupération.

(…) Extraits de témoignages de descendants de carriers. 

Témoignages récoltés par le Parc Naturel Régional du Gâtinais.

Résidence d’auteure en cours
avec la bibliothèque départementale de L’Essonne
et le Parc Naturel Régional du Gâtinais.

Journal de la résidence à lire sur la page dédiée à la résidence sur le site de la revue littéraire remue.net

Carnet journal de résidence – Essonne #2

« La résidence d’écriture se révèle pour tout auteur un moment essentiel dont l’enjeu est double : pouvoir poursuivre en toute quiétude son travail de création, et s’inscrire dans un territoire, un lieu d’accueil par diverses interventions (rencontres et lectures publiques, ateliers d’écriture, etc.).
Si les modalités diffèrent selon les structures (l’auteur ne « réside » pas forcément sur place, mais assure des moments de présence), et si ces dispositifs s’accompagnent de quelques paradoxes, il s’agit toujours d’affirmer la place de l’écrivain dans le contemporain. »

Introduction par la revue littéraire en ligne remue.net
C’est une véritable question car c’est un véritable projet pour un auteur, c’est pas anodin une résidence.

Alors commencer un journal car page des auteurs hébergée par la revue, en partenariat avec la région Île de France.
Réfléchir à cette idée, d’un journal, d’un carnet, en papier ou pas.

Commencer. Et proposer :

  • NOTES #1 (11 – 24 OCT. 2015)

    • Journal de résidence de Pauline Sauveur (Conseil départemental de l’Essonne)
      – Démarrage

    NOTES #2 (28 – 30 OCT. 2015)

    • Journal de résidence de Pauline Sauveur (Conseil départemental de l’Essonne)
      — Découvrir où lire et c’est partir

    NOTES #3 (12 NOV. – 25 NOV.)

    • Journal de résidence de Pauline Sauveur (Conseil départemental de l’Essonne)
      — Le 13 novembre. La veille et les jours qui suivent, se poursuivent. Les rencontres.

    NOTES #4 (3 – 9 DÉCEMBRE 2015)

    • Journal de résidence de Pauline Sauveur (Conseil départemental de l’Essonne)
      — De la voix silencieuse dans la tête ou le carnet. Du poison dans les mots de la voix.

Commencer à écrire, noter, dans ce carnet, parmi d’autres.

carnet sauveur pauline CRIF PNR et BDP Essonne résidence d'auteure
page 1

Habiter là un moment.

Découvrir le bibliobus que l’on me prêtera, avec chauffeur 🙂

Résidence île de France, soutenue par la région du même nom
avec la BDP, bibliothèque départementale de l’Essonne
et le PNR, le parc naturel régional du Gâtinais.

Habitants souriants – Chaumont #4

Rencontre à la maison de quartier de la Rochotte
Quelles personnes sont là,
mais aucunes ne compte rester pour l’atelier annoncé :
« photos intérieur/ extérieur » semble faire peur.

Alors, avant qu’ils ne partent tous,
je tente plus simple.
J’allais écrire le tout pour le tout.
Mais non pas d’enjeu vital, pas de bataille.
Mais oui, plonger, sauter sans filet.
Même s’il n’y a que le risque du refus, poli qui plus est.

Je propose que chaque personne pose avec un objet.

Profiter du pan de mur rouge
du vert pomme du canapé pour enfant
du blanc alvéolé du radiateur
du sourire de chaque personne
de leur regard amusé
et de leur attente un peu sur la réserve.

Finalement plein d’images.
Les mains, les objets, les clés, les tasses, les gens, les sourires, la lumière.

C’est assez simple et joyeux.
L’enthousiasme est communicatif.
Je compte sur mon sourire pour faire sourire,
comme nous a raconté Rinko Kawauchi avec ses modèles.

