à propos de Chez elle

Merci à Jean-Paul Gavard-Perret pour son regard sur le livre l’écriture et ses mots sur l’objet du texte des textes.

Merci
pour son article sur le site le Littéraire
dont voici le début :

« Domaine de la lutte
Au fil du temps, et au lieu de dormir, Pauline Sauveur apprit à écrire dans le noir. « Une feuille / Sous le réveil » et un feutre « Le bic peut ne pas, lui, / et alors au matin /vague trace d’une pointe sans encre /illisible ».

Vient le temps ensuite de photographier cette feuille et le monde qui se lève. Chez elle, ou ailleurs «presqu’île, presqu’elle (…) j’habite chez elle et je dors dans le bureau ».
Pauline Sauveur ne demande pas beaucoup. Presque rien.
Juste une chose : qu’on lui « foute la paix ». Pas asociale pour autant. Elle a même vécu une existence qu’on appellera conjugale — choisir à ce point pour en parler le temps, le mode et l’usage. Elle a compris avec le temps que celui d’être est essentiel. Alors trouver sa place nécessite un certain espace ou recul. Regarder, éprouver l’espace, les bruits. Saisir avec lenteur le lieu puis le retenir dans ce qui est son contraire : la photo, « l’instant précipité ».

(…) »

auteure sauveur pauline éditions littérature mineure chez elle JP Gavard Perret article lelitteraire
à propos de Chez Elle, Littérature Mineure, Rouen, 2017 — 8,00 €.

Parution – Le drôle de chat qui mord

Il est sorti, ce 10 février 2017, aux éditions de la Souris qui raconte !
Le drôle de chat est une drôle d’histoire…

éditions la souris qui raconte Le drôle de chat qui mord sauveur pauline auteure Giovanna Gazzi illustratrice

Au départ, je voulais écrire sur l’architecture, les maisons.
Puis c’est devenu tragique et grave (au début).
Et la maison, comme les habitants ont appris à traverser le temps, à doucement continuer.

Le livre est numérique.
Pas de papier, ni de carton pour la couverture, pas d’album dans les mains.

Tout d’abord, j’ai découvert, les premiers croquis de Giovanna Gazzi.

éditions la souris qui raconte Le drôle de chat qui mord sauveur pauline auteure Giovanna Gazzi illustratrice

Puis ses propositions de mise en page et en animation.

éditions la souris qui raconte Le drôle de chat qui mord sauveur pauline auteure Giovanna Gazzi illustratrice

En janvier dernier j’ai ouvert un mail avec le chemin de fer, c’est à dire l’enchainement de toutes les pages, le corps du livre avec l’intégration du texte. Quelle émotion !

Et il y a peu, j’ai regardé le livre complet.
Car oui le numérique fait livre.
La voix raconte, les images s’étendent sur deux pages, une avec le texte de la page et l’autre pour le dessin. La musique effleure les pages, donne le ton, les bruitages légers accompagnent la lecture. Les animations, si simples, pleines de poésie.

Je suis très heureuse de faire partie d’une tel ensemble !

éditions la souris qui raconte Le drôle de chat qui mord sauveur pauline auteure Giovanna Gazzi illustratrice
« Le drôle de chat qui mord
Ou
Le tamanoir froissé
Le tigre du Berry aux dents acérées
Le coléoptère géant qui dort à moitié
Quelle est cette ombre triste et glacée ?
Installée dans la maison, dans la clairière, dans la forêt ?
À côté du champ d’orge et de blé ?
Il était une fois, il y a fort longtemps, une femme et un homme qui s’aimaient.
Ils trouvèrent un grand pré, une clairière et un morceau de forêt.
Ils étaient jeunes et beaux, jeunes et amoureux.
Donc, plein d’amour et de volonté, ils commencèrent à labourer le champ, couper du bois et construire une maison. Ainsi passait chaque jour. Et ainsi chaque soir passait.
A la nuit tombée, ils retournaient à la petite cabane qu’ils habitaient juste à l’orée des bois, en attendant que leur maison soit terminée. La saison passait et chaque histoire grandissait : l’orge et le blé dans le champ, l’enfant dans le ventre de sa mère et le toit sur la grande et belle et unique pièce de la maison en bois. Au début de l’automne ils s’installèrent, et commencèrent immédiatement la construction d’une petite chambre à l’arrière, tournée vers la forêt.
Au printemps ce fut la joie. Mais, l’enfant attendu, c’est un mystère, touché par une maladie sans nom, ne vécu que le temps d’une saison. Inconsolables et malheureux les amoureux fermèrent la petite chambre et condamnèrent la porte par une belle étoffe brodée.
(…) »
Autrice : Pauline Sauveur
Illustratrice : Giovanna Gazzi
Conteuse : Cécile Givernet
Animateur : Prakash Topsy
Développement : Pierre Canthelou
Editions : La souris qui raconte

 

Et pour en savoir un peu plus,
Finlande Helsinki le Drôle de chat qui mord écriture photographie Sauveur pauline auteure
extrait de l’interview :
(…)
LSQR :
Les illustrations de Giovanna Gazzi, d’une délicatesse infinie, respectent votre phrasé. Pas de pathos, mais au contraire une immense bienveillance sur ce sujet vivant qu’est la mort ! Vous le dites si bien ! Qu’avez-vous éprouvé à leur découverte, et si je vous demandais de choisir une seule image dans tout le livre, quelle serait-elle ?
PS :
Ce fut assez long je me souviens, pour trouver la personne qui prendrait en charge l’illustration. Mais j’étais confiante, car il me semble que l’idée de base dont on avait parlé ensemble, d’un dessin délicat et plein de poésie, était ce qu’il fallait pour ce texte. Aussi, j’ai beaucoup aimé ce que j’ai découvert du travail de Giovanna quand vous m’avez envoyé le lien.
Et dès les premier croquis j’ai adoré. C’était très beau de voir sa proposition, de voir le déroulé d’images prendre forme. Je me souviens aussi de l’instant où j’ai découvert le chemin de fer complet, c’était le 7 janvier 2016, il pleuvait, j’étais en déplacement, et j’ai ouvert le mail dans un café. J’étais sous le charme et heureuse. Je l’ai évoqué dans le journal de résidence que j’écrivais à ce moment là comme d’un moment lumineux. (c’est grâce au journal que je me souviens de la date !)
Pour choisir une seule image, quelle affaire ! J’aime toutes les petites bébêtes qui traversent l’écran, j’aime beaucoup l’arbre au fil des saisons, et la page avec le lièvre le tamanoir et le hérisson fâché !
Mais à choisir une seule page ce serait celle avec le petit bonhomme de bois sur le buffet. J’ai été étonnée et emballée par chaque détail, comme d’avoir 4 ans et de poser le nez sur le rebord du meuble pour regarder entre les bols, les vases, et les pots de fleurs. Mais heureusement le livre comporte plein de pages, on peut toutes les aimer !
(…)
éditions la souris qui raconte Le drôle de chat qui mord sauveur pauline auteure Giovanna Gazzi illustratrice
éditions la souris qui raconte Le drôle de chat qui mord sauveur pauline auteure Giovanna Gazzi illustratrice
Pour voir les 14 premières pages : un extrait gratuit du drôle de chat.

Les éditions fonctionnent sur un principe d’abonnement.
Vous trouverez toutes les infos sur leur site.

Bonne lecture !

 

Une chaise dans le paysage

En finnois quand on crie fout-moi la paix, on dit en fait : laisse-moi être.
 

J’aime être à un endroit.
J’aime qu’on me foute la paix !
Qu’on me laisse le temps d’être là, de regarder, d’emmagasiner les sensations de l’espace, les contours, les bruits, m’inscrire dans un lieu, prendre place (racine !).
Le contraire de la précipitation.
La photo, qui est un instant précipité, ultra précipité, instantané, résulte du regard, de l’envie et de ce temps impossible à déterminer qui la précèdent.

L’attente résumée dans l’objet. 

La chaise. 
Symbolisée par.
L’objet anthropomorphe qui révèle et l’action de l’inaction et l’attente assise et le corps qui est, avec son mystère premier, assis sur une chaise, le corps qui réfléchit parle pleure sourit agit pense lit, dont l’esprit s’échappe, reste libre, impossible à définir avec certitude. J’aime cet irréductible-là, de l’esprit dans le corps sur la chaise. Le corps sur la chaise, la présence reconnaissable même de très loin, comme trois points forment un visage : la silhouette inscrit un personnage dans le lieu, l’image, le paysage.

Trouver la chaise qui sera légère (mon dos) et transportable facilement avec la voiture du Parc. Commencer avec cette chaise qui sera une position dans l’espace, qui sera le cadre, le processus, le protocole, un prérequis, le truc là pour commencer, et nous verrons. Parce que c’est peut-être ça l’élan qui a pris place, cette envie de garder une trace, d’être en mesure de renouer avec, de convoquer, d’interpréter, de garder la marque du lieu, l’infime.
(…)

La suite
à lire et à voir en vidéo
sur le site remue.net à la page de ma résidence en Essonne.

Vidéos Marjolaine Grandjean, son Bertrand Larrieu.
remue.net Essonne résidence auteure pauline sauveur photo chaise

 

remue.net Essonne résidence auteure pauline sauveur photo chaise
 

 

expo et lecture à Gien – changement de date : 10 février

Arpenter. C’est peut-être le verbe le plus important.
Découvrir pourrait être le second, verbe.
S’asseoir, regarder, rencontrer, photographier.
Partager. Savourer. Inviter. Lire.
Lire et écrire. Manger et dormir aussi. Dormir ici.
Une résidence d’auteure, c’est un projet curieux. C’est une suite d’actions, mêlées à toutes celles qui s’imposent, qui découlent du programme qui a été mis en place avec les structures partenaires, ici le Parc Naturel du Gâtinais Français et la bibliothèque départementale de l’Essonne.
Je suis venue pendant un an régulièrement habiter en Sud Essonne, cette région que je ne connaissais pas. Pour rencontrer les publics : élèves, collégiens, ados, adultes, participants… Des gens.
Pour travailler. Parce qu’il s’agit de ça, une résidence c’est l’occasion d’un autre travail, privilégié, avec du temps, des interlocuteurs, du calme ou pas, des surprises. Un cadre. 
Alors j’ai travaillé, j’ai écrit, et j’ai écrit à propos de ce travail, ces étapes, dans un journal de la résidence, j’ai photographié aussi, le paysage, le territoire inconnu, les carrières, les carriers, et ma chaise.
 
 
auteure sauveur pauline résidence carrières de grès Essonne lecture exposition médiathèque Gien
Exposition du 18 janvier au 11 février 2017
journal de résidence et mémoire des carriers
dans les coursives de la médiathèque de Gien
Lecture rencontre et finissage de l’expo 
le 10 février 2017
Vernissage à partir de 19h30 et lecture à 20h30
Médiathèque Espace Culturel
8 rue Georges Clémenceau – 45500 Gien
Entrée gratuite – Réservation conseillée 02 38 05 19 51
Bienvenus !

Lecture chez Poïen, éditeur

Lectures à la Fabrique Poïein à 19h3 17 décembre
avec les auteures Cécile Riou, Valérie Loron et moi-même.

Poïein est une maison d’édition de livres d’artiste.

Et poïein est un verbe :
qui « s’applique à toutes sortes d’opérations, depuis celles qui modèlent de la glaise jusqu’aux réalisations les plus hautes (…) Le premier jeu de l’enfant, c’est de manier les choses pour construire l’appui ou l’appartement de ses rêves (…) Et, à partir des outils les plus rudimentaires du langage et de l’industrie jusqu’aux créations les plus libres du génie, partout se retrouve une matière animée, transfigurée, sublimée par l’ouvrier humain. »
Maurice Blondel, philosophe
Le problème des causes secondes et le pur agir (1893).

Je lirai des extrait de mes deux livres d’artiste 3 nouvelles (de) maison volume n° 157 et Désir nu volume n° 138 .

