Le baiser d’Orlando, texte de Mathieu Simonet

Parce que les mots sont nécessaires
le langage
le sens

posés
clairs
et particuliers
mais compréhensibles

à partager

Le 13 juin, à Paris, pendant un rassemblement en hommage aux victimes d’Orlando – photo Zihnioglu Kamil / Sipa

ce texte de Mathieu Simonet
écrivain et avocat

« LE BAISER D’ORLANDO

En 1995, j’ai vu deux femmes s’embrasser dans le hall de l’Université de Panthéon-Sorbonne, et j’ai été choqué. A l’époque, je n’avais pas internet, ma mère avait des amies lesbiennes (mais elles ne s’étaient jamais embrassées devant moi ; du moins, je n’en ai pas le souvenir). C’était la première fois que je voyais deux femmes s’embrasser. J’avais un peu plus de vingt ans, et je ne comprenais pas pourquoi j’étais gêné.
Ce premier baiser de femmes ponctuait une journée particulière. Avec un groupe d’amis, nous avions constaté qu’il n’y avait pas de visibilité homosexuelle dans les facs (je m’en étais rendu compte en discutant avec un étudiant qui avait mis plusieurs années après le bac avant de trouver l’adresse d’un bar gay) ; on était cinq je crois, trois garçons et deux filles : on avait rédigé un tract : « Pascal(e) aime Pascal(e), ça laisse trois façons d’aimer ». Ensemble, on les distribuait dans les universités. On avait commencé dans celle où j’étudiais le droit ; j’étais en maîtrise.
Officiellement, on expliquait qu’on voulait organiser un débat entre homos et hétéros. En réalité, on souhaitait entrer en contact avec les gays et les lesbiennes qui ne s’assumaient pas, avec celles et ceux qui n’avaient aucune information sur les associations, les bars, les boîtes homosexuelles. Nous avions parfaitement conscience que certains, par protection, tiendraient des propos homophobes. Nous avions décidé d’accepter toutes les insultes, toutes les critiques, pour ne surtout pas passer à côté d’un gay ou d’une lesbienne qui, par peur de se faire détecter, irait dans l’outrance homophobe. Et notre stratégie était payante. A plusieurs reprises, des garçons et des filles nous ont tenus des propos insensés (« l’homosexualité est contre-nature », « C’est dégueulasse », « Vous vous mettez à quatre pattes ? », etc.), mais qui acceptaient néanmoins de tenir entre leurs mains notre tract, et qui nous appelaient ensuite pour nous dire : « Pardon, je ne l’ai jamais dit à personne, je ne voulais pas que mes amis s’en rendent compte, j’ai honte, j’aime les mecs / j’aime les filles ». On exultait quand on obtenait ce résultat ; nous étions un mini-commando d’exfiltration de gays et lesbiennes honteux, isolés, parfois désespérés.
Notre première journée de distribution de tracts avait eu lieu le 13 avril 1995. Et à la fin de cette journée militante, les deux filles qui participaient à ce commando se sont embrassées devant moi. Dire que j’ai été choqué est sans doute exagéré. Mais j’ai été mal à l’aise, gêné. Et je ne comprenais pas ce sentiment de rejet. Etais-je, moi aussi, en partie homophobe ? Sans doute que oui. Car je crois que, pour tout le monde, voir pour la première fois un homme et une femme s’embrasser, deux hommes s’embrasser, deux femmes s’embrasser, un couple atypique s’embrasser, etc. ; voir pour la première fois telle ou telle image n’est pas anodin, surtout dans un contexte où on a intériorisé l’idée que certaines scènes ne doivent pas être visibles dans l’espace public.
Aujourd’hui encore, il ne m’est pas naturel de prendre en public par la main Baptiste qui partage pourtant ma vie depuis douze ans, avec lequel je me suis marié. Pourquoi cette pudeur ? Probablement par peur. Parce que je n’arrive pas à accomplir ce geste de manière légère. En revanche, je tiens régulièrement la main de ma meilleure amie dans la rue, et ce sans aucune difficulté. Car je sais que personne ne nous regardera.
Je me souviens d’un amoureux, au début des années 90 : par militantisme, on avait marché du centre de Paris jusqu’aux Buttes-Chaumont en se tenant par la main. C’était un jour ordinaire ; ce n’était pas la Gay Pride. On accomplissait une performance ; ce n’était pas une balade légère d’amoureux. Je transpirais. Je guettais les éventuelles représailles. Je me souviens de notre arrivée sur l’herbe. On s’est allongés. On était fiers. On avait réussi, pendant une heure, à se tenir la main, dans l’espace public.
