public averti* – collectif

Samedi 12 septembre

à 18h30
démarrait le second évènement public averti*
6 auteurs allaient lire
un texte, un extrait,
à paraitre, paru, en cours d’écriture.
Par ordre de lecture :
Camille cornu
Pauline Sauveur
Pascale Fonteneau
Alexandra Bitouzet
Olivier Juan
Laurent Herrou
accompagnés par
Roby Rousselot
au piano 
à l’accordéon
Avant cela, pour la première fois
le manifeste du collectif
a été officiellement annoncé
L’annonce fut directe et simple
le texte l’est aussi
qui affirme
l’avertissement
de ce public
averti d’être là
face aux artistes
présents
et libres
« Avertissement
L’affiche était réalisée, nous n’avions pas de titre pour l’exposition, nous présentions notre travail lors d’un festival, à La Charité sur Loire, nous étions : une photographe, un illustrateur et un écrivain, nous nous étions rencontrés entre Cher et Nièvre où nous vivons tous les trois.
Nos noms s’affichaient, notre travail et les lectures que nous ferions à telle date, à telle autre.
Nous avions conscience que le travail que nous présentions était réservé à un public adulte, aussi avions-nous pris soin d’adjoindre au mot Lecture un astérisque.
Qui renvoyait en bas de l’affiche.
* Public averti.
Nous sommes des artistes, c’est le travail que nous faisons qui a du sens, pas les restrictions que l’on peut y poser.
Nous sommes des artistes, la morale n’a rien à voir.
Nous sommes des artistes et il fut un temps où nous représentions un danger pour une certaine idée de la société : parce que nous sommes libres.
L’idée est venue que nous pourrions, à trois, former un collectif.
L’idée est venue que ce collectif ne serait pas limitatif, qu’il s’ouvrirait à d’autres artistes, à d’autres formes d’art. L’idée est venue qui était une belle idée, pas une recherche de subventions, ni une manière de prendre le pouvoir.
Non.
Plutôt une manière de le rendre à ceux qui font l’art : les artistes.
Nous ne sommes pas une structure, nous ne sommes pas une administration, nous ne sommes pas un compte en banque : nous avons un estomac, des yeux, des oreilles, un sexe. Nous nous servons de ce que nous avons, appelez cela du talent.
Vous avez ce droit-là.
Comme nous avons celui de tout dire, de tout montrer, de tout faire.
Nous ne nous privons pas.
* Public averti.
Le nom du collectif s’imposait : puisque nous allions vous avertir de ce que nous faisions, de qui nous étions.
Le nom du collectif s’imposait, le miroir de ce que nous disons : vous êtes ce public averti qui nous entend, qui nous écoute, qui nous regarde, qui nous observe, qui nous cherche, qui nous devine, qui nous fuit, que nous dérangeons, que nous fascinons, que nous intimidons.
L’art n’est pas une guerre.
Ce n’est pas un cadeau non plus.
C’est là, vous avez de la chance : nous sommes là.
Nous vous avertissons de notre présence, nous sommes des klaxons si vous voulez. Vous avez besoin de nous pour ne pas vous faire écraser. Par la vie, par la société. Par vous-même.
Vous comprenez ?
Nous vous avertissons : par le passé, nous faisions peur et l’on a cherché à nous détruire. Mais le monstre a dépassé son créateur et ils se sont détruits eux-mêmes. Ils ont mis des étiquettes, ils ont pointé du doigt, ils ont dénoncé.
Nous avons survécu.
Nous sommes un code barre, une étoile jaune, un tatouage sur l’avant-bras.
Nous portons cet astérisque comme un avertissement.
Nous sommes des artistes, nous grandissons sans avoir besoin de nous reproduire, génération spontanée.
Nous existons.
Nous e*istons. »

Laurent Herrou *

manifeste public averti* collectif Sancerre
12 septembre 2015 à Sancerre / Art Tour Martine

Photos Lili Cameau 

Extraits des extraits :
« Je suis une pute invisible, pourquoi, pour garder un pied dans cette société, cette bien-pensance dont je ne veux pas, ces bons sentiments imposés, la pire violence, la pire domination, celle qui vous dit ce qui est bien, ce qui est mal, quand avoir honte, quand être digne, la domination des sentiments, quand on passe au-dessus de ça, je pense qu’on passe au-dessus de tout, que le patriarcat n’existe plus. »
Nos corps seront témoins – E-fractions éditions 2015
« Il se lève et enlève son pull et son t-shirt noir. Il suit des doigts les cicatrices. C’est net et à peine rouge.
Je reste assise, la table n’est plus vraiment entre nous, mais je reste sur cette distance qui matérialise notre relation dans cette histoire.
En même temps l’intimité, la proximité et le partage de l’histoire.
Et cette table de cuisine entre nous. La pudeur de la table. »
Pauline Sauveur
Presqu’îl-e – en cours d’écriture et publié dans Square Magazine
« Qui aurait l’idée de se tirer en week-end amoureux en plein mois de novembre? Au mépris total du calendrier qui réserve ce genre d’activités pour la saison des oiseaux en fleurs et des arbres en rut? Qui aurait l’idée? Mon mari. »
Maelbeek, collection Tourisme et Polar – éditions Baleine 1998
« Maman a jamais aimé les artistes. Il paraît qu’elle a écrit un petit livre, il y a quelques années. C’était juste après que papa est parti. Le petit livre n’a pas marché du tout et après le divorce, ça commençait à faire beaucoup d’échecs. Du coup, maman a cherché puis trouvé un vrai travail, c’est-à-dire un travail qui rapporte des sous, et elle a fait ce qu’elle avait à faire. Elle dit souvent que dans la vie, si on veut s’en sortir, faut pas se débattre, que celui qui se débat finit par couler et que c’est pour ça qu’elle fait toujours ce qu’on attend d’elle et jamais rien qui va contre. Parfois elle essaye autre chose et comme ça marche pas, elle se remet dans le rang parce que ça, au moins, ça remplit le frigo. Ça doit être pour ça qu’elle déteste autant les artistes, parce qu’eux ont trouvé le moyen de pas couler. Enfin, je dis ça, mais je suis sûrement trop petit pour comprendre. Ça aussi maman me le dit souvent. »
Le Bunker, Jacques Flament Editeur, à paraître fin 2015
« Il coupe le contact, sort de la voiture et finalement, il en convient, la chaleur supportable, le bleu du ciel et cette mer si près, lui procurent une humeur moins maussade pour ne pas dire, une bonne humeur. Il n’est pas certain qu’il sache un jour en quoi consiste exactement une bonne humeur, et encore moins par quels ressorts celle-ci peut bien émerger chez ses semblables. Il a d’ailleurs fini par considérer qu’accéder à cet état relève d’une grâce dont il est structurellement privé, ou bien nécessite d’en passer par l’autosuggestion, grande consommatrice d’énergie et dont il n’est pas beaucoup mieux pourvu. »
sans titre, manuscrit en cours
« J’ai oublié Frédéric.
Je l’ai trahi une fois, je l’ai accusé, injustement ou non, je ne m’en souviens pas.
« C’est lui qui a commencé. »
Ensuite, j’ai oublié Frédéric. Sa trahison à lui, l’accusation de mon père. Et la vérité. »
Frédéric – revue Rue Saint Ambroise, 2005