Friches et fragments

Usines, bâtiments, ilots.
Fonctions et usages, une vie oubliée dont il ne reste que des traces, des indices. Les lieux abandonnés sont délicatement accueillants, secrètement enjoués, prêts à nous ouvrir les bras, si nos yeux s’accommodent et si la curiosité nous y conduit. Une connivence, installée dans le regard et l’élan de l’exploration.

Urbex. Urbaine exploration.
Les fissures, le temps qui passe et la mémoire, les questions en suspend au milieu des gravats, de la poussière et des amoncellements, la lumière à travers le carreau cassé.

Les friches, ce potentiel à ciel ouvert. Mais aussi l’envie, et même la révolte devant tant de surfaces d’espace, sans usage ni utilisateur, sans occupation ni projet.
Léthargie maladive ?
Absence de décision-démolition-déclaration ?
Que tous ceux qui traversent, déplorent.

Il faudra un jour poser un regard lucide et pragmatique sur ces espaces construits, déjà là, dont l’abandon et la démolition trop systématiques sont une aberration humaine et économique.

En attendant, ceux et celles qui parcourent et photographient les ruines, les friches, les lieux abandonnées, ont de la tendresse pour tous ces espaces. On pourra toujours dire qu’il s’agit d’un réflexe romantique, mais elle est déjà le signe de l’envie, de la confiance face à la transformation encore possible.

Ce potentiel : de l’espace de l’espace  ! Et probablement du silence et de l’épaisseur d’air nécessaire l’échafaudage du projet fou, qui se déploie, s’invite, s’installe, qui habite la friche.

Probablement que les réhabilitations se nourrissent aussi de ces rêveries originelles. Les requalifications réussies ont toutes, je l’espère, pour base commune cette forme d’énergie et de rêverie nées d’un élan et d’une envie.

Interprétation, mutation, vers une seconde et nouvelle vie.