La fabrique Poïein
2 chemin des 3 sabots – 03360 l’ételon – 04 70 06 92 96
Et ici : Le programme des évènements de Poïein.

Klaxon 3 – lecture collectif *public averti

Klaxon, c’était ce samedi, le 10 décembre 2016, c’était la troisième édition.
Avec Fabienne Desseux, Laurent Herrou et Mathieu Simonet, nous avons lu des textes en cours, des textes encore, des extraits, des nouvelles.

Fabienne avec son journal d’une chômeuse, à paraitre bientôt,
Laurent avec son Autoportrait en Cher (et en mots) paru chez Jacques Flament éditions, Mathieu Simonet avec un texte inédit, auteur de Barbe rose aux éditions du Seuil, et moi-même avec un cri du coeur, qui placé, comme chacun sait, un peu en haut à gauche du coté féministe.

Et Eric Maliszkiewicz nous a accompagné de sa voix et du piano.

Pourquoi Klaxon ?
Parce que le collectif *public averti, collectif que nous avons constitué avec Laurent Herrou, est libre et large, évolutif, qu’il accueille au grès des évènements d’autres artistes, d’autres auteur.e.s, parce que nous sommes là, avertisseurs, de cet engagement à être présent, parce que le public est là avec nous, averti tout autant.
Au plaisir de prolonger ce cycle de lectures, comme par trois fois déjà, avec L’Art Tour Martine, café à Sancerre et La Charcuterie, librairie-café à Sancerre également.

Asli Erdoğan, écrivaine emprisonnée

Je partage et je relaye ici  une partie de la présentation du troisième recueil* de texte d’Asile Erdogan. Choix de textes réalisé par Tieri Briet, avec l’aide d’Anne Rochelle et de Naz Oke, pour la revue Kedistan.Asli Erdoğan n’est pas seulement une romancière ou une poète. Une part importante de son temps et de son écriture allait à ces chroniques qu’elle rédigeait pour les journaux ou pour son blog. La fracture se tient là. Elle sépare de l’invention romanesque les quatre articles, épinglés par les procureurs d’Istanbul pour accuser l’écrivaine de terrorisme. Ces articles témoignent. Ils rapportent des paroles entendues, des graffitis sur les murs, des enregistrements radio ou télé qui rendaient compte d’une tragédie vécue par la première minorité de la Turquie d’aujourd’hui, pendant que les Forces spéciales de l’Etat persécutaient la population des villages et des villes kurdes.  Ce sont toujours les textes d’une écrivaine, mais dans la volonté de raconter une réalité que le pouvoir turc aurait voulu passer sous silence.
Tieri Briet – 3
décembre 2016


« En fin de compte, celui qui prend la plume en main doit sans cesse lutter avec cette question : quelle est la dose de réalité que je peux SUPPORTER ? »
Aslı Erdoğan
La Ville dont la cape est rouge 
Ces trois poèmes sont issus du recueil In the silence of
life
, des poèmes qu’Asli Erdo
ğan a d’abord publiés en turc, sous le titre HAYATIN SESSİZLİĞİNDE. Ils ont été traduits du turc en
anglais par Amy Spangler et publiés en 2005 par la revue néerlandaise de la
fondation du prince Claus, dans un numéro intitulé Living together. Ils
ont été traduits de l’anglais en français par Anne Rochelle, que nous remercions.
ÊTRE
Des particules de mille lumières, du sang coulant dans la terre, de poussière d’étoiles éparpillée dans le désert, de la mélodie, dissipée dans l’espace, du chant des commencements… Je suis la somme de tout ce qui m’a été donné et de tout ce qui ne l’a pas été, de ce que j’ai perdu comme de ce que je perdrai, du sang des paroles et des silences muets… Je suis l’impossible récit, cet élément caché à jamais par une histoire si souvent répétée, je suis la patience des graines enfouies dans le sable, un long regard qui attend la pluie du désert, le chant de toutes les fins, qui cherche en vain sa mélodie dans l’étendue du néant… Et jusqu’ici, personne n’a vu mon visage à découvert.
L’ÉTERNITE
Nous, les femmes assassinées de la ville, réduites en miettes par des meurtres ordinaires, nous trouvons réunies au sous-sol du magnifique palais érigé à notre intention. A l’étroit, entassées côte à côte, coude à coude, face à face… Comme des anges, comme des anges enivrés et danseurs, nous nous débattons désespérément, échouant malgré nous à déployer nos ailes..
Nous sommes si proches que la larme de l’une coule sur le visage de l’autre, laissant des traces couleur de vie. Du mascara mêlé à de la poudre, mêlée à de la boue. « Enfin, nous pouvons voler », clamons-nous toutes, « Nous avons décollé, maintenant, en route vers le rouge de l’horizon. Ah oui, nous y voici, dans ce ciel que nous n’avons pas vu depuis si longtemps…  »
Et quand viendra le jour où nous déciderons de revenir, nos visages auront été complètement effacés. Nous nous désintégrerons, ligne par ligne, lettre par lettre. Nous remplirons les paroles, les verres de vin, ils deviendront sombres, nous nous éparpillerons dans le désert comme des graines, et quand nous deviendrons pluie, nous incarnerons un mythe de l’éternité.
LE MIRACLE DU SANG
Et ceci, vois-tu, c’est mon histoire. Ma naissance, ma mort, et tout l’entre deux. Encore une histoire parmi tant d’histoires, en collision incessante avec le silence… Une page parmi tant de pages, lue si vite, oubliée sitôt tournée. Une virgule peut-être, entre deux longues phrases identiques, hier et aujourd’hui…
Mais il y a le miracle de l’eau. Qui fait remonter en surface les oiseaux pourchassés et tués, qui les rend libres, dans les reflets des nuages, offrant à leurs ailes blessées un nouveau ciel…Et ce sera le miracle du sang que de donner vie à mes paroles, pour offrir à mon être fragmenté un nouveau corps… Et voilà pourquoi je me promène dans le cimetière des paroles la nuit,vois-tu, toute la nuit, en criant sans espoir aux morts : « Lève-toi ! Lève-toi ! » Et ma mémoire n’est qu’un bol en terre sous la croix qui attend… Qui attend… Qui attend.
Sur la page Facebook Free Asli Erdoğan vous pourrez trouver 3 recueils de textes* de l’écrivaine, à lire partout dans les théâtres, les librairies, festivals, écoles, médiathèques…

Dans le recueil n°3,  vous trouverez les quatre chroniques qu’Asli Erdoğan a publiées dans le journal Özgur Gündem, maintenant interdit par le pouvoir turc.  Les journalistes et collaborateurs de ce journal ont tous été emprisonnés, sous l’acusation d’  « apologie du terrorisme ». Ce sont ces
articles qui ont été retenus par l’accusation, pour prouver l’apologie du
terrorisme dont Asli se serait rendue coupable. Raison de plus, selon son
avocat, pour diffuser ces quatre textes qui n’ont pas d’autre but que de
raconter les crimes commis par les forces spéciales envoyées par l’Etat turc pour terroriser les populations civiles kurdes.
Attention, certains passages sont d’une extrême violence.
*Choix de textes réalisé par Tieri Briet, avec l’aide d’Anne Rochelle et de Naz Oke, pour la revue Kedistan.

Deux mains les dents, publication du recueil collectif Sauvage(s) !

 » Tu peux y aller.
Non non, je t’en prie.
C’est bon.
Mais, heureusement que c’est bon !
Oui, vas-y, vas-y. C’est pas grave. Tu peux me bouffer la moitié des doigts, va, et me prendre le bras.
(…) « 
Mon texte Deux mains les dents parait ce 15 décembre aux éditions Oniva (Ogres Nourris à l’Insouciance Vibrante de l’Art) dans un recueil Sauvage(s)
14 autrices sauvages !
Fabienne Bergery, Valérie Sourdieux, Judith Lesur, Joséphine
Caraballo, Marlene Tissot, Prune Chanay, Loutre Barbier, Aurélie
Ruffié, Lara Caproni, Pauline Sauveur, Polina Vittoria, Servane Danton,
Marie-Lise Priouret, Anne-Laure Néron.
1 illustratrice sauvage !
Dorothée Richard.
Livre graphique 80 pages + couverture couleur à rabats
17 x 11cm
12 €
ISBN 978 -2-915356 -18 -2
Et pour la souscription les infos sont juste là : et sur la page Facebook de Oniva
Pauline Sauveur Polina Vittoria Servane Danton Marie-Lise Priouret Anne-Laure Néron illustration Dorothée Richard Editions Oniva recueil Sauvage(s) ! Fabienne Bergery Valérie Sourdieux Judith Lesur Joséphine Caraballo Marlene Tissot Prune Chanay Loutre Barbier Aurélie Ruffié Lara Caproni

Presqu’îl-e – Lecture à Confluences

Quelques images de la lecture,
menée avec Pierre Giraud, comédien, à Confluences (Paris 13ème)

Ce fut un plaisir de travailler ces mots, ces extraits ensemble, sous le regard de Judith Dépaule qui programmait ce texte dans le cadre du Focus Dégenrez-vous ! et de l’exposition Trans Time.

J’ai fait les portraits de Pierre pendant la lecture, puisque le personnage Elle prend des photos pendant qu’Il parle.

Presque toutes les photos sont tirées
de la vidéo réalisée par Dawei Ding.
Merci Dawei !

une expo dans le noir de la salle
les titres sur l’écran
la lecture
les photos parfois
la liste des verbes
la presqu’île

Chez elle – nouvelle (extrait)

Pour avoir retravaillé sur le projet Presqu’îl-e, qui tient son titre de cette nouvelle antérieure, rebaptisée « Chez elle »…
Voici un extrait et quelques images. 
– – – – –
Chez elle 
 