La dame qui gère la maison
la jeune femme avec elle
la petite fille qui a fait des bonhommes de neiges en chaussettes
le monsieur qui vient avec son appareil photo
le stagiaire qui est aussi pigiste au journal local
la dame qui a travaillé avec des réfugiés  » j’en ai eu plein, de partout hein, alors le globe, c’est quand même lié à mon travail, là, même si je ne suis jamais allée nulle part »
madame le maire
la dame avec un T-shirt de toutes les couleurs
La dame du service d’urbanisme
Céline des Silos
la belle vielle dame qui était venue aussi aux lectures,
qui me fait penser à mes grands mères,
le papa de la petite fille qui sourit, qui veut bien poser avec sa fille, qui repart chercher la chaise qu’il a fabriqué lors de l’atelier palettes, sa fille assise et sérieuse, qui veut bien se lettre debout sur la chaise de son père, et lui qui lui dit de jouer les stars, puis il rajoute » tout le monde ! Tout le monde ! »

Et voilà.
12 personnes, et de quoi convaincre les prochains, j’espère, avec les photos 🙂
Et toujours cette envie de réaliser « les Permutations »
Les photos dedans dehors.

Avant cette séance
on avait rencontré les deux responsables de l’Eco point, qui recycle les monstres.
Vu le nombre de garages vides dans le quartier, quelques uns sont utilisé pour accueillir les monstres.
Chacun peut laisser devant l’Eco point ce qu’il ne veut plus, et le technicien qui travaille dans le quartier, en passant ouvre le portail et range (extrêmement bien) l’objet avant qu’il ne soit recyclé.

Et un canapé vous auriez ça?
Oh oui, pas de problème, il y en a plusieurs même.
Et au moment de partir l’une d’elles me propose : et une lampe de salon, un petit meuble ça vous dirait pour votre installation?
Ah oui 🙂

Affaire à suivre
en janvier
Qui sait
Peut-être sous la neige ?

Ville et littérature – Chaumont #3

C’était le thème de ce 13ème salon du livre de Chaumont

Ce fut riche et intense

avant
avec l’installation de l’exposition « Bruissements intimes »
et l’installation de l’autre expo « Presqu’îl-e »

et pendant
avec la participation au Salon
les lectures sous le chapiteau
les lectures dans les univers douillets
(celui pour les contes avec des coussins moelleux)
les dédicaces
les rencontres avec les écoles
les rencontres avec les auteurs
les rencontres avec les gens, curieux, contents d’être là, à cette fête du livre.

Merci à chacun
pour ces moments-là
joyeux
denses
importants.

Presqu’îl-e – extrait de la version littéraire et de la version théâtrale du texte
Suspendus dans l’univers double hauteur
Presqu’îl-e – les photos
Désir nu – nouvelle sur tissu
L’entrée des univers doubles – Bruissements intimes
(c’est le nom donné aux petites salles imaginées dans les silos à grain)
Photos en boites
 les objets complices
 L’objet, la preuve et le texte (sur le bloc)
 L’attend – carnet participatif
 L’attend
 Accrochages en cours
 Mise sous cadres
En attente des auteurs
et des livres 🙂

Approcher le grès – Essonne #1

Cette pierre particulière,
résistante.
Voilà.

Le grès
cette pierre
non-gélive
qui marque le fer
qui l’use
et le fait étinceler.

sauveur pauline auteure résidence roche PNR Gâtinais BDP Essonne carrière grès

Après ce 13 novembre sombre, douloureux.
Presque désespérant, presque.

Résister
Penser
encore
agir

et toucher la pierre
la peau

sauveur pauline auteure résidence roche PNR Gâtinais BDP Essonne carrière grès

ma résidence commence
j’en suis très heureuse
ma résidence île de France
soutenue par la région du même nom
avec la BDP, bibliothèque départementale de l’Essonne
et le PNR, le parc naturel régional du Gâtinais.

sauveur pauline auteure résidence roche PNR Gâtinais BDP Essonne carrière grès

approcher la pierre
la peau du territoire, et ce qu’il y a juste sous sa peau, sa terre
ces carrières affleurantes
entre banc de roche et sablons dorés

envisager
et commencer à rêver

sauveur pauline auteure résidence roche PNR Gâtinais BDP Essonne carrière grès

à imaginer
l’outil magique
et mobile
le grand atelier
sur roues
qui va sillonner…

sauveur pauline auteure résidence roche PNR Gâtinais BDP Essonne carrière grès

Prenez soin
de vous
des vôtres
et des autres.

