pauline sauveur

questionner les liens entre corps et espace(s)

Permutations poétiques

Expérimenter pour jouer, tester.
Installer pour voir et regarder.
Chercher pour chercher et trouver.

L’idée est de faire, avec ce qu’il y a, avec ce qui aura été décidé, délimité : les objets, les lieux, et envisager les permutations, c’est à dire un déplacement, un glissement un décalage pour questionner nos relations aux objets et à leurs usages ou leur poésie.

École/jardin,  maison/bibliothèque, maison/rue, forêt/ville, etc.

“Le lendemain matin, un appel de l’institutrice qui s’inquiète. On maintient je dis, je vous suis de toute façon, puis effectivement découvrir l’étendue de la pluie qui persiste et se renforce, une moitié des élèves sera à l’abri accueillie dans l’école proche et les autres nous attendent déjà. ça crie du haut du jardin on est à nouveau ravis de se trouver là, vaguement abrités par les auvents des cabanes à outils. Chacun a ses affaires extraites de l’école pour être installées ici, lieu au choix, et je me précipite avec l’appareil dès que l’une ou l’un a terminé et appelle. Il pleut sans discontinuer, manteau ouvert j’y protège dès que je peux mon appareil qui prend l’eau sans râler.

Il fait froid et je tape des pieds.
La maman qui accompagne sourit, la maîtresse rigole, moi aussi, les élèves aussi, sauf ceux qui sont sérieusement concentrés. Je suis admirative de leurs installations, ils ont exactement compris cette chose que c’est de poser un élément dans un lieu et d’organiser en dialogue. Le geste, la liberté, la projection et le principe de réalité avec ce qu’on a dans les mains et l’immense envergure de ce qu’il est possible d’imaginer. Je crois que j’y projette le corps et notre condition même, humaine. La respiration que c’est de poser, ça, là, exactement, sans que personne n’ait rien à y redire, mais tout à y voir.

Courir sous la pluie tous ensemble rend le moment intense et vivant, on ne peut pas être qu’à moitié sous la pluie, on est tous bien là. Une vingtaine de Bics sur le banc en pierre et leur répartition aléatoire mais en tension, à équidistance les uns des autres, la petite diagonale des surligneurs au centre de la hutte, sourire de la boîte qui se prend pour un nid dans les branches, s’étonner de l’assemblage entre les deux noisetiers, de l’empilement de manuels scolaires qui prennent l’eau déjà, prendre en photo les mains, vos mains, voilà, de chaque côté de ce qu’ils ont installé sur les plateaux extérieurs des abris.
(…)”