Presqu’île
Presqu’elle
Presqu’une île
Et de l’eau
De l’eau partout
De l’eau en ville
J’habite chez elle.
Je dors dans le bureau.
Il y a de gros travaux dehors.
Le bâtiment est emmailloté jusqu’au toit.
Chaque fenêtre est bouchée par du plastique épais.
Un échafaudage et une seconde peau de plastique nous cachent de la rue.
Sa chambre est nébuleuse et floue.
Dans le bureau je dors. Au pied du fusil mitrailleur je dors.
Des boîtes de cartouches et la mallette en alu. Bien rangés. Je dors bien.
Je pars à l’école chaque matin. C’est tout droit, au bout de la rue d’Anna, tout droit tout au bout, je pourrais y aller d’un coup de tête, si je voulais, plonger par la fenêtre et filer droit d’un jet de pensée.
Puis stopper net juste avant le parc moche de l’église, je tourne à gauche et j’entre dans le quartier de la montagne rouge. A l’école, pour travailler avec une classe sur le thème de la maison.
Ici j’ai opté pour la radio – station russe – pour le son, les voix, la musique. Posés sur la table dans la cuisine.
(…)
J’étale des choses, je laisse toutes mes chaussures dans l’entrée, j’installe le bruit de la bouilloire dans la cuisine et l’odeur du fromage dans le frigo, le couteau dans le tiroir-planche à pain. Habiter là un temps, prendre place, déballer ma valise, disperser mes objets mes papiers sur la table du salon les plans de la ville les livres les tickets de retraits mon cahier la doc les cartes postales graphiques des concerts où je n’irai jamais.
Je ressors les vieux bols chinois en grès lourd et sa tasse préférée que je n’aimais pas tant que ça, les couverts élégants en argent noircis. Je décide que oui cet appartement est occupé, voyez vous même, j’y suis. Il y a ses affaires qu’elle me prête et les miennes qui trainent, la petite théière à nouveau en usage, la vaisselle à faire, le compost à emmailloter – papier journal ou sachet biodégradable pour la biopoubelle.
(…)
Je sors le soir. Dans la pluie et la lumière de la ville. Les reflets des vitrines des coiffeurs. Je sors la nuit pas tard et je déambule je savoure les heures la plupart du temps je savoure.
La solitude peuplée.
Puisqu’il n’y a plus personne dans ma maison je veux qu’il y en ait au moins quand je sors, en bas de chez moi. Elle m’a dit ça le jour où elle a signé pour l’appartement. Je ne comprenais pas. Qu’elle puisse me priver de sa grande maison me semblait impossible.
Comment imaginait-elle ?
Toujours est-il.
Maintenant j’occupe cet appartement.
(…)
J’habite chez elle pour quelque temps.
Je sors le matin je déambule. Les jours sans école je ne dis rien parfois de la journée. J’aspire, j’absorbe, je regarde autour, j’hume la ville exotique lointaine nouvelle incroyable et aérienne. Massive. Et italienne, par ses couleurs.
Larges avenues calmes, lumières démultipliées, trottoirs larges de capitale et la mer au bout, les arbres, la plage à l’ouest, le port partout autour de la ville.
Helsinki est une grande presqu’île, la mer s’infiltre arrose entoure berce et lèche les pieds de granit des bâtiments qui plongent. A la lisière : le socle ancestral la roche mère qui affleure et la mousse silencieuse.
Je savoure, je regarde puis je rentre boire un thé au son de ma station russe préférée. Les reflets doubles aux doubles fenêtres, le ciel étrange de la nuit urbaine, le silence douillet du parquet, le nez sur le bord du matelas, couchée par terre dans le bureau, j’observe le monde souterrain des poussières sous l’armoire.
Le fusil mitrailleur, ses cartouches et son blouson de moto. Des sacs des cartons des affaires, laissés par ma jeune cousine militaire en transit parfois ici elle aussi. Entassés parmi d’autres boites d’autres sacs : les affaires de ma grand-mère. Son élégance, ses tenues, les tissus de soie sauvage satinée, ses draps, ses nappes brodées, mélangés aux chaussettes et aux bandages, aux chiffons délavés, un t-shirt rouge sérigraphié, Petite Muu fronce les sourcils.
Ses habits au rebut résument l’affaire, à l’hôpital on ne s’habille plus.
(…)
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Extrait du journal (22 juin – 16 juillet) – résidence Essonne

Depuis le 11 octobre 2015, c’est à dire depuis un an et un jour aujourd’hui,  je tiens le journal de ma résidence en Essonne, qui est publié sur le site littéraire remue.net. Voici le dernier article en date.

Il y a également d’autres catégories d’articles, en lien avec le double sujet de cette résidence : la mémoire des carriers, mon projet d’écriture Presqu’îl-e et les lectures-rencontres organisées.

Le journal, les articles sont à retrouver sur la page si joliment intitulée Pauline Sauveur au conseil départemental de l’Essonne.

22 juin 2016
Dans la grande médiathèque.
Des papiers de toutes les couleurs des stylos des participantes qui arrivent.
Des femmes et deux filles.

Lecture écriture contraintes et bonbons mots. Les histoires naissent et chaque fois m’étonnent, de leur singularité. Partir. Il s’agit bien de ça. Ce qui ce passe c’est qu’on part chacune pour un lieu unique et qu’on y invite les autres en leur lisant notre évasion.
Entendre rire parce qu’un mot pioché vient parfaitement à point nommer ce dont l’une avait besoin ou soupirer au contraire mais le sourire aux lèvres parce que cet autre mot cette fois va donner à retordre le fil de l’histoire.
Du temps après l’atelier que justement je savoure, celui du premier jour et de la soirée libre, alors du temps pour discuter avec elles.

23 juin 2016
Le gps ne peut pas deviner que les chemins forestiers se barriérisent. Je ne peux pas deviner que la route grise qu’il indique est un chemin fermé.

Le bibliobus est là qui m’enchante. Il est là il fait chaud la forêt déborde de moustiques pas loin du chemin qui bifurque vers le Cyclop et qui s’enfonce dans les bois. Un café sous les arbres un programme de classes inscrites de groupes qui se succéderont. 10 minutes. Je décide de lire et stopper à la sonnerie du chronomètre. C’est un extrait de temps dans un extrait de bibliothèque. Suite au prochain groupe vous aurez à vous raconter les commencements et les dénouements entre vous.

Savourer est le verbe que j’ai dans la bouche et à l’arrière des yeux.
Dans quelques minutes ils seront là on les distingue au bout de la route arrivant du bus garé loin. Dans moins de minutes encore j’aurai ce coup de fil qui me cueille et me bouleverse, j’aurai cette tristesse fulgurante et la voix qui déraille parce que pleurer n’est pas très élégant surtout avec une main sur l’épaule en réconfort c’est pour moi toujours le dérapage de l’effondrement soudain. J’en suis désolée, oui cinq minutes de plus, oui une bouteille d’eau, oui ils arrivent, ils sont à 5 m, oui ils sont là et maintenant ils attendent.
Oui je respire.
On commence.
Oui ça sera bien.
Ils écoutent se demandent ils rient ou acquiescent ils sortent c’est déjà terminé j’ai rien compris j’entends sur la dernière marche de l’escalier qui descend du bus. C’est normal c’est des extraits des textes courts étranges pour se demander et discuter les choses.

Je suis dans ce bibliobus parce que je l’ai demandé, parce qu’on me l’a accordé, en forêt. Alors, là, à l’instant, c’est le cas.

Anne-Sarah Kertudo, il y a un an m’a fait cadeau de cette question simple et importante, du genre à se poser régulièrement : c’était quand, c’était quoi, ta dernière première fois ?
Là c’est le cas.

La naïveté. Ou l’entêtement à croire chaque fois que j’aurai le temps, large, souple sur mes pattes arrière. Pour savourer. Alors que ça ne peut être le cas qu’une fois sur deux : la largesse du temps que je prends coûte la marge du temps d’après. Courir est l’autre verbe.

Mathieu Simonet arrive. J’arrive. On s’installe à la table dans le restaurant. Il lira Le baiser d’Orlando,  son texte qui redit l’essentiel avec justesse et douceur, sur l’homophobie, qu’il a publié en ligne, qui a été publié également sur le site du Nouvel Obs, et qui récolte l’appui le soutien, mais aussi des vagues successives immondes, l’effrayante bêtise haineuse.
Je lui ai proposé de le lire en introduction, ce texte qui redit l’essentiel, pour partager ce regard des autres et de nous-mêmes sur les autres et soi-même.
Je lis des extraits de Presqu’îl-e.
On présente les rencontres l’écriture. Ses dispositifs de biographie collective et participative. Mon approche du portrait. L’amitié qui chacun nous lie à Anne-Sarah qui n’a pas pu venir, lui depuis trente ans moi depuis deux.
Là aussi c’est le cas. C’est la première fois que je lis avec Mathieu.

24 juin 2016
C’est la première fois, c’est jamais comme ça, je vous assure !
Ils se marrent : on fera avec.
J’ai décrit la carrière en fonctionnement comme étonnamment silencieuse, avec seuls les coups de massette sur les pointes de fer qui attaquent la pierre et le bruit des oiseaux et ce calme de forêt.

Aujourd’hui il y a le groupe électrogène, le compresseur, le burineur perforateur, la disqueuse. Aujourd’hui la mécanique et les moteurs occupent l’espace sonore.

La forge est allumée.
Sous un abri deux hommes taillent des couronnements de murs énormes et lourds. Il y a celui qui dégrossit qui manie la disqueuse qui fabrique des nuages de poussière et l’autre qui taille à la main à côté avec le même masque sur le visage, celui des peintres en bâtiment et des poseurs de placo.
Deux autres hommes taillent des pavés sous un autre abri. Ils sont devant une table creuse posée sur des palettes, elle est pleine de sable pour caler le pavé qui valse d’une face l’autre dans leurs mains, qui se précise qui apparaît et qui saute vers le tas plus loin d’un bond souple.
Le forgeron forge au rythme des coups directs et du coup de rebond. Il a aussi un coup qui lisse, plus doux, qui remonte l’outil et finit les quatre facettes de la pointe.

Il y a enfin celui qui manie le burin à air comprimé, on dirait un marteau-piqueur en plus petit. Il lutte avec la machine pour former trois points sur le bloc, il empoigne directement à la main la pointe du burin qui percute la pierre. Puis il trace la ligne et en quelques coups de masse enfonce les trois coins de métal. La pierre se fend. On le devine, juste le coup d’avant. Le chant du coin qui renseigne dira le patron.

Chaque fois l’intelligence du geste, des gestes.
Pour chacun ils traduisent la force qu’il faut continuellement nécessaire pour et contre le grès. Pour chacun il y a le rythme l’application. L’acharnement n’est pas le mot puisqu’ils gagnent et recommencent. Ils persistent continuent enchaînent poursuivent ils tracent et savent. Il n’y a pas un objectif unique qu’il faudrait arracher par acharnement, de la nature ou de la pierre : il y a un boulot à faire et ils savent, le mener l’atteindre, le reprendre chaque jour.
Il y a ce calme, leur calme, dans le bruit des moteurs et des compresseurs à air.

Marjolaine filme à chaque poste, Bertrand prend le son et je photographie ou observe.
Puis.
Je sors ma chaise.
C’est la première fois dans la carrière. Parce que m’asseoir est étrange, l’idée est étrange. Parce que cette action me semble un luxe dans ce lieu de travail. Pourtant je travaille, on travaille tous les trois. C’est pourquoi je prends le pied de l’appareil photo et la chaise. Je fais ce que je me suis fixée pour approcher les lieux, sous l’œil de mon appareil réglé sur 12 poses, une toutes les 7 secondes, sous l’œil de la caméra et celui du micro.

Un second atelier d’écriture à la Ferté-Alais. Des adultes uniquement, certains certaines, venus à la lecture l’avant-veille.
Extrait de mon journal de résidence, pour partager ce qui se joue entre une rencontre et l’autre, les questions aussi, qui arrivent en silence. Et les témoignages des descendants de carriers.

Le nom des villages, des lieux dits, le nom des familles, ils en connaissent, en retrouvent.
Chacun pioche un court extrait. Ma contrainte : mettre quelque chose de ce témoignage en lien avec ce qu’ils écrivent, comme ils veulent, directement ou de loin, pour une association d’idée qui leur appartient, qu’ils décident de ce lien.
Découvrir comme ce décor imposé si contraignant de la carrière en point de départ, devient une porte, un champ, qui se dégage, qui s’ouvre, un espace à part entière, pour chaque histoire. Qui participe au territoire de l’histoire.

13 juillet 2016
Un impératif, une date : le 25 juillet est la limite pour confirmer tous les artistes invités pour la restitution.

15 juillet
Un attentat, hier. Le massacre à Nice.
Crime de masse.
Et ces questions, se dire mais comment réagir, quelle réaction, que faire, à quoi ça sert, comment avancer, comment respirer, comment infléchir le cours, agir. Comment agir ?
Comment concevoir deux attentats dans ce laps de temps de rien qu’est cette résidence, un projet, du travail, comment voir que c’est aussi des étapes noires qui s’ancrent dans le temps et l’histoire.
Et comment répondre à cette question silencieuse et effrayante parce qu’elle laisse pressentir une réponse pleine de désespoir. Est-ce qu’on finit, terrible, à peine, par lassitude, par désarroi, parce qu’une fois que l’horreur ne touche pas les siens, bien sûr cet égoïsme absolu, par… s’habituer ?

« L’important, ce n’est pas ce que je ressens, mais ce que je souhaite, ce que j’espère. J’espère que vous n’aurez jamais mon expérience, mon habitude. »
Ma rage est ingouvernable
Robert McLiam Wilson – écrivain

16 juillet 2016
Seule réponse possible.
Construire.
Soi-même s’armer, s’atteler à construire ?