Résidence d’auteur – Chaumont #2

résidence d'écriture sauveur pauline auteur les silos maison du livre et de l'affiche Chaumont

Oh


dans les univers doubles

du deuxième étage

je continue

et
mesure
les cimaises
et les murs
de béton
résidence d'écriture sauveur pauline auteur les silos maison du livre et de l'affiche Chaumont

Je rencontre
des gens
et je lis
Le salon aux cerises
et les textes sur les maisons
Je propose une interprétation du sujet ô combien
sérieux :
Le quotidien exotique – Redécouverte de l’espace et des objets
quotidiens par le dépaysement. Approche sensible des références emblématiques
(ou pas) du design et du mode de vie finlandais.

résidence d'écriture sauveur pauline auteur les silos maison du livre et de l'affiche Chaumont

Je rencontre
encore
des habitants
des enfants
qui écoutent sans s’asseoir
ou qui en ont marre
à la fin
et si on les laissait
s’amuser
et que je lise
pour les mamans

Ce sont les mamans qui sont venues
écouter lire

Les mamans 
les actifs du comité de quartier
et ceux qui nettoient 
les communs
des immeubles
cette équipe là 
au complet

J’aime lire
sérieusement
pour offrir
ça me touche
que des gens
accueillent
ce que je lis

résidence d'écriture sauveur pauline auteur les silos maison du livre et de l'affiche Chaumont

Je rencontre

des lycéens
(plein la grande salle)

attentifs le plus souvent

et trois endormis
(c’est tôt faut dire, et il fait bon, et j’ai une voix
calme me dit-on)
Se prépare
Ma prochaine venue
Et l’installation
De Bruissement intimes

Je rencontre
ceux qui travaillent aux Silos
qui m’invitent à prendre l’ascenseur du personnel
qui me montrent les réserves
le sous-sol et les espaces de stockage

effectivement les cadres sont principalement
Au format
A3+

Extraits – lectures, sons, présence, musique, manifeste, mots… Public averti*

Cette soirée là, le samedi 12 septembre 2015.
On était 6 auteurs et 1 musicien :
BITOUZET * CORNU * FONTENEAU * HERROU * JOUAN * SAUVEUR *
* Public Averti à Sancerre
et Roby Rousselot au piano et à l’accordéon (à qui on doit l’enregistrement, merci !)
au Café Art Tour Martine.
A ré-écouter en ligne :
La lecture du manifeste du collectif par Laurent Herrou*
La lecture de Camille Cornu*
A suivre également sur Facebook :

Expo – Bruissements intimes 02 – à Nevers

A l’occasion du mois de la photo
j’installe à nouveau Bruissements intimes
textes, objets, textile, photo.

Avec le plaisir d’un vrai dialogue photo avec Aurélie Laroche.

Les images se répondent, se complètent, se mêlent , pour prolonger l’histoire.

sauveur pauline laroche aurélie mois de la photo expo nevers Bruissements intimes
Bruissements intimes – Pauline Sauveur

sauveur pauline laroche aurélie mois de la photo expo nevers Bruissements intimes
Bruissements intimes – Aurélie Laroche

Vernissage demain !
à partir de 15h30
au 3 rue Sabotier – 58000 Nevers
L’expo sera en place jusqu’au 1er novembre
Nous seront présentes, l’une et / ou l’autre les samedis
mais également régulièrement au fil des jours d’ouverture
les mercredis, vendredi, samedi et dimanche de 15h à 18h.

sauveur pauline laroche aurélie mois de la photo expo nevers Bruissements intimes

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Au plaisir de vous y accueillir !