Je me souviens également de ma première Gay Pride. En 1992, je crois. Je ne voyais pas en quoi je pouvais être fier d’être gay. Mais j’étais venu. Probablement plus dans l’espoir de rencontrer un garçon que pour accomplir un geste militant. Et cette première Gay Pride a été raz-de-marée émotionnel. Je prenais en pleine gueule que, pour la première fois, j’étais dans l’espace public avec des centaines d’hommes et de femmes qui n’avaient pas hontes d’être homosexuel. Je me souviens de mes larmes en pleine rue : pour la première fois, je n’avais pas honte. Etre fier, ce n’était donc que ça ; ce n’était pas se sentir supérieur aux autres, mais simplement ne plus avoir honte.
En 1996, j’ai terminé mes études. Cette année-là, j’avais suivi un DEA de droit international privé à Paris I et une formation d’avocat à l’EFB (l’Ecole de Formation du Barreau). Pour mutualiser ma charge de travail, j’avais choisi, pour ces deux cursus, le même sujet de mémoire : « Les couples homosexuels en droit international privé » (à l’époque, le mariage pour tous n’existait pas bien sûr. Le PACS non plus. Le concubinage non plus : la Cour de cassation refusait que des couples homosexuels puissent être considérés comme des concubins ; en cas de décès de l’un, titulaire du bail, l’autre ne pouvait pas rester dans les lieux, ce droit étant réservé au « concubin » ; plusieurs éminents juristes estimaient que reconnaître la notion de « concubinage homosexuel », ce serait ouvrir la boîte de Pandore, signer l’arrêt de mort de la famille…) ; bref, je me souviens des universitaires qui étaient gênés par le thème de mon mémoire (les profs de mon DEA se refilaient le bébé : « Je ne me sens pas très à l’aise avec ce thème. Vous devriez choisir un thème moins choquant. Ou demander à un de mes collègues s’il accepterait éventuellement de vous suivre » ; à l’époque, ces réactions me paraissaient normales ; je m’excusais, je comprenais parfaitement que ce thème puisse choquer).
Au final, j’ai obtenu une note de 16/20 pour ce mémoire à l’université, et une note de 4/20, pour le même mémoire, à l’Ecole de Formation du Barreau (le jury, composé d’un avocat, d’un magistrat et d’un universitaire, m’avait passé un savon : ils étaient choqués que je puisse associer les mots « concubinage » et « homosexuel » ; ils levaient les yeux au ciel. Ils me demandaient si j’avais conscience de l’impact de mes raisonnements sur des enfants. J’étais sorti honteux ; je n’avais pas de colère, je n’étais pas choqué par leur réaction, j’avais juste honte de ce que j’étais. Et je n’ai pas trouvé anormal d’obtenir, sur une promotion de 1000 élèves, la plus mauvaise note donnée à un mémoire).
L’année suivante, j’ai voulu commencer une thèse sur le « droit et l’homosexualité dans le monde » (je l’ai abandonnée au bout de quelques mois). Ma directrice de thèse m’avait dit : « Je veux bien diriger cette thèse à la condition que vous abordiez la question de la pudeur. Vous devez comprendre que c’est extrêmement désagréable pour une femme de s’installer à une terrasse de café dans le Marais. Que l’homosexualité ait été dépénalisée, c’est une position respectable ; que la pudeur ne soit pas prise en compte, c’est problématique. »
Quand je me suis marié avec Baptiste, dans les jours qui ont suivi la promulgation de la loi pour le mariage pour tous, je voulais qu’il y ait des enfants présents dans la salle des fêtes. Je voulais que ce qui avait été invisible pour moi, soit banal pour eux. Et nos amis étaient bien sûr venus accompagnés de leurs fils, de leurs filles. C’était normal, simple, banal. Ces enfants nous ont vu nous embrasser. Et ils ont applaudi. Et c’est important.
Ce n’est pas anecdotique, je crois. C’est important.
J’y ai repensé en lisant les déclarations du père d’Omar Mateen, le terroriste d’Orlando. En découvrant le massacre commis par son fils, il a tout de suite expliqué que cet acte n’avait rien à voir avec la religion. Il faisait remonter l’origine du drame à une scène survenue à Miami quelques semaines plus tôt : deux hommes s’étaient embrassés devant Omar Mateen et son fils de trois ans. Ce couple gay avait même récidivé dans les toilettes pour hommes. Pourquoi donner ce détail ? Etait-ce pour donner une circonstance très légèrement atténuante au crime commis ? Ou était-ce pour dénoncer l’homophobie de son fils ?
Je crois que pour le père d’Omar Mateen (et pour de nombreuses personnes), il va de soi qu’il ne serait pas approprié, surtout quand on est homosexuel, de s’embrasser devant un enfant de trois ans. Je crois, surtout après Orlando, que c’est une erreur. Que nous avons tous une responsabilité. Que Baptiste et moi (comme beaucoup d’autres), nous devrions nous remettre en cause. Pourquoi n’arrivons nous toujours pas à nous prendre la main dans la rue, dans un quartier qui nous est inconnu ?
