Chez elle – parution

« presqu’île presqu’elle presqu’une île et de l’eau de l’eau partout de l’eau en ville j’habite chez elle et je dors dans le bureau il y a de gros travaux dehors dans le bureau je dors au pied du fusil mitrailleur je dors des boîtes de cartouches et la mallette en alu bien rangés je dors bien je pars à l’école chaque matin je file droit jusqu’au parc moche de l’église je tourne à gauche et j’entre dans le quartier de la montagne rouge
(…) »

Un texte court et deux photographies, dans le livre édité par Littérature mineure, imprimé et plié par Marie-Laure Dagoit, éditrice aussi élégante que son catalogue.

Chez elle
pauline sauveur
8 euros

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Chez elle – nouvelle (extrait)

Pour avoir retravaillé sur le projet Presqu’îl-e, qui tient son titre de cette nouvelle antérieure, rebaptisée « Chez elle »…
Voici un extrait et quelques images.
A retrouver également au fil des pages de l’album photo dédié.

– – – – –

Chez elle 

Presqu’île
Presqu’elle
Presqu’une île
Et de l’eau
De l’eau partout
De l’eau en ville
J’habite chez elle.
Je dors dans le bureau.
Il y a de gros travaux dehors.
Le bâtiment est emmailloté jusqu’au toit.
Chaque fenêtre est bouchée par du plastique épais.
Un échafaudage et une seconde peau de plastique nous cachent de la rue.
Sa chambre est nébuleuse et floue.
Dans le bureau je dors. Au pied du fusil mitrailleur je dors.
Des boîtes de cartouches et la mallette en alu. Bien rangés. Je dors bien.
Je pars à l’école chaque matin. C’est tout droit, au bout de la rue d’Anna, tout droit tout au bout, je pourrais y aller d’un coup de tête, si je voulais, plonger par la fenêtre et filer droit d’un jet de pensée.
Puis stopper net juste avant le parc moche de l’église, je tourne à gauche et j’entre dans le quartier de la montagne rouge. A l’école, pour travailler avec une classe sur le thème de la maison.
Ici j’ai opté pour la radio – station russe – pour le son, les voix, la musique. Posés sur la table dans la cuisine.
(…)

J’étale des choses, je laisse toutes mes chaussures dans l’entrée, j’installe le bruit de la bouilloire dans la cuisine et l’odeur du fromage dans le frigo, le couteau dans le tiroir-planche à pain. Habiter là un temps, prendre place, déballer ma valise, disperser mes objets mes papiers sur la table du salon les plans de la ville les livres les tickets de retraits mon cahier la doc les cartes postales graphiques des concerts où je n’irai jamais.
Je ressors les vieux bols chinois en grès lourd et sa tasse préférée que je n’aimais pas tant que ça, les couverts élégants en argent noircis. Je décide que oui cet appartement est occupé, voyez vous même, j’y suis. Il y a ses affaires qu’elle me prête et les miennes qui trainent, la petite théière à nouveau en usage, la vaisselle à faire, le compost à emmailloter – papier journal ou sachet biodégradable pour la biopoubelle.
(…)

Je sors le soir. Dans la pluie et la lumière de la ville. Les reflets des vitrines des coiffeurs. Je sors la nuit pas tard et je déambule je savoure les heures la plupart du temps je savoure.
La solitude peuplée.
Puisqu’il n’y a plus personne dans ma maison je veux qu’il y en ait au moins quand je sors, en bas de chez moi. Elle m’a dit ça le jour où elle a signé pour l’appartement. Je ne comprenais pas. Qu’elle puisse me priver de sa grande maison me semblait impossible.
Comment imaginait-elle ?
Toujours est-il.
Maintenant j’occupe cet appartement.
(…)

J’habite chez elle pour quelque temps.
Je sors le matin je déambule. Les jours sans école je ne dis rien parfois de la journée. J’aspire, j’absorbe, je regarde autour, j’hume la ville exotique lointaine nouvelle incroyable et aérienne. Massive. Et italienne, par ses couleurs.
Larges avenues calmes, lumières démultipliées, trottoirs larges de capitale et la mer au bout, les arbres, la plage à l’ouest, le port partout autour de la ville.
Helsinki est une grande presqu’île, la mer s’infiltre arrose entoure berce et lèche les pieds de granit des bâtiments qui plongent. A la lisière : le socle ancestral la roche mère qui affleure et la mousse silencieuse.
Je savoure, je regarde puis je rentre boire un thé au son de ma station russe préférée. Les reflets doubles aux doubles fenêtres, le ciel étrange de la nuit urbaine, le silence douillet du parquet, le nez sur le bord du matelas, couchée par terre dans le bureau, j’observe le monde souterrain des poussières sous l’armoire.
Le fusil mitrailleur, ses cartouches et son blouson de moto. Des sacs des cartons des affaires, laissés par ma jeune cousine militaire en transit parfois ici elle aussi. Entassés parmi d’autres boites d’autres sacs : les affaires de ma grand-mère. Son élégance, ses tenues, les tissus de soie sauvage satinée, ses draps, ses nappes brodées, mélangés aux chaussettes et aux bandages, aux chiffons délavés, un t-shirt rouge sérigraphié, Petite Muu fronce les sourcils.
Ses habits au rebut résument l’affaire, à l’hôpital on ne s’habille plus.
(…)
auteure pauline sauveur photos Finlande Helsinki nouvelle texte Chez elle

auteure pauline sauveur photos Finlande Helsinki nouvelle texte Chez elle

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Atelier brise-glace / maison d’arrêt – 2

Restitution, moment joyeux.

auteur sauveur pauline photographie FOL18 brise glace écriture atelier

Je suis en avance et passe seule toutes les portes.
J’arrive dans la salle qui nous est ouverte, ancienne chapelle, bruyante parait-il.

