In-Sadow – animé – Lubomir Arsov

Un appel
un appel urgent à grandir
sans mot
puissant

le court métrage animé de Lubomir Arsov

IN-SHADOW: A Modern Odyssey par  Lubomir Arsov

« This film was created with earnest effort, diligence, and sacrifice. It is an urgent call to growth. If you are moved by the content, please SHARE.

Written, Directed & Produced by Lubomir Arsov
Original Soundtrack “Age of Wake” by Starward Projections
Composited by Sheldon Lisoy
Additional Compositing by Hiram Gifford
Art Directed & Edited by Lubomir Arsov

IN-SHADOW is an entirely independently funded, not-for-profit film »

Syrie

Tout est politique
A commencer par dire, penser, écrire.
Ecrire un journal de résidence, qui aura pour entrées les dates des deux derniers attentats commis en France, c’est écrire une part des questions, de sa propre ignorance et de son cri.

La Syrie est loin, oui, nous le savons tous par ce que ça ne nous fait pas.
Mais.
Tout est politique.
Comment réfléchir ?

Que dire, que penser ?
Comment comprendre, envisager, dénoncer ?
Une réponse
Un début de réponse.

Je partage ici, le texte de Nicolas TENZER Sciences Po – USPC. 3 octobre 2016.

 

 » Les opérations militaires d’Assad et de Poutine en Syrie ont un nom : c’est une guerre d’extermination.
Cette guerre atteint désormais une échelle sans précédent : le bombardement délibéré des civils, notamment femmes, enfants et secouristes des Casques Blancs, ainsi que des hôpitaux n’est pas nouveau. Mais elle a désormais un caractère systématique avec un objectif clair : tuer, encore tuer, tout ce qui peut l’être. C’est une guerre totale dans laquelle la Russie de Poutine expérimente de nouvelles armes, comme ces bombes qui peuvent pénétrer les abris et les pulvérisent ensuite.
Beaucoup, y compris dans un propos sensible et poignant, l’ambassadeur de France auprès des Nations unies, ont fait à juste titre l’analogie avec Guernica : l’aviation de l’Allemagne nazie et de l’Italie fasciste avaient anéanti la ville tandis que les troupes franquistes agissaient au sol. En Syrie aussi, les avions russes dominent les airs tandis que les troupes de l’armée du régime et du Hezbollah soutenu et armé par l’Iran agissent à terre.
Cette guerre d’extermination est promise à s’intensifier dans les jours et les semaines qui viennent. Des crimes de guerre de plus en plus évidents et que la Russie ne cherche même plus à dissimuler s’ajoutent aux crimes contre l’humanité commis par le pouvoir d’Assad, notamment dans les prisons du régime où les tortures les plus sadiques sont une pratique courante.
« Tout est désormais vain »
Cela, tout le monde le sait, ou devrait le savoir. Innombrables sont les écrits où cela fut exposé depuis plus de cinq ans. Tout est parfaitement documenté.
Tous ont dit et répété à l’envi que le « plus jamais cela » – proféré à nouveau après Auschwitz, Srebrenica, le Cambodge, le Rwanda, etc. – était devenu pitoyable.
Tous ont dit, convoquant les auteurs classiques, que l’indifférence était le pire péché, que le silence était crime, que l’inaction était complicité.
Tous ont dit et répété encore, moi comme tant d’autres, qu’il fallait sauver Alep et la Syrie, appliquer les principes de la « responsabilité de protéger », faire respecter militairement une zone de non-survol, qui reste encore une option possible, intervenir en somme.
Tous ont dit et redit que seuls les États-Unis, avec leurs alliés, en étaient capables et que c’était leur responsabilité première. Et ses plus fidèles soutiens, par ailleurs, ont dénoncé la pleutrerie de Barack Obama, son irresponsabilité, son cynisme, parfois sa stupidité et, pour tout dire, sa responsabilité devant l’histoire. À la faillite morale des États-Unis s’ajoute ainsi sa déroute stratégique.
Tous ont dit, y compris l’auteur de ces lignes, que toute négociation avec la Russie, non pas solution, mais premier agresseur, était un jeu de dupes, que cela la renforçait en Syrie comme ailleurs.
Tous ont dit et redit que les multiples projets de trêve étaient voués à l’échec – et ils le furent, souvent plus vite que les plus pessimistes ne le pensaient.