J’ai entendu, depuis quelques jours, ces débats sur la manière dont les médias ont traité le drame d’Orlando (certains estimant que le caractère homophobe n’avait pas été suffisamment mis en avant, d’autres estimant au contraire que les médias avaient clairement affirmé que ce massacre avait eu lieu dans une « boîte gay », et que cela suffisait à souligner le caractère homophobe du massacre).
J’ai entendu également qu’on se demandait si les choses n’étaient pas plus complexes qu’on ne le pensait : Omar Mateen n’était-il pas un gay refoulé ? Si tel était le cas, peut on parler de tuerie « homophobe » ?
Oui. Oui, bien sûr. On peut être gay et homophobe. Moi même, dans une moindre mesure, j’ai été homophobe : j’ai longtemps considéré que l’homosexualité était inférieure à l’hétérosexualité. J’ai longtemps considéré que j’aurais préféré être hétéro. J’ai longtemps considéré qu’il était normal que les gays n’aient pas exactement les mêmes droits que les hétéros. J’ai longtemps considéré qu’il était normal de ne pas se tenir la main dans la rue. J’ai longtemps considéré qu’il était normal de prendre des pincettes pour ne pas choquer les personnes âgées, les enfants, les religieux, certains membres de la famille, certaines connaissances professionnelles, etc.
Oui, dès le début, les médias ont mis en avant que le lieu du drame était une boîte « gay » (probablement que certains journalistes, il y a vingt ou trente ans, auraient été plus discrets sur la nature de cette discothèque). Donc, oui, la visibilité homosexuelle du drame n’était pas inexistante dans les médias. Pour autant, et beaucoup l’ont souligné, la spécificité homophobe du drame n’était pas inscrite en grosses lettres, dans les titres des journaux. Dans la hiérarchie des informations, le caractère homophobe du massacre n’occupait pas la première place.
Je perçois, en discutant ici ou là, qu’il y a comme un clivage entre ceux qui sont choqués que le mot « homophobe » ne soit pas inscrit « en plus gros », et ceux qui estiment qu’on chipote, que ça va : on sait tous ce c’était un attentat contre les gays.
Aujourd’hui, on a bien sûr besoin de tout sauf de creuser de nouveaux clivages. On a besoin de se comprendre. De ne pas traiter d’homophobes les journalistes qui n’auraient pas utilisé tel ou tel titre. De ne pas traiter d’hystériques les gays et les lesbiennes qui se sentent nier dans leur qualité de victimes.
Car, oui, je crois que nous sommes beaucoup à nous sentir victimes. A avoir en tête, depuis des mois, les images de gays, yeux bandés, jetés du haut d’un toit par les membres de Daesch. Oui, nous savons que nous suscitons la haine. Et que les victimes d’Orlando, ce sont d’abord ceux qui étaient sur place et leur famille, mais aussi tous ceux qui symboliquement, par ricochet, sont atteints dans leur identité. Et c’est parce que nous nous sentons victimes que nous pouvons être blessés, à des degrés divers, par la manière dont tel ou tel article peut minimiser le caractère profondément homophobe de cet attentat.
Tous les policiers se sont sentis intimement visés par le crime récent de Magnanville. La minute de silence organisée dans tous les commissariats a participé à cette prise en considération de la douleur intime, symbolique, de chaque fonctionnaire de police, atteint indirectement par l’assassinat de Jean-Baptiste Salvaing et de Jessica Schneider.
De la même manière, de nombreux gays et lesbiennes se sont sentis atteints, spécifiquement, par Orlando. Et la blessure de ne pas occuper l’espace public, dans des proportions similaires à ceux des hétérosexuels, est ravivée par tout signe qui viendrait minimiser le caractère homophobe de l’attentat d’Orlando.
Les symboles, les titres, les images, les mots. Tout compte. Daesch l’a parfaitement compris. A nous de réinventer du symbole. Comme ces deux familles d’un couple tué à Orlando, qui ont décidé d’organiser des funérailles communes. A nous de nous embrasser dans la rue, parce que les baisers ne seront jamais responsables d’un attentat. A nous aussi d’imaginer que les deux enfants de trois ans (celui d’Omar Mateen et celui du couple de policiers assassinés) se tiendront un jour la main. Car aujourd’hui tout les sépare. Sauf l’âge. Et un avenir en partie commun. »
Ce texte a également été publié sur le site du Nouvel Obs