Lu « construire en habitants » de Patrick Bouchain et Exyzt.
Il y a dans ce livre les idées qu’il a expérimentées à l’occasion de l’expérience Métacités / Métavilla (Mets-ta-vie-la) pour la biennale d’architecture de Venise en 2010.

Habiter est cette condition particulière et première.
C’est l’idée qui est posée comme condition préalable à leur projet : être là, habiter sur place, lors de la biennale.
C’est aussi ce qui est en jeu, ce qui est l’essence même de l’installation :
Installer quelque chose / S’installer quelque part.
Faire une installation / Expérimenter dans le réel, une idée un postulat.
L’installation, comme le fait d’habiter quelque part, collectivement, individuellement, c’est instaurer un (notre) dialogue avec le réel, passer de la théorie à la pratique.

J’ai vu ça à l’œuvre lors de ma proposition des Permutations avec les élèves à Chaumont.
J’ai pu voir, en direct, leur propre et unique interaction avec le jardin en utilisant les objets de l’école. J’ai été heureuse d’observer leur pensée et leur geste, leur liberté en train de se faire, en train de prendre corps devant mes yeux et mon appareil photo sous la pluie.
Par exemple quand une élève choisit de mettre tous les stylos bic sur le banc en pierre.
Le désordre organisé, les équidistances sans répétitions, cette sorte d’organisation très juste d’une répartition sans définition préalable. Et le vif sentiment de la liberté de le faire parce qu’on veut le faire, sans aucune autre justification, sans commentaire.

Habiter/installer.
On s’installe on se pose on occupe l’espace.
Habiter, c’est venir avec nos besoins universels et personnels, les mettre en œuvre, faire et être. Habiter là, c’est être là pour de vrai, puisqu’on mange on boit on dort on va aux toilettes, on aime, on désire.
Patrick Bouchain dit la troisième activité c’est aimer. Il résume : manger dormir et aimer.

Dans les règles du loup la troisième c’est rôder entre-temps. Aimer vient juste après.
Rôder est un verbe qui nous lie au territoire, on rôde toujours quelque part et on rôde au hasard. C’est à la fois le cheminement et l’action du corps, c’est aussi le regard la réflexion et la pensée l’imagination. Quand on rôde on est libre de sa pensée de son cerveau. Le cerveau libre et le corps en mouvement sans objectifs prédéfinis. Rôder n’est pas normé, l’observation est unique et personnelle. Le rôdeur, la rôdeuse, celle ou celui qui marche galope s’arrête, est libre. Personne ne vient de décréter passez ici asseyez-vous là regarder ça.
L’imprévu est possible, la respiration est possible.

Accueillir ensuite.
Leur idée de la Métavilla était d’accueillir.
Permettre à l’autre d’accomplir ses besoins, puisqu’on les a organisés pour soi. Et voir surgir : les possibilités. Voir comme l’accueil déchaine le potentiel, permet l’imprévu, et rend possible la rencontre, les nouvelles propositions.

Depuis longtemps, c’est ce qui m’intéresse : la force passive.
Chercher/comprendre la fécondité de l’espace qui rend possible, qui propose, qui matérialise l’invitation à.
La force évidente et silencieuse du muret de 43 cm de haut, par exemple, quelque part dans un lieu où passent des gens, qui les invite à s’asseoir, qui accueille leurs fesses, sans même qu’ils s’en rendent compte.

J’aime beaucoup cette chorégraphie du quotidien qui s’ajuste avec une simplicité.
Dans le livre, quelques photos. Voir tel crochet, telle pince fixée aux rondelles des étais d’échafaudage (le système modulaire choisi pour « construire » la Métavilla dans le pavillon français). Voir à quel point elles s’y prêtent et accueillent un usage, comme elles invitent et se découvrent aptes à de nouvelles fonctions, aptes au détournement.
Le détournement n’a pas besoin d’être déclaratif, intempestif, il se fait par ajustement, par ingéniosité face au réel, face au besoin d’accrocher ça ou ça, là, là et là (le premier titre de leur projet).

(à suivre…)

Syrie

Tout est politique
A commencer par dire, penser, écrire.
Ecrire un journal de résidence, qui aura pour entrées les dates des deux derniers attentats commis en France, c’est écrire une part des questions, de sa propre ignorance et de son cri.

La Syrie est loin, oui, nous le savons tous par ce que ça ne nous fait pas.
Mais.
Tout est politique.
Comment réfléchir ?

Que dire, que penser ?
Comment comprendre, envisager, dénoncer ?
Une réponse
Un début de réponse.

Je partage ici, le texte de Nicolas TENZER Sciences Po – USPC. 3 octobre 2016.

 

