pauline sauveur

questionner les liens entre corps et espace(s)

Un monde_Tir à vue / Herrou_Sauveur

Laurent Herrou raconte son rapport à Nice et aux hommes qu’il y a aimés, ramenés à ses souvenirs par l’attentat du 14 juillet 2016 ; Pauline Sauveur interroge le statut de la femme dans la littérature, dans la politique, la société, la publicité. Elle est habitée, incarnée, vibrante, en colère parfois, ironique beaucoup ; lui est froid, analytique, détaché malgré l’implication autofictionnelle.

Un monde _Tir à vue, 8 semaines, 8 articles, une chronique sur remue.net

introduction
l’art n’est pas une guerre
enregistrement
lire en écho
suite possible
la parenthèse
un an
Nice

Deux textes mêlés dès le départ pour une lecture performance, qui se croisent et se répondent, qui abordent le politique, l’indissociable dimension politique de ce que nous sommes, dans une approche fragmentaire du quotidien, à travers ce qu’il peut y avoir de plus intime, de plus banal parfois.

On ne sait pas de quoi naissent les textes, quel désir, quelle impulsion.
On la suit, on écoute, on pose les doigts sur le clavier, on se plie au caprice.

Une voix, celle du journal, que Laurent Herrou construit et
fait prendre corps, énonce le commencement de ce texte, sa propre élaboration,
qui nait du lieu et de l’envie de lire.

« C’est Pauline qui en a eu l’idée, c’est elle qui a dit : et lire au prieuré de La Charité sur Loire, ça te dirait ? Elle avait parlé avec Éva qui ouvrait un café éphémère sous les arcades du vieux bâtiment pendant l’été, c’était un lieu qui m’avait toujours séduit, il tranchait avec la région, chaque fois que j’allais chercher quelqu’un à la gare et que l’on traversait le pont sur la Loire, je l’interrompais — les gens qui sortent des trains ont toujours des choses à dire — et je lui disais de regarder en arrière, vers l’abbatiale, d’admirer la vue sur les toits de la Charité. Généralement les gens se retournaient automatiquement, pour me faire plaisir, sans interrompre leur discours, ils regardaient en hochant la tête mais je voyais bien qu’ils s’en foutaient. Moi à chaque fois que j’arrivais à la Charité en venant du Cher, j’étais sans voix devant la vue sublime : le vieux pont, les toits de la ville qui se chevauchaient les uns les autres, le prieuré magnifique, le paysage de la Loire et souvent, des bandes de nuages fines et légères comme de la ouate qui s’effilochaient le long des ardoises. »

Le texte se prolonge, factuel, précis, et de
lien en lien comme l’hypertexte apporte au devant des mots ce qui nous
traverse, cette violence que l’on côtoie de loin, de près, ou de plein fouet.

On ne sait pas
pourquoi on décrit un pont, pourquoi on fait un lien, ce lien-là : du pont
d’aujourd’hui à la vie d’avant, de la Charité à Nice, de la violence des hommes
un 14 juillet à celle, quotidienne, à laquelle on ne prête plus attention,
celle que l’on accepte en baissant la tête, en se disant qu’elle est — l’horrible
mot — normale ?

L’autre voix s’interroge, Pauline Sauveur grogne
et proteste sans ponctuation sur un détail de rien qui pourtant dénonce
l’insupportable que l’on ne voit même pas, le sexisme le plus banal, sur ce qui
importe si peu. Les auteures de poésie, qui s’en soucie ?

« je lis les titres les noms les livrets les auteurs les prénoms et à mesure l’espoir non mais tu vois trop conne l’espoir d’une parmi ces hommes qui dirait qu’on avance tu vois doucement mais trop conne trop naïve trop facilement qui ne râlerait pas si même une seule unique Gallimard quand même je lis sans incliner la tête je lis la tranche ceux que je connais de nom ceux qui me disent quelque chose ceux que je ne connais pas et qui font que je suis ravie de ce cadeau du coffret celle qui aurait pu être là m’aurait ravie autant j’ai la satisfaction modeste une sur douze une seule une et onze ça serait bien ça serait un début un bon début ça serait encourageant ça serait nécessaire et j’en serais même reconnaissante et soulagée et contente et satisfaite »

Il y a plus grave que la poésie. Effectivement. La
protestation s’énonce comme une pensée en train de se former et s’amplifie,
rejoignant la même question de la violence faite au féminin et aux femmes.

Un monde…

Le titre s’est imposé, une fois la structure assemblée, une fois les textes découpés et recollés suivant le pressentiment du dialogue. Titre double qui dit deux fois, qui martèle et multiplie l’interrogation.
Un monde.

Tir à vue.

Le titre, le tiret — vous le voyez à présent… ?

Laurent Herrou – mai 2017