Lecture en maison d’arrêt et Permutations école jardin – Chaumont #7

Pour l’après midi doucement l’émotion particulière se déploie le lieu oui mais plus intimement le texte rendez-vous à la maison d’arrêt rencontre lecture à nouveau cette étrange sensation d’une surveillance et d’une gestion réglementaire qui serait pourtant familiales de l’entrée et des passages par les portes verrouillées dévérouillées, revérouillées. L’émotion qui est du trac et autre chose aussi parce que le texte que je viens lire est presque premier avoir choisi de lire ce qui n’a jamais été lu parce que des volontaires se sont inscrit décidée à venir avec ce qui aura une incidence donner quelque chose de réel enjeu en je en jeu l’histoire d’une naissance à travers un drôle de rêve parfois mauvais souvent même.
Ils sont quatre hommes nous sommes trois femmes et je sens que ma voix déraille en commençant à dire avant de lire et trouver le ton que ce texte fait dans ma tête.
Le voyage le trajet j’espère que je vous ai embarqué loin dira l’un ah oui dira un second trop loin même dira l’autre et on en rit parce que c’était une sorte  e constatation de voyage à revenir à cette table pour moi et à plus que ça pour eux chacun et celui qui n’a pas parlé tout de suite.
Les photos du brise-glace qui est dans le texte plein la table les livres et Désir nu livre culotte que chacun regarde solitaire pendant qu’ensemble avec les autres on discute.
La trace de plâtre sur fissures de la porte voûtée plein cintre de pierres emmurée blindée de métal maintenant. Les barreaux s’oublient puisqu’on les voit peu dans la salle mais les lames effilées du barbelé me frappent à chaque fois au dessus de nos têtes au moment de sortir par la dernière porte du mur d’enceinte.
Le lendemain matin un appel de l’institutrice on maintient je dis je vous suis de toute façon puis effectivement découvrir l’étendue de la pluie qui persiste et se renforce une moitié des élèves sera à l’abri accueillie dans l’école proche et les autres nous attendent déjà ça crie du haut du jardin on est à nouveau ravis de se trouver là vaguement abrités par les auvents des cabanes à outils. Chacun a ses affaires extraites de l’école pour être installées ici lieu au choix et je me précipite avec l’appareil dès que l’une ou l’un a terminé et appelle il pleut sans discontinuer manteau ouvert j’y protège dès que je peux mon appareil qui prend l’eau sans râler.
Il fait froid et je tape des pieds.
La maman qui accompagne sourit la maîtresse rigole moi aussi les élèves aussi sauf ceux qui sont sérieusement concentrés. Je suis admirative de leurs installations ils ont exactement compris cette chose que c’est de poser un élément dans un lieu et d’organiser en dialogue.
Le geste la liberté la projection et le principe de réalité avec ce qu’on a dans les mains et l’immense envergure de ce qu’il est possible d’imaginer, je crois que j’y projette le corps et notre condition même, humaine. La respiration que c’est de poser, ça, là, exactement, sans que personne n’ait rien à y redire, mais tout à y voir. Courir sous la pluie tous ensemble rend le moment intense et vivant on ne peut pas être qu’à moitié sous la pluie on est tous bien là.
Une vingtaine de Bic sur le banc en pierre et leur répartition aléatoire mais en tension à équidistance les uns des autres, la petite diagonale des surligneurs au centre de la hutte, sourire de la boîte qui se prend pour un nid dans les branches, s’étonner de l’assemblage entre les deux noisetiers, de l’empilement de manuels scolaires qui prennent l’eau déjà, prendre en photo les mains vos mains voilà de chaque côté de ce qu’ils ont installé sur les plateaux extérieurs des abris à outils.
sauveur pauline permutations école Chaumont résidence d'auteure
Tout le groupe repart et nous attendons les grands. Leurs installations diffèrent très attachés à ce qu’ils ont mis au point au préalable le matériel sert à plusieurs il faut attendre que chacun ait fini et que la photo soit prise. Les objets se conjuguent différemment les empilements s’équilibrent et signifient on est proche de la sculpture parfois tour immeuble personnage bombe de dessin animé.
sauveur pauline permutations école Chaumont résidence d'auteure