 » Les opérations militaires d’Assad et de Poutine en Syrie ont un nom : c’est une guerre d’extermination.
Cette guerre atteint désormais une échelle sans précédent : le bombardement délibéré des civils, notamment femmes, enfants et secouristes des Casques Blancs, ainsi que des hôpitaux n’est pas nouveau. Mais elle a désormais un caractère systématique avec un objectif clair : tuer, encore tuer, tout ce qui peut l’être. C’est une guerre totale dans laquelle la Russie de Poutine expérimente de nouvelles armes, comme ces bombes qui peuvent pénétrer les abris et les pulvérisent ensuite.
Beaucoup, y compris dans un propos sensible et poignant, l’ambassadeur de France auprès des Nations unies, ont fait à juste titre l’analogie avec Guernica : l’aviation de l’Allemagne nazie et de l’Italie fasciste avaient anéanti la ville tandis que les troupes franquistes agissaient au sol. En Syrie aussi, les avions russes dominent les airs tandis que les troupes de l’armée du régime et du Hezbollah soutenu et armé par l’Iran agissent à terre.
Cette guerre d’extermination est promise à s’intensifier dans les jours et les semaines qui viennent. Des crimes de guerre de plus en plus évidents et que la Russie ne cherche même plus à dissimuler s’ajoutent aux crimes contre l’humanité commis par le pouvoir d’Assad, notamment dans les prisons du régime où les tortures les plus sadiques sont une pratique courante.
« Tout est désormais vain »
Cela, tout le monde le sait, ou devrait le savoir. Innombrables sont les écrits où cela fut exposé depuis plus de cinq ans. Tout est parfaitement documenté.
Tous ont dit et répété à l’envi que le « plus jamais cela » – proféré à nouveau après Auschwitz, Srebrenica, le Cambodge, le Rwanda, etc. – était devenu pitoyable.
Tous ont dit, convoquant les auteurs classiques, que l’indifférence était le pire péché, que le silence était crime, que l’inaction était complicité.
Tous ont dit et répété encore, moi comme tant d’autres, qu’il fallait sauver Alep et la Syrie, appliquer les principes de la « responsabilité de protéger », faire respecter militairement une zone de non-survol, qui reste encore une option possible, intervenir en somme.
Tous ont dit et redit que seuls les États-Unis, avec leurs alliés, en étaient capables et que c’était leur responsabilité première. Et ses plus fidèles soutiens, par ailleurs, ont dénoncé la pleutrerie de Barack Obama, son irresponsabilité, son cynisme, parfois sa stupidité et, pour tout dire, sa responsabilité devant l’histoire. À la faillite morale des États-Unis s’ajoute ainsi sa déroute stratégique.
Tous ont dit, y compris l’auteur de ces lignes, que toute négociation avec la Russie, non pas solution, mais premier agresseur, était un jeu de dupes, que cela la renforçait en Syrie comme ailleurs.
Tous ont dit et redit que les multiples projets de trêve étaient voués à l’échec – et ils le furent, souvent plus vite que les plus pessimistes ne le pensaient.
Tous ont dit et redit combien les mots diplomatiques – préoccupation, elle-même parfois vive ou même très vive, « injonction de », « demande expresse que », « condamnation sans ambiguïté de » – ajoutaient de l’indécence aux souffrances.
Tous, enfin, ont considéré, avec réalisme, que l’ONU ne pouvait rien faire, car bloquée par la capacité de veto de la Russie – et souvent de la Chine – au Conseil de sécurité.
Et tous ont vu, enfin, les visages gris et terreux, zébrés de sang séché, le crâne parfois éclaté, les corps démembrés et éviscérés, des enfants assassinés et pour les plus chanceux – provisoirement – les pleurs et les larmes devant des linceuls sans fin – ceux de leur père, de leur mère, de leur frère, de leur sœur ; ils ont été bouleversés, ont pleuré eux aussi, ont appelé à l’action, ont dénoncé une prétendue « impuissance » qui n’est qu’un mot pudique pour dire la veulerie et l’indignité.
Un ami, engagé dans l’action humanitaire en Syrie, qui fut là-bas, m’a écrit l’autre soir que désormais tout était vain, que l’indignation, l’accablement, l’émotion – des responsables politiques, des commentateurs, de lui et de moi – l’écœuraient, qu’il n’en pouvait plus des gens « bouleversés », que c’en était assez, en somme, si je traduis bien, que les larmes mêmes et l’indignation devenaient immondes, que l’ignominie de la barbarie du régime, de la Russie et de l’Iran était notre ignominie, et que nos pleurs ne la rendaient même que plus abjecte. En mes propres termes, le mal avait contaminé le monde, le mal avait atteint le bien, les rires en écho des bourreaux avaient comme déteint sur notre compassion, notre générosité et notre attention.
Combattre, donc parler
Que devais-je lui répondre ? M’était-il – nous était-il – encore possible moralement de dire quelque chose et fallait-il le faire avec cette crainte redoutée que nos indignations ne soient que le soulagement pitoyable de notre bonne conscience ? En termes politiques aussi, convenait-il, de message en message posté sur les réseaux sociaux, d’article en article, d’ajouter l’impuissance des mots à la faillite des nations ? En termes de communication – car, oui, cela importe devant l’invasion des mensonges et la désinformation massive devenue arme de guerre –, ne prenions-nous pas le risque aussi d’adjoindre l’excès d’émotion à la surabondance de crimes, le défilement impuissant des images – au risque de la lassitude – à l’accumulation des cadavres ? Ai-je, d’ailleurs, seulement une réponse à ces questions ?
Mais quand même, dois-je absolument être contraint toujours d’opposer le sentiment à l’esprit, la froideur nécessaire de l’analyste à la révolte du citoyen, l’exigence absolue, car elle est telle, de la morale au conseil politique que je puis prodiguer ? Et là, je ne puis pas ne pas répondre.
En passant, j’ai revu cette image du camelot syrien, vendeur de jouets à deux sous, allant de ville en ville, échappant – comme chacun, jusqu’à quand ? – aux bombardements, pour les distribuer, recevant en échange le sourire éphémère d’un de ces enfants peut-être fauché ou écrasé demain – et cet homme-là, je crois, n’avait jamais lu Kant, ni les Évangiles, peut-être pas davantage le Coran, comme ces Justes, parfois à peine lettrés, qui sauvèrent des Juifs parce qu’il le fallait, que c’était évident, indispensable, que la question ne se posait pas. Ceux-là, plus que des érudits qui soupesaient le danger, multipliaient les arguties sur les pro et contra et voulaient gagner du temps, avaient seulement, comme le disait Hannah Arendt, pensé.
Donc, tout cela n’est pas vain. Il faut aussi combattre – et cela impose de parler.
L’aveugle, l’idiot et le salaud
Tous avaient dit, affirmais-je… Tous ?
Non, il en reste encore – je crains, une majorité – pour s’en moquer, ou plutôt pour ne pas voir ce qu’est le réel en dehors de chez eux. Ils s’empressent de fermer la porte pour se retirer dans leurs « affaires ». Ils sont en dehors de la tragédie du monde sauf lorsqu’elle les touche ou sembler les menacer. En étant dans leur monde, ils sont en quelque sorte nulle part. Certains, peut-être, s’en sont un moment soucié, mais ont vite décroché – oui c’est usant de maintenir l’attention dans une société qui vise à la disperser. Et la « fatigue » de la Syrie – comme de l’Ukraine, du Soudan, du Yémen, etc. – l’emporte. « Il faut tenter de vivre ». Oui, certes… Voilà les aveugles.
Variante : il en reste encore pour qui le divertissement et la futilité sont plus importants que le reste – et ils préfèrent le n’importe quoi. C’est ce que Castoriadis désignait par la « montée de l’insignifiance ». Il en est pour considérer avec plus d’importance les informations sportives, les caniveaux locaux ou les petites phrases. La prédominance du crétin, pour reprendre le titre du livre de Fruttero et Lucentini, est le lot commun – aussi inquiétante qu’insupportable. Comment « tolérer » que le propos d’un animateur auto-adulateur de sa stupidité devienne sur les réseaux sociaux incommensurablement plus importante que les massacres d’Alep, de Homs ou de Daraya ? La débilité est indécente à l’heure du crime, autant que les plaisirs de l’arrière lorsque le gaz moutarde asphyxiait les tranchées de la Grande Guerre. Voilà les idiots.
D’autres enfin voient, savent et, comme on dit, analysent. Ils vous disent déjà, en premier lieu, que c’est la « nature » de la guerre, que l’émotion et la compassion sont mauvaises conseillères, que, oui, le tragique habite le monde et qu’il faut « prendre le temps » de l’analyse – et que chaque heure rime avec des dizaines de suppliciés fait finalement leur affaire.
Or, le n’importe quoi entretenu de l’absence de pensée, déjà bien dénoncée par Jean-Marc Lafon, tue. Car toute cette retenue polie devient vide immonde. Elle a un scolie : la désinformation qui emprunte quatre canaux rhétoriques.
Les révisionnistes, d’abord, vous parleront de l’État islamique, de la responsabilité des États-Unis dans sa montée (que ni Assad ni Poutine ne l’aient vraiment combattu, au contraire, ne les gênera pas), de l’importance de défendre d’abord la laïcité, des minorités (surtout chrétiennes) – qu’une partie ait été massacrée par Assad ne sera d’ailleurs à leurs yeux qu’un « détail » de l’histoire.
Les distracteurs, ensuite, vous demanderont d’abord de parler des horreurs (réelles) commises par l’Arabie saoudite au Yémen, des bombardements (inqualifiables) sur Gaza (suit parfois une digression un peu plus large sur l’État hébreu, son influence, l’exploitation de la Shoah, etc.), du chaos libyen (à éviter naturellement – ce qui signifie pour eux « Assad ou le chaos ») et, certainement, de la guerre du Vietnam.
Les relativistes, quant à eux, demanderont une vision équilibrée, rediront que la réalité n’est jamais blanche ou noire, évoqueront des responsabilités (toujours) partagées, déploreront l’exagération habituelle des médias, invoqueront la nécessité de ne pas voir la Syrie – le Moyen-Orient en général, mais aussi la Chine, l’Ouzbékistan, etc. – avec des lunettes occidentales (lire droits-de-l’hommistes), signaleront la chiffrage compliqué des victimes, les risques encourus par les Alaouites si… la nécessité de prendre en compte le point de vue de l’autre (la légitime défense du régime qui attaque à l’arme lourde et torture en prison des manifestants pacifiques qui demandent de manière irresponsable plus de démocratie).
Les généralistes, enfin, partiront dans de grandes considérations librement inspirées de Bouvard et Pécuchet et bien mises en valeur récemment par Bruno Tertrais, sur l’impossibilité de se passer de la Russie – tiens, de ses crimes de guerre aussi ! –, des rivalités des grandes puissances qui font du Moyen-Orient une poudrière, de l’Orient compliqué, de l’islamisme en général (et notamment de la division en sunnites et chiites, du respect indispensable de la démocratie et donc de la possibilité pour les Syriens de choisir leurs dirigeants (d’ailleurs Assad a été élu avec plus de 88,7 % des voix en 2014…), de l’échec général des printemps arabes, de la responsabilité (historique nécessairement) des accords Sykes-Picot, etc.
À tout cela, évidemment, il a été répondu mille fois, par des faits fondés sur des connaissances, par des reportages de première main, en un mot par la vérité. Qu’à cela ne tienne : dès qu’il faut justifier un massacre – environ 500 000 morts en un peu plus de cinq ans –, qu’il faut promouvoir le dirigeant d’un pays qui ne connaît aucune limitation dans l’usage de la force brute depuis Grozny et présenter ses crimes comme le combat pour la défense de l’Occident, la vérité n’est qu’un subterfuge de l’ennemi. Exécutons donc la vérité comme ces terroristes au visage de bébé ou de jeune enfant, jouant au ballon dans une cour, penchés sur un livre dans une cave à peine éclairée ou blottis encore dans leur lit – explosés ensuite dans le vacarme d’une bombe à sous-munitions ou soufflés par le phosphore blanc. Comme ces enfants, nécessairement terroristes en herbe, la vérité mérite le peloton.
Ceux-là, ce sont les salauds.
Ils ne méritent pas notre silence. Surtout, notre voix doit être plus forte.
Mort de la communauté démocratique
Il avait été dit, non sans raison, que ce qu’on appelle par commodité la communauté internationale n’existait pas. J’avais pu moi-même prévoir, il y a six ans, l’érosion progressive des organisations internationales de type politique. Pour aller vite, ces deux mouvements peuvent s’expliquer par la renationalisation des stratégies de politique extérieure, l’affaiblissement des valeurs partagées au sein de ces institutions et l’avènement de qu’on a appelé le G-Zéro, autrement dit l’absence de directoire mondial et l’incapacité de la seule puissance universelle par son déploiement militaire, les États-Unis, d’assumer son rôle. La lâcheté de Washington en Syrie fait presque ainsi figure de prophétie auto-réalisatrice : l’histoire (universelle) américaine s’arrête à Alep.
Or, ce manque de « communauté » internationale n’est jamais que le décalque de ce qui semble pouvoir fonder une communauté tout court – ici une communauté de valeurs. Revenons à l’évidence – évidence du crime. Celle-ci n’est possible que dans un monde qui respecte la vérité et sans doute la cherche ;
qui a globalement une perception à peu près analogue du bien et du mal ou, pour le moins, pour citer à nouveau Arendt, pour laquelle les notions de bien et de mal ont une signification ;
qui distingue l’essentiel de l’accessoire ;
qui communie dans les mêmes émotions ;
qui dissocie les valeurs et les intérêts, autrement dit pense les premières à l’échelle de l’universel.
La principale difficulté, ici, est de tenir ensemble ces cinq propositions. À elles cinq, elles forment le substrat de ce que j’appellerais la communauté démocratique. La réaction devant les crimes syriens me paraît confirmer la fragilité d’une telle communauté.
Ils révèlent une relative indifférence devant la vérité qui, là comme ailleurs, renforce la capacité d’intrusion de la propagande, un relativisme accru en matière de bien et de mal – « Ah oui, des civils sont tués en grand nombre, mais au bout du compte c’est pour nous protéger » –, une absence de hiérarchie dans la perception des faits – échange conflit en Syrie contre émission de télé-réalité –, une absence de communion dans ce qui littéralement nous « injurie » – les victimes françaises des attentats, oui, mais on ne peut pas souffrir aussi pour un enfant syrien – qui rend incompréhensible, car non « éprouvée », la figure de l’universel.
Et là, faute d’expérience vécue de la souffrance, l’absence de blessure personnelle infligée par ces corps syriens, ce qui pourrait figurer une communauté politique devient impensable.
Devenant telle, elle instille le relativisme au sein même du droit, rend secondaire le crime contre l’humanité et banalise la violence extrême. C’est ainsi que nous préparons l’avenir.
Et de cela nous devons sans cesse parler, car c’est politique – et vital. »
Nicolas Tenzer, professeur associé International Public Affairs, Sciences Po – USPC
La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.
Nicolas TENZER Sciences Po – USPC

Photo (AFP) : Un membre du personnel médical inspecte les dégâts d’un site hospitalier, touché par les bombes du régime, samedi 1er octobre, dans le quartier de al-Sakhour, dans le nord de la ville d’Alep.

Phasme #1 – Lectures sauvages chez l’habitant

 « Les phasmes sont des insectes herbivores, se trouvant en bas de la chaîne alimentaire. Pour survivre, ils se fondent dans leur environnement en (vous) imitant parfaitement. » (Wikipédia, ou presque) *
Samedi 1er octobre 2016 à partir de 18h30
à Nevers (58)
3 auteurs *public averti lisent :
et je serai la 3ème.
Phasme, c’est un nouveau cycle de lectures sauvage chez l’habitant que nous lançons, nous, *public averti, le collectif à géométrie variable.
Chez l’habitant, veut dire une organisation sur-mesure et sur réservation, car les places sont limitées.
La réservation sera à faire avant le 29.09 par mail à phasmes.lectures@gmail.com.
Et l’adresse des lectures vous sera communiquée la veille par retour de mail.
Au plaisir de vous y croiser !
Pauline sauveur laurent herrou alexandra bitouzet auteurs collectif*public averti lectures chez l'habitant phasme #1

Artistes invités / restitution – résidence Essonne

samedi 17 et dimanche 18 septembre
deux jours festifs dans une carrière de grès


A l’occasion des Journées Européennes du Patrimoine
à Moigny-sur-Ecole (91)

Pour clôturer joyeusement une petite année de résidence, avec la complicité de plusieurs artistes et les structures partenaires, la carrière Les grès de Fontainebleau nous accueille et vous accueille. Ce sera l’occasion de marcher en forêt (un peu) de lire (beaucoup) et d’écouter des lectures, de découvrir le métier de carrier (aussi) et de voir en action :

Barroux – Cie l’Essoreuse – Johann le Guilherm – Philippe Laccarière

Barroux, dessinateur et auteur, qui dessinera sur les pierres.

Né à Paris, il passe la plus grande partie de son enfance en Afrique du nord.
De retour en France, après plusieurs années d’écoles d’art, Barroux devient directeur artistique dans des agences de publicité. Quelques années plus tard,il prend son envol et s’installe au Canada, puis aux États-Unis, et débute là-bas une brillante carrière d’illustrateur presse et jeunesse. Il travaille alors pour de nombreux magazines, comme le New-York times, Washington Post, Forbes et publie plusieurs ouvrages pour enfants, notamment chez Vicking Penguin Putnam Books.
Animé par le goût des couleurs et de la fantaisie, Barroux travaille ses illustrations de manière traditionnelle, mélangeant linogravure, mine de plomb, acrylique…

J’ai découvert son univers grâce à son album « Tuvalu, une île en tête », aux éditions Mango. J’ai aussi été épatée par sa manière de dédicacer, de dessiner à grands traits dans ses albums, devant les yeux écarquillés des gamins (et des parents), installée à côté de lui dans un salon du livre sur la ville et la littérature.

résidence auteure sauveur pauline illustrateur livres jeunesse plasticien dessinateur Barroux

Vous pouvez découvrir son travail sur son site.

Pour avoir un aperçu animé vous pouvez regarder un extrait du spectacle :
« On les aura ! – Carnet de guerre d’un poilu, août-septembre 1914 »
Lecture musicale illustrée, par Barroux et Julien Joubert.
Filmé à la Caverne du Dragon / Musée du Chemin des Dames (2013).

A propos de ses livres jeunesse :
« La cerise géante de Mr jean » a recu le prix ENFANTAISIE 2005.
« Super Bricoleur, le roi de la clef à molette » Finaliste du PRIX DU GOUVERNEUR 2007, Canada
« Extraordinary Pets » édité par Blue Apple Books a gagné le Golden awards 2011 New York Book Fair

Séverine Delbsq et trois danseuses de la Compagnie l’Essoreuse.

auteure sauveur pauline compagnie de danse l'Essoreuse Séevrine Delbosq Essonne résidence
La compagnie l’Essoreuse est née en 2002 de la rencontre des interprètes féminines qui la constituent lors des ateliers de butô menés à Saint-Denis par Séverine Delbosq.
La dimension collective et l’identité féminine de cette communauté artistique se manifestent dans son fonctionnement et dans ses créations.
Le butô tissant la toile de fond, la diversité de formation des interprètes (danse contemporaine, théâtre, butô, mime corporel, dessin, écriture, photographie), celle de leurs professions et ou statuts (artiste, enseignante, maman, intermittente) maintient vivant le questionnement sur le sens donné à la création chorégraphique, aux œuvres, au mode d’organisation qui les rend possible.
Avec Séverine, on a partagé une première lecture dansée qui évoquait la maison et les corps qui les habitent.Retour ligne automatique
On a en commun une attraction particulière pour l’idée de l’ile ou de la presqu’île, et pour le dialogue entre la terre ferme et l’eau, ou l’inverse.