Tous ont dit et redit combien les mots diplomatiques – préoccupation, elle-même parfois vive ou même très vive, « injonction de », « demande expresse que », « condamnation sans ambiguïté de » – ajoutaient de l’indécence aux souffrances.
Tous, enfin, ont considéré, avec réalisme, que l’ONU ne pouvait rien faire, car bloquée par la capacité de veto de la Russie – et souvent de la Chine – au Conseil de sécurité.
Et tous ont vu, enfin, les visages gris et terreux, zébrés de sang séché, le crâne parfois éclaté, les corps démembrés et éviscérés, des enfants assassinés et pour les plus chanceux – provisoirement – les pleurs et les larmes devant des linceuls sans fin – ceux de leur père, de leur mère, de leur frère, de leur sœur ; ils ont été bouleversés, ont pleuré eux aussi, ont appelé à l’action, ont dénoncé une prétendue « impuissance » qui n’est qu’un mot pudique pour dire la veulerie et l’indignité.
Un ami, engagé dans l’action humanitaire en Syrie, qui fut là-bas, m’a écrit l’autre soir que désormais tout était vain, que l’indignation, l’accablement, l’émotion – des responsables politiques, des commentateurs, de lui et de moi – l’écœuraient, qu’il n’en pouvait plus des gens « bouleversés », que c’en était assez, en somme, si je traduis bien, que les larmes mêmes et l’indignation devenaient immondes, que l’ignominie de la barbarie du régime, de la Russie et de l’Iran était notre ignominie, et que nos pleurs ne la rendaient même que plus abjecte. En mes propres termes, le mal avait contaminé le monde, le mal avait atteint le bien, les rires en écho des bourreaux avaient comme déteint sur notre compassion, notre générosité et notre attention.
Combattre, donc parler
Que devais-je lui répondre ? M’était-il – nous était-il – encore possible moralement de dire quelque chose et fallait-il le faire avec cette crainte redoutée que nos indignations ne soient que le soulagement pitoyable de notre bonne conscience ? En termes politiques aussi, convenait-il, de message en message posté sur les réseaux sociaux, d’article en article, d’ajouter l’impuissance des mots à la faillite des nations ? En termes de communication – car, oui, cela importe devant l’invasion des mensonges et la désinformation massive devenue arme de guerre –, ne prenions-nous pas le risque aussi d’adjoindre l’excès d’émotion à la surabondance de crimes, le défilement impuissant des images – au risque de la lassitude – à l’accumulation des cadavres ? Ai-je, d’ailleurs, seulement une réponse à ces questions ?
Mais quand même, dois-je absolument être contraint toujours d’opposer le sentiment à l’esprit, la froideur nécessaire de l’analyste à la révolte du citoyen, l’exigence absolue, car elle est telle, de la morale au conseil politique que je puis prodiguer ? Et là, je ne puis pas ne pas répondre.
En passant, j’ai revu cette image du camelot syrien, vendeur de jouets à deux sous, allant de ville en ville, échappant – comme chacun, jusqu’à quand ? – aux bombardements, pour les distribuer, recevant en échange le sourire éphémère d’un de ces enfants peut-être fauché ou écrasé demain – et cet homme-là, je crois, n’avait jamais lu Kant, ni les Évangiles, peut-être pas davantage le Coran, comme ces Justes, parfois à peine lettrés, qui sauvèrent des Juifs parce qu’il le fallait, que c’était évident, indispensable, que la question ne se posait pas. Ceux-là, plus que des érudits qui soupesaient le danger, multipliaient les arguties sur les pro et contra et voulaient gagner du temps, avaient seulement, comme le disait Hannah Arendt, pensé.
Donc, tout cela n’est pas vain. Il faut aussi combattre – et cela impose de parler.
L’aveugle, l’idiot et le salaud
Tous avaient dit, affirmais-je… Tous ?