Résidence d’auteur – Chaumont #1

En résidence avec les Silos,
maison du livre et de l’affiche
de Chaumont (52000)

sauveur pauline auteur résidence les silos Chaumont

Salon du livre en novembre « Ville et architecture »
alors écriture autour
du thème
avec l’envie et le projet « Permutations. »

sauveur pauline auteur résidence les silos Chaumont

Venir et revenir
s’installer
dans l’appartement pour 10 personnes, désert…

sauveur pauline auteur résidence les silos Chaumont

Et tous ces verbes
regarder, écouter, lire, découvrir, rencontrer,
réfléchir, imaginer, dormir, manger, écrire
photographier, prendre des mesures, arpenter…

sauveur pauline auteur résidence les silos Chaumont

sauveur pauline auteur résidence les silos Chaumont

sauveur pauline auteur résidence les silos Chaumont

Expo – Bruissements intimes 02 – à Nevers

A l’occasion du mois de la photo
j’installe à nouveau Bruissements intimes
textes, objets, textile, photo.

Avec le plaisir d’un vrai dialogue photo avec Aurélie Laroche.

Les images se répondent, se complètent, se mêlent , pour prolonger l’histoire.

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Bruissements intimes – Pauline Sauveur

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Bruissements intimes – Aurélie Laroche
Vernissage demain !
à partir de 15h30
au 3 rue Sabotier – 58000 Nevers
L’expo sera en place jusqu’au 1er novembre
Nous seront présentes, l’une et / ou l’autre les samedis
mais également régulièrement au fil des jours d’ouverture
les mercredis, vendredi, samedi et dimanche de 15h à 18h.

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Au plaisir de vous y accueillir !

Résidence d’auteur – Chaumont #1

En résidence avec les Silos,
maison du livre et de l’affiche
de Chaumont (52000)

sauveur pauline auteur résidence les silos Chaumont

Salon du livre en novembre « Ville et architecture »
alors écriture autour
du thème
avec l’envie et le projet « Permutations. »

sauveur pauline auteur résidence les silos Chaumont

Venir et revenir
s’installer
dans l’appartement pour 10 personnes, désert…

sauveur pauline auteur résidence les silos Chaumont

Et tous ces verbes
regarder, écouter, lire, découvrir, rencontrer,
réfléchir, imaginer, dormir, manger, écrire
photographier, prendre des mesures, arpenter…

sauveur pauline auteur résidence les silos Chaumont

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Un automne*public averti – l’expo

Des photos de la belle expo !

L’expo privée est visible jusqu’au 18 octobre.
Renseignements sur la page Facebook de public averti*

La performance d’Alexandra Guillot

———————–

Les sculptures de Caroline Valmar dans le petit salon

———————–

L’installation lumineuse de Jean-Baptiste Ganne dans l’une des chambres

———————–

Les photos de Cyrille Berger à l’étage des greniers

———————–

Les photos de Torsten Solin dans le couloir proche de l’entrée

———————–

Et les miennes dans une autre chambre : « Anima / Animal »

un automne*public averti – EXPO

Exposition privée

du 25 septembre 
au 18 octobre 2015
Château de Villequiers (18800)

Vernissage : le vendredi 25 septembre 2015 à partir de 18h

contact : laurent.herrou@gmail.com 
performance exposition public averti un automne
photo  Torsten Solin
Les artistes *, les œuvres…

* Cyrille Berger, « Clin d’œil »

« Avec une attention toute particulière, nous regardons les objets qui nous entourent,
qu’ils soient nôtres ou pas, et chaque regard porté sur chaque objet déclenche
systématiquement une suite de pensées, des souvenirs, des réflexions. Ces objets que
nous amassons au fil du temps et qui sont en quelque sorte témoins de notre vie ont une
vie, et nous ne les possédons plus, ils nous possèdent, comme des petits fantômes. J’ai
voulu témoigner de cette humanité en l’exagérant, en leur collant ces petits yeux de
plastique dessus avec de la gomme adhésive et en capturant un portait
anthropomorphique amusant, comme un clin d’œil. Ce sont eux qui nous regardent
maintenant, avec une attention toute particulière. »