Johann le Guilhem, de la Compagnie Cirque Ici, qui fera une installation.

sauveur pauline résidence d'auteure restitution compagnie cirque ici Johann le Guilherme
Artiste issu du cirque, Johann Le Guillerm intègre en 1985 la première promotion du Centre National des Arts du Cirque. Il a travaillé avec Archaos, participé à la création de la Volière Dromesko et co-fondé Cirque O. En 1994, il crée sa propre compagnie, Cirque ici et un premier spectacle solo, Où ça ?, qui tournera cinq ans. 
Après un tour du monde au cours duquel il se confronte aux populations traumatisées, handicapées et autarciques, il s’engage en 2002, dans Attraction, vaste projet de recherche – celui d’une vie ? – qui interroge l’équilibre, les formes, les points de vue, le mouvement et l’impermanence… Attraction fait voler en éclat les disciplines traditionnelles du cirque et s’articule autour de Secret (temps 1 et 2).
Dans la carrière de grès, il expérimente l’écoulement du temps dans un jeu de construction / démolition sans fin. Il édifie, érige, échafaude des pavés, mais lorsque le sable s’échappe, le déséquilibre menace.

et Philippe Laccarrière, bassiste et contrebassiste.

sauveur pauline restitution résidence d'auteure improvisation laccarrière philippe
Philippe Laccarrière, musicien du Sud-Ouest aux origines espagnoles partage sa contrebasse depuis une quarantaine d’années dans une générosité sans égal.
Des années d’amitiés musicales et de partage aboutissent en 2012 à la création de LA TRIBU AU SUD DU NORD, orchestre de liberté et d’improvisation formé d’une dizaine de compagnons de toujours : Henri Texier, Emmanuel Bex, Franck Tortiller, David Pouradier-Duteil, Sébastien Texier, François Corneloup, Alain Vankenhove et du festival du même nom.
Dans la même veine, il enregistre en 2013 un album de duos contrebasse / voix avec 7 chanteuses et chanteurs, intitulé Chansons Collages : jazz, folk songs, soul, scat, une palette de couleurs et de personnalités. Toujours l’invitation au partage.
Il m’a dit : j’aime l’improvisation. Oui, j’ai déjà joué sur des lectures, du texte, notamment sur les mots de Mahmoud Darwich, poète palestinien, qui est une des figures de la poésie arabe.

A suivre à travers mes publications dans la revue littéraire remue.net :
Notes – journal de résidence – sur le terrain et dans la tête, les questions.
Pierres / Voix – le grès, la pierre, le sable, des carrières, des carriers.
Presque »îl-e – un parcours, une recherche, projet d’écriture en cours.

Rencontre lecture projection avec Eric Flogny, photographe – résidence Essonne

Essonne résidence rencontre lecture Milly pauline sauveur auteure invite Eric Flogny photographe

Rencontre lecture et projection croisée
Où j’invite Eric Flogny, photographe et professeur de plongée en apnée.

Jeudi 15 septembre à 17h
médiathèque du Moustier
à Milly-la-Forêt (91490)
au 43 rue Langlois
Renseignements au 01 64 98 66 14.

Il y sera question de forêt, de Finlande, du regard sur le paysage.
De ce(ux) qui nous inspire(nt) et du chemin que prend parfois la photographie, et de la façon la façon dont elle prend corps dans l’espace, de la question de l’installation.
Ce sera l’occasion de croiser nos images et de partager ces histoires dont elles sont tissées.

Eric Flogny – Késä (été)  –  Pauline Sauveur – Autoportrait à la chaise

Eric Flogny

est né en Finlande voici une belle quarantaine d’années.
Après avoir étudié les statistiques à l’université et été enseignant en mathématiques, il vient à la photographie en exposant ses clichés de voyages.

Après une formation en photojournalisme, et des résidences photographiques, il fut un des membres fondateurs du collectif Aleph.

Il est aujourd’hui sociétaire de la coopérative Picturetank. Il collabore avec des quotidiens et magazines nationaux et internationaux. Ses travaux personnels sont régulièrement exposés.

photographe Eric Flogny

photographe Flogny eric Finlande

Finlande photographe Eric Flogny


Il y de cela bientôt deux ans, je me suis décidée à regarder le nom de celui qui avait fait la photo figurant sur une couverture de livre de poche. J’avais acheté le livre pour cette image. Après l’avoir lu, je n’avais pas décidé si je l’avais aimé ou pas. Puis j’ai oublié de le décider, j’ai oublié le tire et l’auteur.
Mais j’ai trouvé le nom du photographe et j’ai aimé ce que j’ai découvert, dans la rubrique {laboratoire} de son site. Des gens, des arbres, des lieux, de l’eau.
La Finlande est un point commun, mais ce n’est pas le seul.

sauveur pauline auteure square magazine résidence recherches journal

Crédits photographiques :
Portrait d’Eric – Muriel Bertrand
Autoportrait noir et blanc et couleur à la chaise – Pauline Sauveur
Page de cahier – Pauline Sauveur / journal de résidence Square Mag
Toutes les autres images sont d’Eric Flogny.

Détissages – Bruissements intimes à Saint Thélo

samedi 20 et dimanche 21 août
Invitée d’honneur du 6ème festival,
sur le thème « Zéro euro »

à la Maison Kawabata
par Tadeshi Kawamata
à Saint-Thélo (22)

auteure sauveur pauline la Charité sur Loire Bruissement intimes expo installation

Tout à commencé en 2012-2013 : l’installation a pris corps à l’occasion du projet mené dans le Cher, sur le thème « Habiter / Habité, en visite à l’immeuble Garban » à Nérondes (18).

Des éléments ont ensuite été accueillis au musée de la chemiserie à Argenton-sur-Creuse (36).
Enfin, en 2015 il y a eu cet autre lieu magnifique que sont les Silos, maison du livre et de l’affiche, dans la cadre de la résidence d’auteure à Chaumont (52). Puis, l’installation s’est enrichie par le dialogue photo mené avec Aurélie Laroche, photographe, à Nevers, dans le cadre du mois de la Photo.
Chaque fois l’installation s’est développée, transformée… Et maintenant, c’est avec un grand plaisir que je vais découvrir et investir, en Bretagne, la maison réalisée par l’artiste Tadashi Kawamata, (projet collaboratif qu’il a réalisé entre 2003 et 2006 avec l’association Mémoire en demeure).
Mémoire en mémoire Saint Thélo projet collaboratif projet artiste Tadashi Kawamata Détissages
Mémoire en mémoire Saint Thélo projet collaboratif projet artiste Tadashi Kawamata Détissages
Mémoire en mémoire Saint Thélo projet collaboratif projet artiste Tadashi Kawamata Détissages
photos extraites de la série présentée sur Eternal network

Présente les deux jours, ce sera l’occasion de discuter, de faire plusieurs lectures et de découvrir les autres artistes reçues en résidence cette année : Sibylle Besançon et ses tissages en direct, Erika Bourdel et ses idéogrammes de papier, et Veronika Moos avec son projet participatif « La route du lin », ainsi que les oeuvres des 26 « artistes de loin ».

Saint-Thélo se trouve en centre Bretagne,
à 12km de Loudéac,
à 15km de Mûr de Bretagne,
à 40km de Saint-Brieuc
et à 100 km de Rennes.

Lire le catalogue de l’exposition Détissage.

Au plaisir de vous y rencontrer !

3 nouvelles maisons chez Poïein éditeur

nouvelle risographie sauveur pauline éditions poïein livre d'artiste trois maisons
Extraits :
La maison digère
La maison ferme les yeux.

C’était chez lui, il y a peu, il y a cinq ou six ans, une petite éternité. Il a laissé des objets, la frange
de la masse immense des affaires matérielles, qu’on trimbale et qui s’accordent à nos gestes
essentiels. Manger, dormir, aimer, grandir, vieillir et vivre chaque jour.
Machine à l’arrêt, elle les laisse fondre sous la langue et mâchouille rêveusement. Objets usés, ils
s’amenuisent, se perdent et s’inutilisent. Oblitéré, superflus, sans valeur pour même se voir
embarqués aux portes du dernier déménagement.
nouvelle risographie sauveur pauline éditions poïein livre d'artiste trois maisons
 
Ombre sombre
Tu tournes en boitant encore, comme après tes exercices
de musculation, lors des séances de rééducation. Il fait
chaud. Septembre c’est l’été, les grillons le racontent
encore chaque soir. La lumière crue de midi, aux mille
éclats sur les pare-brise et les carrosseries. Le parking
est toujours plein en face. T’imaginais pas qu’il y avait
tant de monde tout le temps. Inlassablement.
nouvelle risographie sauveur pauline éditions poïein livre d'artiste trois maisons

P.O.E.M.E ?
Petit Objet Editorial Manuellement Elaboré

Trois nouvelles imprimées en risographie pour cette publication sous forme d’objet-livre d’artiste.
Trois nouvelles présentées et lues à l’occasion de ma résidence d’auteure à Chaumont, avec les Silos maison du livre et de l’affiche, dont le salon du livre avait pour thème : ville et littérature.

nouvelle risographie sauveur pauline éditions poïein livre d'artiste trois maisons
nouvelle risographie sauveur pauline éditions poïein livre d'artiste trois maisons

 

Pour y arriver :
Il y a eu les conseils précis de Benjamin Cheminat, graphiste de l’agence Des monstres sous mon lit, et ceux de l’association Chaumont Design Graphique, avec qui nous avons fait les tirages.

Il y a eu des essais et des fichiers, principalement pour constituer des images en niveaux de gris pour chaque couleur (ici or et noir).

nouvelle risographie sauveur pauline éditions poïein livre d'artiste trois maisons

nouvelle risographie sauveur pauline éditions poïein livre d'artiste trois maisons

nouvelle risographie sauveur pauline éditions poïein livre d'artiste trois maisons

Il y a eu les impressions à Chaumont en juin.
Il y eu le pliage des 309 exemplaires des nouvelles.

nouvelle risographie sauveur pauline éditions poïein livre d'artiste trois maisons
nouvelle risographie sauveur pauline éditions poïein livre d'artiste trois maisons

Et enfin la finalisation chez l’éditeur Poïein : assemblage, collage et marque des éditions en rouge sur le bandeau qui sert de couverture !

Editeur qui à pris également « Désir nu » dans son catalogue (volume n°138).

nouvelle risographie sauveur pauline éditions poïein livre d'artiste trois maisons

 

nouvelle risographie sauveur pauline éditions poïein livre d'artiste trois maisons
Publication réalisée dans le cadre de la résidence de l’auteure à la médiathèque les silos, maison du livre et de l’affiche à l’occasion du 13ème Salon du livre de Chaumont, Ville et littérature, organisé par la Ville de Chaumont. La résidence d’auteur a bénéficié du soutien financier de l’Acsé, de la Région Alsace Champagne-Ardenne Lorraine et de l’Agglomération de Chaumont. Remerciements à Chaumont Design Graphique pour son aide précieuse pour l’impression, qui a été réalisée sur papier Coral Book White 110gr, par une et deux belles journées de juin 2016.
nouvelle risographie sauveur pauline éditions poïein livre d'artiste trois maisons

Recherches à la chaise – résidence Essonne #7

Autoportraits à la chaise
c’est un travail en cours pour approcher le territoire
pour le regarder
l’arpenter de ses yeux
et voir ce qu’il en ressort sur l’image
après.
C’est aussi ce qui a été filmé et enregistré
le bruit des pas dans le sable ou les herbes
le bruit de l’image de la chaise dans le chemin
C’est le parcours, avec l’objet à la main ou sur le dos ou comme il peut.
Le poids de l’objet puis le geste puis la pause puis la pose
Affaire à suivre
à lire et à retrouver sur le journal de résidence sur ma page sur remue.net
Bonne lecture !
Résidence d’auteure en cours en Essonne
avec la Bibliothèque départementale et le Parc Naturel Régional du Gâtinais Français.