Non, il en reste encore – je crains, une majorité – pour s’en moquer, ou plutôt pour ne pas voir ce qu’est le réel en dehors de chez eux. Ils s’empressent de fermer la porte pour se retirer dans leurs « affaires ». Ils sont en dehors de la tragédie du monde sauf lorsqu’elle les touche ou sembler les menacer. En étant dans leur monde, ils sont en quelque sorte nulle part. Certains, peut-être, s’en sont un moment soucié, mais ont vite décroché – oui c’est usant de maintenir l’attention dans une société qui vise à la disperser. Et la « fatigue » de la Syrie – comme de l’Ukraine, du Soudan, du Yémen, etc. – l’emporte. « Il faut tenter de vivre ». Oui, certes… Voilà les aveugles.
Variante : il en reste encore pour qui le divertissement et la futilité sont plus importants que le reste – et ils préfèrent le n’importe quoi. C’est ce que Castoriadis désignait par la « montée de l’insignifiance ». Il en est pour considérer avec plus d’importance les informations sportives, les caniveaux locaux ou les petites phrases. La prédominance du crétin, pour reprendre le titre du livre de Fruttero et Lucentini, est le lot commun – aussi inquiétante qu’insupportable. Comment « tolérer » que le propos d’un animateur auto-adulateur de sa stupidité devienne sur les réseaux sociaux incommensurablement plus importante que les massacres d’Alep, de Homs ou de Daraya ? La débilité est indécente à l’heure du crime, autant que les plaisirs de l’arrière lorsque le gaz moutarde asphyxiait les tranchées de la Grande Guerre. Voilà les idiots.
D’autres enfin voient, savent et, comme on dit, analysent. Ils vous disent déjà, en premier lieu, que c’est la « nature » de la guerre, que l’émotion et la compassion sont mauvaises conseillères, que, oui, le tragique habite le monde et qu’il faut « prendre le temps » de l’analyse – et que chaque heure rime avec des dizaines de suppliciés fait finalement leur affaire.
Or, le n’importe quoi entretenu de l’absence de pensée, déjà bien dénoncée par Jean-Marc Lafon, tue. Car toute cette retenue polie devient vide immonde. Elle a un scolie : la désinformation qui emprunte quatre canaux rhétoriques.
Les révisionnistes, d’abord, vous parleront de l’État islamique, de la responsabilité des États-Unis dans sa montée (que ni Assad ni Poutine ne l’aient vraiment combattu, au contraire, ne les gênera pas), de l’importance de défendre d’abord la laïcité, des minorités (surtout chrétiennes) – qu’une partie ait été massacrée par Assad ne sera d’ailleurs à leurs yeux qu’un « détail » de l’histoire.
Les distracteurs, ensuite, vous demanderont d’abord de parler des horreurs (réelles) commises par l’Arabie saoudite au Yémen, des bombardements (inqualifiables) sur Gaza (suit parfois une digression un peu plus large sur l’État hébreu, son influence, l’exploitation de la Shoah, etc.), du chaos libyen (à éviter naturellement – ce qui signifie pour eux « Assad ou le chaos ») et, certainement, de la guerre du Vietnam.
Les relativistes, quant à eux, demanderont une vision équilibrée, rediront que la réalité n’est jamais blanche ou noire, évoqueront des responsabilités (toujours) partagées, déploreront l’exagération habituelle des médias, invoqueront la nécessité de ne pas voir la Syrie – le Moyen-Orient en général, mais aussi la Chine, l’Ouzbékistan, etc. – avec des lunettes occidentales (lire droits-de-l’hommistes), signaleront la chiffrage compliqué des victimes, les risques encourus par les Alaouites si… la nécessité de prendre en compte le point de vue de l’autre (la légitime défense du régime qui attaque à l’arme lourde et torture en prison des manifestants pacifiques qui demandent de manière irresponsable plus de démocratie).
Les généralistes, enfin, partiront dans de grandes considérations librement inspirées de Bouvard et Pécuchet et bien mises en valeur récemment par Bruno Tertrais, sur l’impossibilité de se passer de la Russie – tiens, de ses crimes de guerre aussi ! –, des rivalités des grandes puissances qui font du Moyen-Orient une poudrière, de l’Orient compliqué, de l’islamisme en général (et notamment de la division en sunnites et chiites, du respect indispensable de la démocratie et donc de la possibilité pour les Syriens de choisir leurs dirigeants (d’ailleurs Assad a été élu avec plus de 88,7 % des voix en 2014…), de l’échec général des printemps arabes, de la responsabilité (historique nécessairement) des accords Sykes-Picot, etc.