Cyrille berger est illustrateur et graphiste dans la communication et la presse.

performance exposition public averti un automne

* Jean-Baptiste Ganne, « D.A.F de Sade, Dialogue entre un prête et un moribond »

Techniques mixtes.
Environ 10h.
(1782 / 2011 / 2015)

«Chaque château, comme vieille demeure, a dû voir passer nombres d’hommes
mourants. Sade, en 1782, écrit un texte politique superbe, le Dialogue entre un prêtre et
un moribond. C’est en langage morse visuel, dans une des chambres du château, que
nous allons réinterpréter ce dialogue. L’homme libre et libertin qui sera emporté par la
mort sera interprété par une lampe et le prêtre moraliste par une autre. Cette lecture de
dix heures, de jour ou de nuit, s’achève par la victoire rhétorique du moribond sur le
prêtre qui devient, dans les bras des femmes : “un homme corrompu par la nature, pour
n’avoir pas su expliquer ce que c’était que la nature corrompue” »

Jean-Baptiste Ganne, né en 1972 à Gardanne, vit à Nice.

performance exposition public averti un automne

* Alexandra Guillot, « Silencio »

Performance.
Destructeur de documents, papier, table.

« C’est une performance que j’ai réalisée à plusieurs reprises. Elle m’a été inspirée, à une
époque où je n’arrivais plus à écrire, par une citation de Mallarmé : “Sur le vide papier
que la blancheur défend”. Quand je suis, par hasard, tombée sur ce destructeur de
documents qui s’appelait Silencio, l’idée a pris forme. Je m’isole dans une pièce plongée
dans l’obscurité, la seule source de lumière éclairant la table où j’officie. Devenant un
être intemporel qui évolue dans une autre sphère, on me voit passer au broyeur des
feuilles blanches. Au fur et à mesure que le temps s’écoule, le tas de feuilles laminées
grossit, enfle, pour devenir une sculpture. Au départ, c’était une sculpture, c’est devenu une performance, aujourd’hui je peux dire que c’est une sculpture dont je fais partie.
Cette œuvre est emblématique pour moi du passage du littéraire au plastique. C’est un
acte d’isolement qui renvoie à la solitude de l’écrivain, à une autre nuit aussi. »

Alexandra Guillot est née en 1980 à Bayonne.
Elle est membre du collectif La Station (Nice), et fondatrice du site Le chant des matelots.

performance exposition public averti un automne

* Pauline Sauveur, « Anima / animal »

« Animal absent habitant cet endroit.
Une légère brise sur un pelage froid.
D’une confrontation silencieuse vers l’entrouverture.
Dans ses yeux de verre, dans son visage d’animal maintenu, convoqué, abritant une trace
du vivant, lieu de l’enjeu, en je, lui ou moi personnage, j’envisage ma propre question. »

Pauline Sauveur est auteure, photographe et architecte.
Son site : lecoeurcaramel.blogspot.fr

performance exposition public averti un automne

* Torsten Solin, « Broken Mirrors »

C’est le thème du miroir et de la réflexion que l’artiste explore depuis plus de dix ans.
Ces images, qui rappellent en partie les tests de Rorschach, ont été créées à partir de la
méthode surréaliste de l’« inversage », mise au point en 1977 par l’artiste tchèque Milan
Nápravník. Jacques Lacan déclare dans sa théorie du « stade du miroir » que
l’observateur n’est pas confronté, dans le miroir, au reflet de sa propre personne, mais
juste à une image, une projection de celle-ci.

Torsten Solin est né en 1972 à Jena.
Il vit et travaille à Berlin.

* Caroline Valmar, « No more barbed wire I & II »

Deux massacres de cerfs de Sologne (13 cors chacun), et barbelés.
Présentés sur une
table réalisée par José Rhit.
Céramique, cuisson basse température et enfumage.