Lectures *public averti en août

Oh !
Lire encore !
Avec Laurent Herrou*
Du collectif *public averti nous sommes, nous lirons donc

au Prieuré de la Charité sur Loire (58)
au café éphémère de Babette et Eva
installé pour l’été sous les arcades
Vendredi 12 août à 19h
collectif *public averti La charité sur Loire Sauveur Pauline Herrou Laurent lectures
On vous attend avec grand plaisir !
*Des infos sur le collectif sur ce blog et à suivre sur la page Facebook dédiée:
actualités, artistes invités, évènements, manifeste et…
La raison et l’histoire de cet astérisque !

Construire une table – Résidence Essonne #6

J’essaye de construire une table
à vous, ensuite, d’y manger, de l’interroger ou de faire du feu avec. 
Jean Cocteau à propos du tournage de La Belle et la Bête.

Journal La Belle et la Bête Jean Cocteau
éditions du Rocher

Lire Cocteau.
Lire le journal qu’il a tenu durant toute la durée du tournage, du 26 août 1945 au 1er juin 1946. Plonger, le suivre, chaque jour ou presque, croiser les acteurs, les techniciens, traverser les décors, le château et les paysages, les studios, la salle de montage.
Pour préparer une lecture dans sa maison, celle de Milly-la-Forêt, au mois d’août. Y lire et y revenir lire. Prévoir de prendre ma propre chaise, celle que je trimbale un peu partout au cours de cette résidence.
Découvrir comme j’ai été embarquée.
Comme la proximité ne se décrète pas mais advient. Cette sensation.
Demain, regarder le film qui est né au fil des pages.

Jean Marais, la Bête, Josette Day, la Belle et Jean Cocteau

7 octobre 1945
Je m’acharne. Je continue. Et j’aime cet acharnement. Je ne peux pas dire qu’il me coûte. Mon travail est un travail d’archéologue. Le film existe (préexiste). Il me faut le découvrir dans l’ombre où il dort, à coup de pelle et à coup de pioche. Il m’arrive de l’abîmer à force de hâte. Mais les fragments intacts brillent d’un beau marbre. Lorsqu’on pense au nombre de circonstances fortuites qui doivent se produire ensemble, à la même seconde, pour réussir une prise, on s’étonne de crier « Stop ». Ensuite ce prodige du hasard passe à d’autres dangers. L’indifférence des machines. Qu’une panne d’électricité survienne pendant que la pellicule négative se trouve dans le bain, le travail est perdu. On tremble sans cesse. (…)
J’ai une barbe blanche. Je ne m’en doutais pas. Eh bien, voilà ! J’ai une barbe blanche. Ce n’est pas grave. Le grave serait d’avoir une âme qui lui corresponde. Dieu merci, j’ai le sang rouge. Je le dépenserai jusqu’à la dernière goutte. Je n’économiserai rien.
Jean Cocteau

Et lire des extraits
de mon propre journal (de résidence) publié en ligne sur remue.net

27 janvier 2016

J’envoie un mail au propriétaire qui vend une vieille chaise bois et cuir sur un site. Ils sont à Étampes, lui et sa chaise. L’affaire réglée, il repart à pied, je repars contente. Elle bouge un peu, mais elle est jolie petite et presque légère. Tester et la chaise et l’idée de la chaise. Le corps assis dans le jardin et les phares de la voiture. Calculer le temps entre chaque prise. M’asseoir face au jardin noir de nuit. Avoir un peu froid, continuer, regarder l’objectif droit dans son œil, parce que je sais que même de très loin, même pixélisé le regard importe.
Prendre mon visage entre les mains, sourire derrière les mains, et savoir qu’il suffit d’une ou deux pensées pour pleurer réellement, la tristesse si facile. Parfois imprévisible, parfois si évidente,
sous les sédiments.
P.S.
 

Carrières de grès – résidence Essonne #5

Suite du journal résidence

menée avec Le Parc naturel du Gâtinais
et la bibliothèque départementale de l’Essonne.

21 avril 2016
Discuter. Avec Monsieur Boussard, de cette façon naturelle avec un peu plus de lenteur, due au silence et au temps qu’il lui faut pour écrire ce qu’il me dit pour que je lise à voix haute. Le dialogue avec ma seule voix, mais nos deux rires. Les témoignages de poilus qu’il a retranscrits recopiés qu’il me fait lire, le procès verbal du décès accidentel à la carrière de son oncle, ou la plainte déposée contre les carriers par monsieur Le Roi. Copies en double dont un jeu pour moi de ces documents qu’il a trouvés aux archives départementales du Château de Chamarande.

Prendre sa voiture pour aller voir sa carrière, ses carrières. Chemin sombre à travers les arbres. Une terrasse claire se dégage en contre bas le sable à nu se voit de loin. À nu parce que les moto-cross tracent remuent creusent et que la mousse ne peut résister, sable à vif les sillons des pneus. Je descends face au front de taille. La roche, ses angles nets avec souplesse par endroits, parce qu’elle casse comme elle veut, suivant les failles qui ondulent, le mouvement dans la pierre qui apparaît qui fait le bord.

 

Le contraste à nouveau confirmé de la roche et de la douceur autour, le bruit assourdi par le sable la mousse et le lichen qui envahissent là où les motos ne vont pas, souple sous les pieds le sol meuble.

Plus loin une autre carrière, celle de calcaire où se taillaient les pierres des maisons. On sent la matière moins dure, plus légère, où même à la végétation s’installe où l’eau ruisselle et creuse plus vite plus facilement, là encore immense la falaise basse se déploie.

 

Plus loin le banc de grès réapparaît. Marcher dessus puis le sol se dérobe et descend d’un cran. La terrasse se dégage aux pieds. Le sablon sous la langue immense du bloc de roche continue. Ça fait des bouches effilées des sourires d’ombre qui affleurent le sol. Ici le front de taille fait 100 mètres de long. À combien reprend la pente naturelle ? À 50 m peut-être ?

C’est ce vide le travail dur le labeur le son les coups portés la détermination devant la pierre. C’est ce vide l’ampleur de la tâche la somme du travail qui a débité ce qui était là avant, dur pour Paris et ailleurs les places les rues des pavés des bordures. Le travail de tailler la montagne de ses mains y laisser la peau des doigts des bras sur la roche du grès vif.

(…)
L’après-midi, je propose à Pierre Giraud comédien qui vient : descends à Buno, il fait beau on travaillera et on ira au café une fois prêts. On s’installe un peu plus loin vers le bois parce qu’il y en a d’autres qui écrivent théâtre jeunesse poésie.
S’asseoir au bord de l’eau dans l’herbe, les fourmis sous le pull ou la veste. «Presqu’îl-e» version lecture ou version théâtrale. La sélection de Pierre : je lui
avais dit comme tu as envie, choisis ce que tu souhaiterais lire je rajouterai
ce que je lirai. Traverser le texte avec quelqu’un d’autre. On raye avec facilité un mot, un paragraphe, souvent avec le même élan, ça non, c’est pas la peine, ça non plus. Enlever, enlever et rire. Pas trop enlever quand même me
dit Pierre.

Texte matière.

Séverine Delbosq, danseuse de la compagnie l’Essoreuse, nous a rejoints arrivée en RER. Rendez-vous au musée la collection d’objets et l’étrange ballet des personnes qui nous reçoivent élus collègues responsables. Ils se parlent et nous montrent par où passent leurs paroles, par quel chemin leur façon de communiquer, un peu d’humour un peu de mauvaise humeur feinte un peu
de ronchonnade de railleries légères. Le jeu là sous nos yeux l’architecture
invisible des conventions amicales professionnelles et qui sait politiques. La
sensation de la démonstration. Du coup, la discussion méandre du verbe méandrer qui mouve, meuble, molle, mouvante et qui louvoie se glisse sinue en
arabesques. On suit, spectateurs, on attend que les réponses arrivent, dans le
fil louvoyant. Les discussions ont eu raison du temps et on part à la carrière.
Elle est non spectaculaire, faille douce envahie, le front de taille se perd
qui lui aussi méandre. « C’est de la roche pourrie ici, 70 % de déchets
pour tirer les pavés. »
Plus haut un chêne n’en finit plus de s’effriter enchevêtré de ses branches.
À la carrière de Moigny, monsieur de Oliveira est d’accord pour les journées du patrimoine en septembre pour la restitution, donc ça sera de 10 à 12h et de 14 à 17 ou 18 heures. Deux journées complètes.
On est venu voir le sable et voir le bruit et ses couleurs et prendre un pavé. Du grès d’extraction clair presque blanc ou du grès naturel qui est gris de lichen, la calcite ?
Le sable ancestral se love en poche ronde et douce, probable bulles d’air emprisonnées qui n’ont pas permis de la compression, processus de formation du grès.
Le grès garde la trace du fer, de la rouille. Les pavés ocres à Paris le sont à cause de l’activité qu’il y a eu au-dessus d’eux, sur les bords de Seine notamment, ils le sont particulièrement, parce que caisses et chevaux et charrettes, le métal des
roues cerclées s’y est frotté, fer arraché, la rouille s’est incrustée. Elle
tatoue la pierre de sa couleur.
(…)

 

L’intégralité de l’article sur le site remue.net
et les entrées précédentes.

Bonne lecture !

Le baiser d’Orlando, texte de Mathieu Simonet

Parce que les mots sont nécessaires
le langage
le sens

posés
clairs
et particuliers
mais compréhensibles

à partager

Le 13 juin, à Paris, pendant un rassemblement en hommage aux victimes d’Orlando – photo Zihnioglu Kamil / Sipa