À tout cela, évidemment, il a été répondu mille fois, par des faits fondés sur des connaissances, par des reportages de première main, en un mot par la vérité. Qu’à cela ne tienne : dès qu’il faut justifier un massacre – environ 500 000 morts en un peu plus de cinq ans –, qu’il faut promouvoir le dirigeant d’un pays qui ne connaît aucune limitation dans l’usage de la force brute depuis Grozny et présenter ses crimes comme le combat pour la défense de l’Occident, la vérité n’est qu’un subterfuge de l’ennemi. Exécutons donc la vérité comme ces terroristes au visage de bébé ou de jeune enfant, jouant au ballon dans une cour, penchés sur un livre dans une cave à peine éclairée ou blottis encore dans leur lit – explosés ensuite dans le vacarme d’une bombe à sous-munitions ou soufflés par le phosphore blanc. Comme ces enfants, nécessairement terroristes en herbe, la vérité mérite le peloton.
Ceux-là, ce sont les salauds.
Ils ne méritent pas notre silence. Surtout, notre voix doit être plus forte.
Mort de la communauté démocratique
Il avait été dit, non sans raison, que ce qu’on appelle par commodité la communauté internationale n’existait pas. J’avais pu moi-même prévoir, il y a six ans, l’érosion progressive des organisations internationales de type politique. Pour aller vite, ces deux mouvements peuvent s’expliquer par la renationalisation des stratégies de politique extérieure, l’affaiblissement des valeurs partagées au sein de ces institutions et l’avènement de qu’on a appelé le G-Zéro, autrement dit l’absence de directoire mondial et l’incapacité de la seule puissance universelle par son déploiement militaire, les États-Unis, d’assumer son rôle. La lâcheté de Washington en Syrie fait presque ainsi figure de prophétie auto-réalisatrice : l’histoire (universelle) américaine s’arrête à Alep.
Or, ce manque de « communauté » internationale n’est jamais que le décalque de ce qui semble pouvoir fonder une communauté tout court – ici une communauté de valeurs. Revenons à l’évidence – évidence du crime. Celle-ci n’est possible que dans un monde qui respecte la vérité et sans doute la cherche ;
qui a globalement une perception à peu près analogue du bien et du mal ou, pour le moins, pour citer à nouveau Arendt, pour laquelle les notions de bien et de mal ont une signification ;
qui distingue l’essentiel de l’accessoire ;
qui communie dans les mêmes émotions ;
qui dissocie les valeurs et les intérêts, autrement dit pense les premières à l’échelle de l’universel.
La principale difficulté, ici, est de tenir ensemble ces cinq propositions. À elles cinq, elles forment le substrat de ce que j’appellerais la communauté démocratique. La réaction devant les crimes syriens me paraît confirmer la fragilité d’une telle communauté.
Ils révèlent une relative indifférence devant la vérité qui, là comme ailleurs, renforce la capacité d’intrusion de la propagande, un relativisme accru en matière de bien et de mal – « Ah oui, des civils sont tués en grand nombre, mais au bout du compte c’est pour nous protéger » –, une absence de hiérarchie dans la perception des faits – échange conflit en Syrie contre émission de télé-réalité –, une absence de communion dans ce qui littéralement nous « injurie » – les victimes françaises des attentats, oui, mais on ne peut pas souffrir aussi pour un enfant syrien – qui rend incompréhensible, car non « éprouvée », la figure de l’universel.
Et là, faute d’expérience vécue de la souffrance, l’absence de blessure personnelle infligée par ces corps syriens, ce qui pourrait figurer une communauté politique devient impensable.
Devenant telle, elle instille le relativisme au sein même du droit, rend secondaire le crime contre l’humanité et banalise la violence extrême. C’est ainsi que nous préparons l’avenir.
Et de cela nous devons sans cesse parler, car c’est politique – et vital. »
Nicolas Tenzer, professeur associé International Public Affairs, Sciences Po – USPC
La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.
Nicolas TENZER Sciences Po – USPC