Quelle chance ils ont ces gamins d’avoir leurs deux maîtresses aussi engagées à les seconder les tirer les pousser leur apprendre leur montrer les accompagner entières qui les regardent aussi qui ouvrent leurs yeux sur chacun et qui découvrent et accueillent aussi elles acceptent d’être étonnées d’en apprendre. Quelle chance. Cette complicité qui n’est jamais donnée d’avance et là le plaisir qu’on a partagé.

Ville et littérature – Chaumont #3

C’était le thème de ce 13ème salon du livre de Chaumont

Ce fut riche et intense

avant
avec l’installation de l’exposition « Bruissements intimes »
et l’installation de l’autre expo « Presqu’îl-e »

et pendant
avec la participation au Salon
les lectures sous le chapiteau
les lectures dans les univers douillets
(celui pour les contes avec des coussins moelleux)
les dédicaces
les rencontres avec les écoles
les rencontres avec les auteurs
les rencontres avec les gens, curieux, contents d’être là, à cette fête du livre.

Merci à chacun
pour ces moments-là
joyeux
denses
importants.

Presqu’îl-e – extrait de la version littéraire et de la version théâtrale du texte
Suspendus dans l’univers double hauteur
Presqu’îl-e – les photos
Désir nu – nouvelle sur tissu
L’entrée des univers doubles – Bruissements intimes
(c’est le nom donné aux petites salles imaginées dans les silos à grain)
Photos en boites
 les objets complices
 L’objet, la preuve et le texte (sur le bloc)
 L’attend – carnet participatif
 L’attend
 Accrochages en cours
 Mise sous cadres
En attente des auteurs
et des livres 🙂

Extraits – lectures, sons, présence, musique, manifeste, mots… Public averti*

Cette soirée là, le samedi 12 septembre 2015.
On était 6 auteurs et 1 musicien :
BITOUZET * CORNU * FONTENEAU * HERROU * JOUAN * SAUVEUR *
* Public Averti à Sancerre
et Roby Rousselot au piano et à l’accordéon (à qui on doit l’enregistrement, merci !)
au Café Art Tour Martine.
A ré-écouter en ligne :
La lecture du manifeste du collectif par Laurent Herrou*
La lecture de Camille Cornu*
A suivre également sur Facebook :