ce texte de Mathieu Simonet
écrivain et avocat

« LE BAISER D’ORLANDO

En 1995, j’ai vu deux femmes s’embrasser dans le hall de l’Université de Panthéon-Sorbonne, et j’ai été choqué. A l’époque, je n’avais pas internet, ma mère avait des amies lesbiennes (mais elles ne s’étaient jamais embrassées devant moi ; du moins, je n’en ai pas le souvenir). C’était la première fois que je voyais deux femmes s’embrasser. J’avais un peu plus de vingt ans, et je ne comprenais pas pourquoi j’étais gêné.
Ce premier baiser de femmes ponctuait une journée particulière. Avec un groupe d’amis, nous avions constaté qu’il n’y avait pas de visibilité homosexuelle dans les facs (je m’en étais rendu compte en discutant avec un étudiant qui avait mis plusieurs années après le bac avant de trouver l’adresse d’un bar gay) ; on était cinq je crois, trois garçons et deux filles : on avait rédigé un tract : « Pascal(e) aime Pascal(e), ça laisse trois façons d’aimer ». Ensemble, on les distribuait dans les universités. On avait commencé dans celle où j’étudiais le droit ; j’étais en maîtrise.
Officiellement, on expliquait qu’on voulait organiser un débat entre homos et hétéros. En réalité, on souhaitait entrer en contact avec les gays et les lesbiennes qui ne s’assumaient pas, avec celles et ceux qui n’avaient aucune information sur les associations, les bars, les boîtes homosexuelles. Nous avions parfaitement conscience que certains, par protection, tiendraient des propos homophobes. Nous avions décidé d’accepter toutes les insultes, toutes les critiques, pour ne surtout pas passer à côté d’un gay ou d’une lesbienne qui, par peur de se faire détecter, irait dans l’outrance homophobe. Et notre stratégie était payante. A plusieurs reprises, des garçons et des filles nous ont tenus des propos insensés (« l’homosexualité est contre-nature », « C’est dégueulasse », « Vous vous mettez à quatre pattes ? », etc.), mais qui acceptaient néanmoins de tenir entre leurs mains notre tract, et qui nous appelaient ensuite pour nous dire : « Pardon, je ne l’ai jamais dit à personne, je ne voulais pas que mes amis s’en rendent compte, j’ai honte, j’aime les mecs / j’aime les filles ». On exultait quand on obtenait ce résultat ; nous étions un mini-commando d’exfiltration de gays et lesbiennes honteux, isolés, parfois désespérés.
Notre première journée de distribution de tracts avait eu lieu le 13 avril 1995. Et à la fin de cette journée militante, les deux filles qui participaient à ce commando se sont embrassées devant moi. Dire que j’ai été choqué est sans doute exagéré. Mais j’ai été mal à l’aise, gêné. Et je ne comprenais pas ce sentiment de rejet. Etais-je, moi aussi, en partie homophobe ? Sans doute que oui. Car je crois que, pour tout le monde, voir pour la première fois un homme et une femme s’embrasser, deux hommes s’embrasser, deux femmes s’embrasser, un couple atypique s’embrasser, etc. ; voir pour la première fois telle ou telle image n’est pas anodin, surtout dans un contexte où on a intériorisé l’idée que certaines scènes ne doivent pas être visibles dans l’espace public.
Aujourd’hui encore, il ne m’est pas naturel de prendre en public par la main Baptiste qui partage pourtant ma vie depuis douze ans, avec lequel je me suis marié. Pourquoi cette pudeur ? Probablement par peur. Parce que je n’arrive pas à accomplir ce geste de manière légère. En revanche, je tiens régulièrement la main de ma meilleure amie dans la rue, et ce sans aucune difficulté. Car je sais que personne ne nous regardera.
Je me souviens d’un amoureux, au début des années 90 : par militantisme, on avait marché du centre de Paris jusqu’aux Buttes-Chaumont en se tenant par la main. C’était un jour ordinaire ; ce n’était pas la Gay Pride. On accomplissait une performance ; ce n’était pas une balade légère d’amoureux. Je transpirais. Je guettais les éventuelles représailles. Je me souviens de notre arrivée sur l’herbe. On s’est allongés. On était fiers. On avait réussi, pendant une heure, à se tenir la main, dans l’espace public.
Je me souviens également de ma première Gay Pride. En 1992, je crois. Je ne voyais pas en quoi je pouvais être fier d’être gay. Mais j’étais venu. Probablement plus dans l’espoir de rencontrer un garçon que pour accomplir un geste militant. Et cette première Gay Pride a été raz-de-marée émotionnel. Je prenais en pleine gueule que, pour la première fois, j’étais dans l’espace public avec des centaines d’hommes et de femmes qui n’avaient pas hontes d’être homosexuel. Je me souviens de mes larmes en pleine rue : pour la première fois, je n’avais pas honte. Etre fier, ce n’était donc que ça ; ce n’était pas se sentir supérieur aux autres, mais simplement ne plus avoir honte.
En 1996, j’ai terminé mes études. Cette année-là, j’avais suivi un DEA de droit international privé à Paris I et une formation d’avocat à l’EFB (l’Ecole de Formation du Barreau). Pour mutualiser ma charge de travail, j’avais choisi, pour ces deux cursus, le même sujet de mémoire : « Les couples homosexuels en droit international privé » (à l’époque, le mariage pour tous n’existait pas bien sûr. Le PACS non plus. Le concubinage non plus : la Cour de cassation refusait que des couples homosexuels puissent être considérés comme des concubins ; en cas de décès de l’un, titulaire du bail, l’autre ne pouvait pas rester dans les lieux, ce droit étant réservé au « concubin » ; plusieurs éminents juristes estimaient que reconnaître la notion de « concubinage homosexuel », ce serait ouvrir la boîte de Pandore, signer l’arrêt de mort de la famille…) ; bref, je me souviens des universitaires qui étaient gênés par le thème de mon mémoire (les profs de mon DEA se refilaient le bébé : « Je ne me sens pas très à l’aise avec ce thème. Vous devriez choisir un thème moins choquant. Ou demander à un de mes collègues s’il accepterait éventuellement de vous suivre » ; à l’époque, ces réactions me paraissaient normales ; je m’excusais, je comprenais parfaitement que ce thème puisse choquer).
Au final, j’ai obtenu une note de 16/20 pour ce mémoire à l’université, et une note de 4/20, pour le même mémoire, à l’Ecole de Formation du Barreau (le jury, composé d’un avocat, d’un magistrat et d’un universitaire, m’avait passé un savon : ils étaient choqués que je puisse associer les mots « concubinage » et « homosexuel » ; ils levaient les yeux au ciel. Ils me demandaient si j’avais conscience de l’impact de mes raisonnements sur des enfants. J’étais sorti honteux ; je n’avais pas de colère, je n’étais pas choqué par leur réaction, j’avais juste honte de ce que j’étais. Et je n’ai pas trouvé anormal d’obtenir, sur une promotion de 1000 élèves, la plus mauvaise note donnée à un mémoire).
L’année suivante, j’ai voulu commencer une thèse sur le « droit et l’homosexualité dans le monde » (je l’ai abandonnée au bout de quelques mois). Ma directrice de thèse m’avait dit : « Je veux bien diriger cette thèse à la condition que vous abordiez la question de la pudeur. Vous devez comprendre que c’est extrêmement désagréable pour une femme de s’installer à une terrasse de café dans le Marais. Que l’homosexualité ait été dépénalisée, c’est une position respectable ; que la pudeur ne soit pas prise en compte, c’est problématique. »
Quand je me suis marié avec Baptiste, dans les jours qui ont suivi la promulgation de la loi pour le mariage pour tous, je voulais qu’il y ait des enfants présents dans la salle des fêtes. Je voulais que ce qui avait été invisible pour moi, soit banal pour eux. Et nos amis étaient bien sûr venus accompagnés de leurs fils, de leurs filles. C’était normal, simple, banal. Ces enfants nous ont vu nous embrasser. Et ils ont applaudi. Et c’est important.
Ce n’est pas anecdotique, je crois. C’est important.
J’y ai repensé en lisant les déclarations du père d’Omar Mateen, le terroriste d’Orlando. En découvrant le massacre commis par son fils, il a tout de suite expliqué que cet acte n’avait rien à voir avec la religion. Il faisait remonter l’origine du drame à une scène survenue à Miami quelques semaines plus tôt : deux hommes s’étaient embrassés devant Omar Mateen et son fils de trois ans. Ce couple gay avait même récidivé dans les toilettes pour hommes. Pourquoi donner ce détail ? Etait-ce pour donner une circonstance très légèrement atténuante au crime commis ? Ou était-ce pour dénoncer l’homophobie de son fils ?
Je crois que pour le père d’Omar Mateen (et pour de nombreuses personnes), il va de soi qu’il ne serait pas approprié, surtout quand on est homosexuel, de s’embrasser devant un enfant de trois ans. Je crois, surtout après Orlando, que c’est une erreur. Que nous avons tous une responsabilité. Que Baptiste et moi (comme beaucoup d’autres), nous devrions nous remettre en cause. Pourquoi n’arrivons nous toujours pas à nous prendre la main dans la rue, dans un quartier qui nous est inconnu ?
J’ai entendu, depuis quelques jours, ces débats sur la manière dont les médias ont traité le drame d’Orlando (certains estimant que le caractère homophobe n’avait pas été suffisamment mis en avant, d’autres estimant au contraire que les médias avaient clairement affirmé que ce massacre avait eu lieu dans une « boîte gay », et que cela suffisait à souligner le caractère homophobe du massacre).
J’ai entendu également qu’on se demandait si les choses n’étaient pas plus complexes qu’on ne le pensait : Omar Mateen n’était-il pas un gay refoulé ? Si tel était le cas, peut on parler de tuerie « homophobe » ?
Oui. Oui, bien sûr. On peut être gay et homophobe. Moi même, dans une moindre mesure, j’ai été homophobe : j’ai longtemps considéré que l’homosexualité était inférieure à l’hétérosexualité. J’ai longtemps considéré que j’aurais préféré être hétéro. J’ai longtemps considéré qu’il était normal que les gays n’aient pas exactement les mêmes droits que les hétéros. J’ai longtemps considéré qu’il était normal de ne pas se tenir la main dans la rue. J’ai longtemps considéré qu’il était normal de prendre des pincettes pour ne pas choquer les personnes âgées, les enfants, les religieux, certains membres de la famille, certaines connaissances professionnelles, etc.
Oui, dès le début, les médias ont mis en avant que le lieu du drame était une boîte « gay » (probablement que certains journalistes, il y a vingt ou trente ans, auraient été plus discrets sur la nature de cette discothèque). Donc, oui, la visibilité homosexuelle du drame n’était pas inexistante dans les médias. Pour autant, et beaucoup l’ont souligné, la spécificité homophobe du drame n’était pas inscrite en grosses lettres, dans les titres des journaux. Dans la hiérarchie des informations, le caractère homophobe du massacre n’occupait pas la première place.
Je perçois, en discutant ici ou là, qu’il y a comme un clivage entre ceux qui sont choqués que le mot « homophobe » ne soit pas inscrit « en plus gros », et ceux qui estiment qu’on chipote, que ça va : on sait tous ce c’était un attentat contre les gays.
Aujourd’hui, on a bien sûr besoin de tout sauf de creuser de nouveaux clivages. On a besoin de se comprendre. De ne pas traiter d’homophobes les journalistes qui n’auraient pas utilisé tel ou tel titre. De ne pas traiter d’hystériques les gays et les lesbiennes qui se sentent nier dans leur qualité de victimes.
Car, oui, je crois que nous sommes beaucoup à nous sentir victimes. A avoir en tête, depuis des mois, les images de gays, yeux bandés, jetés du haut d’un toit par les membres de Daesch. Oui, nous savons que nous suscitons la haine. Et que les victimes d’Orlando, ce sont d’abord ceux qui étaient sur place et leur famille, mais aussi tous ceux qui symboliquement, par ricochet, sont atteints dans leur identité. Et c’est parce que nous nous sentons victimes que nous pouvons être blessés, à des degrés divers, par la manière dont tel ou tel article peut minimiser le caractère profondément homophobe de cet attentat.
Tous les policiers se sont sentis intimement visés par le crime récent de Magnanville. La minute de silence organisée dans tous les commissariats a participé à cette prise en considération de la douleur intime, symbolique, de chaque fonctionnaire de police, atteint indirectement par l’assassinat de Jean-Baptiste Salvaing et de Jessica Schneider.
De la même manière, de nombreux gays et lesbiennes se sont sentis atteints, spécifiquement, par Orlando. Et la blessure de ne pas occuper l’espace public, dans des proportions similaires à ceux des hétérosexuels, est ravivée par tout signe qui viendrait minimiser le caractère homophobe de l’attentat d’Orlando.
Les symboles, les titres, les images, les mots. Tout compte. Daesch l’a parfaitement compris. A nous de réinventer du symbole. Comme ces deux familles d’un couple tué à Orlando, qui ont décidé d’organiser des funérailles communes. A nous de nous embrasser dans la rue, parce que les baisers ne seront jamais responsables d’un attentat. A nous aussi d’imaginer que les deux enfants de trois ans (celui d’Omar Mateen et celui du couple de policiers assassinés) se tiendront un jour la main. Car aujourd’hui tout les sépare. Sauf l’âge. Et un avenir en partie commun. »
Ce texte a également été publié sur le site du Nouvel Obs