Photo (AFP) : Un membre du personnel médical inspecte les dégâts d’un site hospitalier, touché par les bombes du régime, samedi 1er octobre, dans le quartier de al-Sakhour, dans le nord de la ville d’Alep.

Lectures *public averti en août

Oh !
Lire encore !
Avec Laurent Herrou*
Du collectif *public averti nous sommes, nous lirons donc

au Prieuré de la Charité sur Loire (58)
au café éphémère de Babette et Eva
installé pour l’été sous les arcades
Vendredi 12 août à 19h
collectif *public averti La charité sur Loire Sauveur Pauline Herrou Laurent lectures
On vous attend avec grand plaisir !
*Des infos sur le collectif sur ce blog et à suivre sur la page Facebook dédiée:
actualités, artistes invités, évènements, manifeste et…
La raison et l’histoire de cet astérisque !

Construire une table – Résidence Essonne #6

J’essaye de construire une table
à vous, ensuite, d’y manger, de l’interroger ou de faire du feu avec. 
Jean Cocteau à propos du tournage de La Belle et la Bête.

Journal La Belle et la Bête Jean Cocteau
éditions du Rocher

Lire Cocteau.
Lire le journal qu’il a tenu durant toute la durée du tournage, du 26 août 1945 au 1er juin 1946. Plonger, le suivre, chaque jour ou presque, croiser les acteurs, les techniciens, traverser les décors, le château et les paysages, les studios, la salle de montage.
Pour préparer une lecture dans sa maison, celle de Milly-la-Forêt, au mois d’août. Y lire et y revenir lire. Prévoir de prendre ma propre chaise, celle que je trimbale un peu partout au cours de cette résidence.
Découvrir comme j’ai été embarquée.
Comme la proximité ne se décrète pas mais advient. Cette sensation.
Demain, regarder le film qui est né au fil des pages.

Jean Marais, la Bête, Josette Day, la Belle et Jean Cocteau

7 octobre 1945
Je m’acharne. Je continue. Et j’aime cet acharnement. Je ne peux pas dire qu’il me coûte. Mon travail est un travail d’archéologue. Le film existe (préexiste). Il me faut le découvrir dans l’ombre où il dort, à coup de pelle et à coup de pioche. Il m’arrive de l’abîmer à force de hâte. Mais les fragments intacts brillent d’un beau marbre. Lorsqu’on pense au nombre de circonstances fortuites qui doivent se produire ensemble, à la même seconde, pour réussir une prise, on s’étonne de crier « Stop ». Ensuite ce prodige du hasard passe à d’autres dangers. L’indifférence des machines. Qu’une panne d’électricité survienne pendant que la pellicule négative se trouve dans le bain, le travail est perdu. On tremble sans cesse. (…)
J’ai une barbe blanche. Je ne m’en doutais pas. Eh bien, voilà ! J’ai une barbe blanche. Ce n’est pas grave. Le grave serait d’avoir une âme qui lui corresponde. Dieu merci, j’ai le sang rouge. Je le dépenserai jusqu’à la dernière goutte. Je n’économiserai rien.
Jean Cocteau

Et lire des extraits
de mon propre journal (de résidence) publié en ligne sur remue.net

27 janvier 2016

J’envoie un mail au propriétaire qui vend une vieille chaise bois et cuir sur un site. Ils sont à Étampes, lui et sa chaise. L’affaire réglée, il repart à pied, je repars contente. Elle bouge un peu, mais elle est jolie petite et presque légère. Tester et la chaise et l’idée de la chaise. Le corps assis dans le jardin et les phares de la voiture. Calculer le temps entre chaque prise. M’asseoir face au jardin noir de nuit. Avoir un peu froid, continuer, regarder l’objectif droit dans son œil, parce que je sais que même de très loin, même pixélisé le regard importe.
Prendre mon visage entre les mains, sourire derrière les mains, et savoir qu’il suffit d’une ou deux pensées pour pleurer réellement, la tristesse si facile. Parfois imprévisible, parfois si évidente,
sous les sédiments.
P.S.
 

un automne*public averti – EXPO

Exposition privée

du 25 septembre 
au 18 octobre 2015
Château de Villequiers (18800)

Vernissage : le vendredi 25 septembre 2015 à partir de 18h

contact : laurent.herrou@gmail.com 
performance exposition public averti un automne
photo  Torsten Solin
Les artistes *, les œuvres…