« J’ai, au départ, commencé par des sculptures d’animaux (fauves, bisons, cerfs, toros),
par goût du mouvement et du muscle.
Puis l’évolution s’est faite en direction des primates pour leur expressivité proche de
celle de l’homme.

Et puis l’homme.
L’homme premier, originel, celui de l’Est de l’Afrique, de la vallée de l’Omo, du grand
Rift ; celui du berceau de l’humanité. »

Après une vie émaillée d’études d’histoire et d’archéologie, de nombreux voyages dans un
cadre professionnel et la réalisation d’une vie de famille, Caroline Valmar « restitue » des
impressions, des connaissances, des expériences, des flash visuels accumulés depuis 50 ans. 

public averti* – collectif

Samedi 12 septembre

à 18h30
démarrait le second évènement public averti*
6 auteurs allaient lire
un texte, un extrait,
à paraitre, paru, en cours d’écriture.
Par ordre de lecture :
Camille cornu
Pauline Sauveur
Pascale Fonteneau
Alexandra Bitouzet
Olivier Juan
Laurent Herrou
accompagnés par
Roby Rousselot
au piano 
à l’accordéon
Avant cela, pour la première fois
le manifeste du collectif
a été officiellement annoncé
L’annonce fut directe et simple
le texte l’est aussi
qui affirme
l’avertissement
de ce public
averti d’être là
face aux artistes
présents
et libres
« Avertissement
L’affiche était réalisée, nous n’avions pas de titre pour l’exposition, nous présentions notre travail lors d’un festival, à La Charité sur Loire, nous étions : une photographe, un illustrateur et un écrivain, nous nous étions rencontrés entre Cher et Nièvre où nous vivons tous les trois.
Nos noms s’affichaient, notre travail et les lectures que nous ferions à telle date, à telle autre.
Nous avions conscience que le travail que nous présentions était réservé à un public adulte, aussi avions-nous pris soin d’adjoindre au mot Lecture un astérisque.
Qui renvoyait en bas de l’affiche.
* Public averti.
Nous sommes des artistes, c’est le travail que nous faisons qui a du sens, pas les restrictions que l’on peut y poser.
Nous sommes des artistes, la morale n’a rien à voir.
Nous sommes des artistes et il fut un temps où nous représentions un danger pour une certaine idée de la société : parce que nous sommes libres.
L’idée est venue que nous pourrions, à trois, former un collectif.
L’idée est venue que ce collectif ne serait pas limitatif, qu’il s’ouvrirait à d’autres artistes, à d’autres formes d’art. L’idée est venue qui était une belle idée, pas une recherche de subventions, ni une manière de prendre le pouvoir.
Non.
Plutôt une manière de le rendre à ceux qui font l’art : les artistes.
Nous ne sommes pas une structure, nous ne sommes pas une administration, nous ne sommes pas un compte en banque : nous avons un estomac, des yeux, des oreilles, un sexe. Nous nous servons de ce que nous avons, appelez cela du talent.
Vous avez ce droit-là.
Comme nous avons celui de tout dire, de tout montrer, de tout faire.
Nous ne nous privons pas.
* Public averti.
Le nom du collectif s’imposait : puisque nous allions vous avertir de ce que nous faisions, de qui nous étions.
Le nom du collectif s’imposait, le miroir de ce que nous disons : vous êtes ce public averti qui nous entend, qui nous écoute, qui nous regarde, qui nous observe, qui nous cherche, qui nous devine, qui nous fuit, que nous dérangeons, que nous fascinons, que nous intimidons.
L’art n’est pas une guerre.
Ce n’est pas un cadeau non plus.
C’est là, vous avez de la chance : nous sommes là.
Nous vous avertissons de notre présence, nous sommes des klaxons si vous voulez. Vous avez besoin de nous pour ne pas vous faire écraser. Par la vie, par la société. Par vous-même.
Vous comprenez ?
Nous vous avertissons : par le passé, nous faisions peur et l’on a cherché à nous détruire. Mais le monstre a dépassé son créateur et ils se sont détruits eux-mêmes. Ils ont mis des étiquettes, ils ont pointé du doigt, ils ont dénoncé.
Nous avons survécu.
Nous sommes un code barre, une étoile jaune, un tatouage sur l’avant-bras.
Nous portons cet astérisque comme un avertissement.
Nous sommes des artistes, nous grandissons sans avoir besoin de nous reproduire, génération spontanée.
Nous existons.
Nous e*istons. »