Résidence d’auteur – Chaumont #1

En résidence avec les Silos,
maison du livre et de l’affiche
de Chaumont (52000)

sauveur pauline auteur résidence les silos Chaumont

Salon du livre en novembre « Ville et architecture »
alors écriture autour
du thème
avec l’envie et le projet « Permutations. »

sauveur pauline auteur résidence les silos Chaumont

Venir et revenir
s’installer
dans l’appartement pour 10 personnes, désert…

sauveur pauline auteur résidence les silos Chaumont

Et tous ces verbes
regarder, écouter, lire, découvrir, rencontrer,
réfléchir, imaginer, dormir, manger, écrire
photographier, prendre des mesures, arpenter…

sauveur pauline auteur résidence les silos Chaumont

sauveur pauline auteur résidence les silos Chaumont

sauveur pauline auteur résidence les silos Chaumont

public averti* – collectif

Samedi 12 septembre

à 18h30
démarrait le second évènement public averti*
6 auteurs allaient lire
un texte, un extrait,
à paraitre, paru, en cours d’écriture.
Par ordre de lecture :
Camille cornu
Pauline Sauveur
Pascale Fonteneau
Alexandra Bitouzet
Olivier Juan
Laurent Herrou
accompagnés par
Roby Rousselot
au piano 
à l’accordéon
Avant cela, pour la première fois
le manifeste du collectif
a été officiellement annoncé
L’annonce fut directe et simple
le texte l’est aussi
qui affirme
l’avertissement
de ce public
averti d’être là
face aux artistes
présents
et libres
« Avertissement
L’affiche était réalisée, nous n’avions pas de titre pour l’exposition, nous présentions notre travail lors d’un festival, à La Charité sur Loire, nous étions : une photographe, un illustrateur et un écrivain, nous nous étions rencontrés entre Cher et Nièvre où nous vivons tous les trois.
Nos noms s’affichaient, notre travail et les lectures que nous ferions à telle date, à telle autre.
Nous avions conscience que le travail que nous présentions était réservé à un public adulte, aussi avions-nous pris soin d’adjoindre au mot Lecture un astérisque.
Qui renvoyait en bas de l’affiche.
* Public averti.
Nous sommes des artistes, c’est le travail que nous faisons qui a du sens, pas les restrictions que l’on peut y poser.
Nous sommes des artistes, la morale n’a rien à voir.
Nous sommes des artistes et il fut un temps où nous représentions un danger pour une certaine idée de la société : parce que nous sommes libres.
L’idée est venue que nous pourrions, à trois, former un collectif.
L’idée est venue que ce collectif ne serait pas limitatif, qu’il s’ouvrirait à d’autres artistes, à d’autres formes d’art. L’idée est venue qui était une belle idée, pas une recherche de subventions, ni une manière de prendre le pouvoir.
Non.
Plutôt une manière de le rendre à ceux qui font l’art : les artistes.
Nous ne sommes pas une structure, nous ne sommes pas une administration, nous ne sommes pas un compte en banque : nous avons un estomac, des yeux, des oreilles, un sexe. Nous nous servons de ce que nous avons, appelez cela du talent.
Vous avez ce droit-là.
Comme nous avons celui de tout dire, de tout montrer, de tout faire.
Nous ne nous privons pas.
* Public averti.
Le nom du collectif s’imposait : puisque nous allions vous avertir de ce que nous faisions, de qui nous étions.
Le nom du collectif s’imposait, le miroir de ce que nous disons : vous êtes ce public averti qui nous entend, qui nous écoute, qui nous regarde, qui nous observe, qui nous cherche, qui nous devine, qui nous fuit, que nous dérangeons, que nous fascinons, que nous intimidons.
L’art n’est pas une guerre.
Ce n’est pas un cadeau non plus.
C’est là, vous avez de la chance : nous sommes là.
Nous vous avertissons de notre présence, nous sommes des klaxons si vous voulez. Vous avez besoin de nous pour ne pas vous faire écraser. Par la vie, par la société. Par vous-même.
Vous comprenez ?
Nous vous avertissons : par le passé, nous faisions peur et l’on a cherché à nous détruire. Mais le monstre a dépassé son créateur et ils se sont détruits eux-mêmes. Ils ont mis des étiquettes, ils ont pointé du doigt, ils ont dénoncé.
Nous avons survécu.
Nous sommes un code barre, une étoile jaune, un tatouage sur l’avant-bras.
Nous portons cet astérisque comme un avertissement.
Nous sommes des artistes, nous grandissons sans avoir besoin de nous reproduire, génération spontanée.
Nous existons.
Nous e*istons. »