* Cyrille Berger, « Clin d’œil »

« Avec une attention toute particulière, nous regardons les objets qui nous entourent,
qu’ils soient nôtres ou pas, et chaque regard porté sur chaque objet déclenche
systématiquement une suite de pensées, des souvenirs, des réflexions. Ces objets que
nous amassons au fil du temps et qui sont en quelque sorte témoins de notre vie ont une
vie, et nous ne les possédons plus, ils nous possèdent, comme des petits fantômes. J’ai
voulu témoigner de cette humanité en l’exagérant, en leur collant ces petits yeux de
plastique dessus avec de la gomme adhésive et en capturant un portait
anthropomorphique amusant, comme un clin d’œil. Ce sont eux qui nous regardent
maintenant, avec une attention toute particulière. »

Cyrille berger est illustrateur et graphiste dans la communication et la presse.

performance exposition public averti un automne

* Jean-Baptiste Ganne, « D.A.F de Sade, Dialogue entre un prête et un moribond »

Techniques mixtes.
Environ 10h.
(1782 / 2011 / 2015)

«Chaque château, comme vieille demeure, a dû voir passer nombres d’hommes
mourants. Sade, en 1782, écrit un texte politique superbe, le Dialogue entre un prêtre et
un moribond. C’est en langage morse visuel, dans une des chambres du château, que
nous allons réinterpréter ce dialogue. L’homme libre et libertin qui sera emporté par la
mort sera interprété par une lampe et le prêtre moraliste par une autre. Cette lecture de
dix heures, de jour ou de nuit, s’achève par la victoire rhétorique du moribond sur le
prêtre qui devient, dans les bras des femmes : “un homme corrompu par la nature, pour
n’avoir pas su expliquer ce que c’était que la nature corrompue” »

Jean-Baptiste Ganne, né en 1972 à Gardanne, vit à Nice.

performance exposition public averti un automne

* Alexandra Guillot, « Silencio »

Performance.
Destructeur de documents, papier, table.

« C’est une performance que j’ai réalisée à plusieurs reprises. Elle m’a été inspirée, à une
époque où je n’arrivais plus à écrire, par une citation de Mallarmé : “Sur le vide papier
que la blancheur défend”. Quand je suis, par hasard, tombée sur ce destructeur de
documents qui s’appelait Silencio, l’idée a pris forme. Je m’isole dans une pièce plongée
dans l’obscurité, la seule source de lumière éclairant la table où j’officie. Devenant un
être intemporel qui évolue dans une autre sphère, on me voit passer au broyeur des
feuilles blanches. Au fur et à mesure que le temps s’écoule, le tas de feuilles laminées
grossit, enfle, pour devenir une sculpture. Au départ, c’était une sculpture, c’est devenu une performance, aujourd’hui je peux dire que c’est une sculpture dont je fais partie.
Cette œuvre est emblématique pour moi du passage du littéraire au plastique. C’est un
acte d’isolement qui renvoie à la solitude de l’écrivain, à une autre nuit aussi. »

Alexandra Guillot est née en 1980 à Bayonne.
Elle est membre du collectif La Station (Nice), et fondatrice du site Le chant des matelots.

performance exposition public averti un automne

* Pauline Sauveur, « Anima / animal »

« Animal absent habitant cet endroit.
Une légère brise sur un pelage froid.
D’une confrontation silencieuse vers l’entrouverture.
Dans ses yeux de verre, dans son visage d’animal maintenu, convoqué, abritant une trace
du vivant, lieu de l’enjeu, en je, lui ou moi personnage, j’envisage ma propre question. »

Pauline Sauveur est auteure, photographe et architecte.
Son site : lecoeurcaramel.blogspot.fr

performance exposition public averti un automne

* Torsten Solin, « Broken Mirrors »

C’est le thème du miroir et de la réflexion que l’artiste explore depuis plus de dix ans.
Ces images, qui rappellent en partie les tests de Rorschach, ont été créées à partir de la
méthode surréaliste de l’« inversage », mise au point en 1977 par l’artiste tchèque Milan
Nápravník. Jacques Lacan déclare dans sa théorie du « stade du miroir » que
l’observateur n’est pas confronté, dans le miroir, au reflet de sa propre personne, mais
juste à une image, une projection de celle-ci.