Laurent Herrou *

manifeste public averti* collectif Sancerre
12 septembre 2015 à Sancerre / Art Tour Martine

Photos Lili Cameau 

Extraits des extraits :
« Je suis une pute invisible, pourquoi, pour garder un pied dans cette société, cette bien-pensance dont je ne veux pas, ces bons sentiments imposés, la pire violence, la pire domination, celle qui vous dit ce qui est bien, ce qui est mal, quand avoir honte, quand être digne, la domination des sentiments, quand on passe au-dessus de ça, je pense qu’on passe au-dessus de tout, que le patriarcat n’existe plus. »
Nos corps seront témoins – E-fractions éditions 2015
« Il se lève et enlève son pull et son t-shirt noir. Il suit des doigts les cicatrices. C’est net et à peine rouge.
Je reste assise, la table n’est plus vraiment entre nous, mais je reste sur cette distance qui matérialise notre relation dans cette histoire.
En même temps l’intimité, la proximité et le partage de l’histoire.
Et cette table de cuisine entre nous. La pudeur de la table. »
Pauline Sauveur
Presqu’îl-e – en cours d’écriture et publié dans Square Magazine
« Qui aurait l’idée de se tirer en week-end amoureux en plein mois de novembre? Au mépris total du calendrier qui réserve ce genre d’activités pour la saison des oiseaux en fleurs et des arbres en rut? Qui aurait l’idée? Mon mari. »
Maelbeek, collection Tourisme et Polar – éditions Baleine 1998
« Maman a jamais aimé les artistes. Il paraît qu’elle a écrit un petit livre, il y a quelques années. C’était juste après que papa est parti. Le petit livre n’a pas marché du tout et après le divorce, ça commençait à faire beaucoup d’échecs. Du coup, maman a cherché puis trouvé un vrai travail, c’est-à-dire un travail qui rapporte des sous, et elle a fait ce qu’elle avait à faire. Elle dit souvent que dans la vie, si on veut s’en sortir, faut pas se débattre, que celui qui se débat finit par couler et que c’est pour ça qu’elle fait toujours ce qu’on attend d’elle et jamais rien qui va contre. Parfois elle essaye autre chose et comme ça marche pas, elle se remet dans le rang parce que ça, au moins, ça remplit le frigo. Ça doit être pour ça qu’elle déteste autant les artistes, parce qu’eux ont trouvé le moyen de pas couler. Enfin, je dis ça, mais je suis sûrement trop petit pour comprendre. Ça aussi maman me le dit souvent. »
Le Bunker, Jacques Flament Editeur, à paraître fin 2015
« Il coupe le contact, sort de la voiture et finalement, il en convient, la chaleur supportable, le bleu du ciel et cette mer si près, lui procurent une humeur moins maussade pour ne pas dire, une bonne humeur. Il n’est pas certain qu’il sache un jour en quoi consiste exactement une bonne humeur, et encore moins par quels ressorts celle-ci peut bien émerger chez ses semblables. Il a d’ailleurs fini par considérer qu’accéder à cet état relève d’une grâce dont il est structurellement privé, ou bien nécessite d’en passer par l’autosuggestion, grande consommatrice d’énergie et dont il n’est pas beaucoup mieux pourvu. »
sans titre, manuscrit en cours
« J’ai oublié Frédéric.
Je l’ai trahi une fois, je l’ai accusé, injustement ou non, je ne m’en souviens pas.
« C’est lui qui a commencé. »
Ensuite, j’ai oublié Frédéric. Sa trahison à lui, l’accusation de mon père. Et la vérité. »
Frédéric – revue Rue Saint Ambroise, 2005