Laurent Herrou *

manifeste public averti* collectif Sancerre
12 septembre 2015 à Sancerre / Art Tour Martine

Photos Lili Cameau 

Extraits des extraits :
« Je suis une pute invisible, pourquoi, pour garder un pied dans cette société, cette bien-pensance dont je ne veux pas, ces bons sentiments imposés, la pire violence, la pire domination, celle qui vous dit ce qui est bien, ce qui est mal, quand avoir honte, quand être digne, la domination des sentiments, quand on passe au-dessus de ça, je pense qu’on passe au-dessus de tout, que le patriarcat n’existe plus. »
Nos corps seront témoins – E-fractions éditions 2015
« Il se lève et enlève son pull et son t-shirt noir. Il suit des doigts les cicatrices. C’est net et à peine rouge.
Je reste assise, la table n’est plus vraiment entre nous, mais je reste sur cette distance qui matérialise notre relation dans cette histoire.
En même temps l’intimité, la proximité et le partage de l’histoire.
Et cette table de cuisine entre nous. La pudeur de la table. »
Pauline Sauveur
Presqu’îl-e – en cours d’écriture et publié dans Square Magazine
« Qui aurait l’idée de se tirer en week-end amoureux en plein mois de novembre? Au mépris total du calendrier qui réserve ce genre d’activités pour la saison des oiseaux en fleurs et des arbres en rut? Qui aurait l’idée? Mon mari. »
Maelbeek, collection Tourisme et Polar – éditions Baleine 1998
« Maman a jamais aimé les artistes. Il paraît qu’elle a écrit un petit livre, il y a quelques années. C’était juste après que papa est parti. Le petit livre n’a pas marché du tout et après le divorce, ça commençait à faire beaucoup d’échecs. Du coup, maman a cherché puis trouvé un vrai travail, c’est-à-dire un travail qui rapporte des sous, et elle a fait ce qu’elle avait à faire. Elle dit souvent que dans la vie, si on veut s’en sortir, faut pas se débattre, que celui qui se débat finit par couler et que c’est pour ça qu’elle fait toujours ce qu’on attend d’elle et jamais rien qui va contre. Parfois elle essaye autre chose et comme ça marche pas, elle se remet dans le rang parce que ça, au moins, ça remplit le frigo. Ça doit être pour ça qu’elle déteste autant les artistes, parce qu’eux ont trouvé le moyen de pas couler. Enfin, je dis ça, mais je suis sûrement trop petit pour comprendre. Ça aussi maman me le dit souvent. »
Le Bunker, Jacques Flament Editeur, à paraître fin 2015
« Il coupe le contact, sort de la voiture et finalement, il en convient, la chaleur supportable, le bleu du ciel et cette mer si près, lui procurent une humeur moins maussade pour ne pas dire, une bonne humeur. Il n’est pas certain qu’il sache un jour en quoi consiste exactement une bonne humeur, et encore moins par quels ressorts celle-ci peut bien émerger chez ses semblables. Il a d’ailleurs fini par considérer qu’accéder à cet état relève d’une grâce dont il est structurellement privé, ou bien nécessite d’en passer par l’autosuggestion, grande consommatrice d’énergie et dont il n’est pas beaucoup mieux pourvu. »
sans titre, manuscrit en cours
« J’ai oublié Frédéric.
Je l’ai trahi une fois, je l’ai accusé, injustement ou non, je ne m’en souviens pas.
« C’est lui qui a commencé. »
Ensuite, j’ai oublié Frédéric. Sa trahison à lui, l’accusation de mon père. Et la vérité. »
Frédéric – revue Rue Saint Ambroise, 2005