Torsten Solin est né en 1972 à Jena.
Il vit et travaille à Berlin.

* Caroline Valmar, « No more barbed wire I & II »

Deux massacres de cerfs de Sologne (13 cors chacun), et barbelés.
Présentés sur une
table réalisée par José Rhit.
Céramique, cuisson basse température et enfumage.

« J’ai, au départ, commencé par des sculptures d’animaux (fauves, bisons, cerfs, toros),
par goût du mouvement et du muscle.
Puis l’évolution s’est faite en direction des primates pour leur expressivité proche de
celle de l’homme.

Et puis l’homme.
L’homme premier, originel, celui de l’Est de l’Afrique, de la vallée de l’Omo, du grand
Rift ; celui du berceau de l’humanité. »

Après une vie émaillée d’études d’histoire et d’archéologie, de nombreux voyages dans un
cadre professionnel et la réalisation d’une vie de famille, Caroline Valmar « restitue » des
impressions, des connaissances, des expériences, des flash visuels accumulés depuis 50 ans. 

public averti* – collectif

Samedi 12 septembre

à 18h30
démarrait le second évènement public averti*
6 auteurs allaient lire
un texte, un extrait,
à paraitre, paru, en cours d’écriture.
Par ordre de lecture :
Camille cornu
Pauline Sauveur
Pascale Fonteneau
Alexandra Bitouzet
Olivier Juan
Laurent Herrou
accompagnés par
Roby Rousselot
au piano 
à l’accordéon
Avant cela, pour la première fois
le manifeste du collectif
a été officiellement annoncé
L’annonce fut directe et simple
le texte l’est aussi
qui affirme
l’avertissement
de ce public
averti d’être là
face aux artistes
présents
et libres
« Avertissement
L’affiche était réalisée, nous n’avions pas de titre pour l’exposition, nous présentions notre travail lors d’un festival, à La Charité sur Loire, nous étions : une photographe, un illustrateur et un écrivain, nous nous étions rencontrés entre Cher et Nièvre où nous vivons tous les trois.
Nos noms s’affichaient, notre travail et les lectures que nous ferions à telle date, à telle autre.
Nous avions conscience que le travail que nous présentions était réservé à un public adulte, aussi avions-nous pris soin d’adjoindre au mot Lecture un astérisque.
Qui renvoyait en bas de l’affiche.
* Public averti.
Nous sommes des artistes, c’est le travail que nous faisons qui a du sens, pas les restrictions que l’on peut y poser.
Nous sommes des artistes, la morale n’a rien à voir.
Nous sommes des artistes et il fut un temps où nous représentions un danger pour une certaine idée de la société : parce que nous sommes libres.
L’idée est venue que nous pourrions, à trois, former un collectif.
L’idée est venue que ce collectif ne serait pas limitatif, qu’il s’ouvrirait à d’autres artistes, à d’autres formes d’art. L’idée est venue qui était une belle idée, pas une recherche de subventions, ni une manière de prendre le pouvoir.
Non.
Plutôt une manière de le rendre à ceux qui font l’art : les artistes.
Nous ne sommes pas une structure, nous ne sommes pas une administration, nous ne sommes pas un compte en banque : nous avons un estomac, des yeux, des oreilles, un sexe. Nous nous servons de ce que nous avons, appelez cela du talent.
Vous avez ce droit-là.
Comme nous avons celui de tout dire, de tout montrer, de tout faire.
Nous ne nous privons pas.
* Public averti.
Le nom du collectif s’imposait : puisque nous allions vous avertir de ce que nous faisions, de qui nous étions.
Le nom du collectif s’imposait, le miroir de ce que nous disons : vous êtes ce public averti qui nous entend, qui nous écoute, qui nous regarde, qui nous observe, qui nous cherche, qui nous devine, qui nous fuit, que nous dérangeons, que nous fascinons, que nous intimidons.
L’art n’est pas une guerre.
Ce n’est pas un cadeau non plus.
C’est là, vous avez de la chance : nous sommes là.
Nous vous avertissons de notre présence, nous sommes des klaxons si vous voulez. Vous avez besoin de nous pour ne pas vous faire écraser. Par la vie, par la société. Par vous-même.
Vous comprenez ?
Nous vous avertissons : par le passé, nous faisions peur et l’on a cherché à nous détruire. Mais le monstre a dépassé son créateur et ils se sont détruits eux-mêmes. Ils ont mis des étiquettes, ils ont pointé du doigt, ils ont dénoncé.
Nous avons survécu.
Nous sommes un code barre, une étoile jaune, un tatouage sur l’avant-bras.
Nous portons cet astérisque comme un avertissement.
Nous sommes des artistes, nous grandissons sans avoir besoin de nous reproduire, génération spontanée.
Nous existons.
Nous e*istons. »

Laurent Herrou *

manifeste public averti* collectif Sancerre
12 septembre 2015 à Sancerre / Art Tour Martine

Photos Lili Cameau 

Extraits des extraits :
« Je suis une pute invisible, pourquoi, pour garder un pied dans cette société, cette bien-pensance dont je ne veux pas, ces bons sentiments imposés, la pire violence, la pire domination, celle qui vous dit ce qui est bien, ce qui est mal, quand avoir honte, quand être digne, la domination des sentiments, quand on passe au-dessus de ça, je pense qu’on passe au-dessus de tout, que le patriarcat n’existe plus. »
Nos corps seront témoins – E-fractions éditions 2015
« Il se lève et enlève son pull et son t-shirt noir. Il suit des doigts les cicatrices. C’est net et à peine rouge.
Je reste assise, la table n’est plus vraiment entre nous, mais je reste sur cette distance qui matérialise notre relation dans cette histoire.
En même temps l’intimité, la proximité et le partage de l’histoire.
Et cette table de cuisine entre nous. La pudeur de la table. »
Pauline Sauveur
Presqu’îl-e – en cours d’écriture et publié dans Square Magazine
« Qui aurait l’idée de se tirer en week-end amoureux en plein mois de novembre? Au mépris total du calendrier qui réserve ce genre d’activités pour la saison des oiseaux en fleurs et des arbres en rut? Qui aurait l’idée? Mon mari. »
Maelbeek, collection Tourisme et Polar – éditions Baleine 1998
« Maman a jamais aimé les artistes. Il paraît qu’elle a écrit un petit livre, il y a quelques années. C’était juste après que papa est parti. Le petit livre n’a pas marché du tout et après le divorce, ça commençait à faire beaucoup d’échecs. Du coup, maman a cherché puis trouvé un vrai travail, c’est-à-dire un travail qui rapporte des sous, et elle a fait ce qu’elle avait à faire. Elle dit souvent que dans la vie, si on veut s’en sortir, faut pas se débattre, que celui qui se débat finit par couler et que c’est pour ça qu’elle fait toujours ce qu’on attend d’elle et jamais rien qui va contre. Parfois elle essaye autre chose et comme ça marche pas, elle se remet dans le rang parce que ça, au moins, ça remplit le frigo. Ça doit être pour ça qu’elle déteste autant les artistes, parce qu’eux ont trouvé le moyen de pas couler. Enfin, je dis ça, mais je suis sûrement trop petit pour comprendre. Ça aussi maman me le dit souvent. »
Le Bunker, Jacques Flament Editeur, à paraître fin 2015
« Il coupe le contact, sort de la voiture et finalement, il en convient, la chaleur supportable, le bleu du ciel et cette mer si près, lui procurent une humeur moins maussade pour ne pas dire, une bonne humeur. Il n’est pas certain qu’il sache un jour en quoi consiste exactement une bonne humeur, et encore moins par quels ressorts celle-ci peut bien émerger chez ses semblables. Il a d’ailleurs fini par considérer qu’accéder à cet état relève d’une grâce dont il est structurellement privé, ou bien nécessite d’en passer par l’autosuggestion, grande consommatrice d’énergie et dont il n’est pas beaucoup mieux pourvu. »
sans titre, manuscrit en cours
« J’ai oublié Frédéric.
Je l’ai trahi une fois, je l’ai accusé, injustement ou non, je ne m’en souviens pas.
« C’est lui qui a commencé. »
Ensuite, j’ai oublié Frédéric. Sa trahison à lui, l’accusation de mon père. Et la vérité. »
Frédéric – revue Rue Saint Ambroise, 2005