Je déroule la phrase de 13 mètres de long et ses mots écrits en atelier, texte collectif.

auteur sauveur pauline photographie FOL18 brise glace écriture atelier

Finalement arrivent les participants et Sophie.
Il y aura eu 5 rencontres pour cet atelier d’écriture.

On installe ensemble les pages, les textes, les brouillons et les photos, nombreuses, de matières à écrire (carrelage, bois du panneau d’affichage, enduit peint, morceau de la fresque, grille et fenêtre…)

Occuper l’espace, s’installer.

auteur sauveur pauline photographie FOL18 brise glace écriture atelier

Puis arrivent les invités, nombreux, les femmes du quartier femmes, une surveillante, la directrice, des visiteurs, l’aumônier, Robin.

auteur sauveur pauline photographie FOL18 brise glace écriture atelier

Et c’est le moment de lire, le brise-glace initial, des textes écrits durant l’atelier et cette découverte, avec la mise en voix de Sophie, quelques pages de Danielle Steel, histoire de continuer à rire des états d’âme de Jessica.

Et chacun de suivre sa curiosité et aller voir de plus près tout ce qui est accroché, avant de repartir avec le livret imprimé d’une flèche verte, c’est par là.

Sophie et Robin travaillent à la FOL18.
Merci pour cette invitation à imaginer un atelier
« exotique » on avait dit, partir d’un espace méconnu, pour base d’écriture…

auteur sauveur pauline photographie FOL18 brise glace écriture atelier

 Et un article :
auteur sauveur pauline photographie FOL18 brise glace écriture atelier
Berry républicain – 25 mars 2015

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Inspiration photo references / Square mag residency

For Square magazine photo residency / dans le cadre de la résidence avec Square magazine

Une idée de la fragilité masculine, d’un temps à part, suspendu… La tête dans les genoux, dans les bras, s’extraire du monde, fermer les yeux, pour réfléchir, dormir, respirer, pleurer, penser, rêver, tomber… S’extraire, se projeter ailleurs…

An idea of male fragility, a moment suspended… The head in knees, in arms, extracted out of the world, closed eyes, in order to think, sleep, breathe, cry, dream, fall… Extracted, for an elsewhere…

Cette photo a été prise durant le workshop Photographie poétique avec Rinko Kawauchi, avec très exactement son Rolleiflex qu’elle a eu la gentillesse de nous laisser dans les mains.
Un grand merci à Arnoldas stagiaire en modèle.
Une photo directement inspirée par celle d’Eric Flogny (présentée plus bas dans l’article)

This picture has been taken during the workshop Poetic photography, with Rinko Kawauchi; and with Rinko’s own Rolleiflex. Thanks a lot to Arnoldas the model !!!
Directly inspired by the picture made by Eric Flogny (just after in this post)

Arnoldas – Pauline Sauveur – 2014

Inspiring photographers, pictures, works…  :

Eric Flogny 

sa série / his work Niinimantie 620

« Niinimaa, petit village de Finlande est le berceau de mon enfance. Espace de mémoire, atelier de recherche, Niinimaa est la clé de l’univers de mon travail. Dans “ Niinimantie 620 ”, je poursuis mon cheminement, en m’effaçant, laissant cet univers à ceux qui l’animent. (…) » – Eric Flogny
Niinimantie 620 – Eric Flogny – 2000

Photo ci-dessus découverte en couverture du roman « Sukkwan island » de David Vann (assez terrible) dans sa version de poche… 
Picture discovered on the book « Sukkwan island » by David Vann

Autoportrait – Eric Flogny – 2000
Qui résonne avec mes propres mots à propos de l’eau des (mille) lacs en Finlande :
« L’eau café, infusée de tourbe, de matière décomposée. Noire aux reflets dorés, sans fond, rochers cachés, inquiétude pour les pieds. Excitation et défis, je plonge ? Non ? Oui ! « 
In relation with my own words telling about the (1000) lakes of Finland.
 » Coffee water, infused by peat, by decomposed material. Black and gold. Bottomless reflections, the hidden rocks, fear for feet. Excitement and challenges, I plunge? No? Yes! « 
– – – 
Identification – Karel Miler – 1973
Close to the clouds – Karel Miler – 1977
« He comments: It is within everyone’s ability to come closer
to the clouds. It suffices to jump a bit. It is not a poetic metaphor, but a
normal, ordinary activity pointing to our limits. » 
Sur-la-table-9

Plat du jour / GIF

Direct en tapant au carreau de la porte arrière du restau.
Elle lui passe nos boîtes vides.
Ils discutent toujours un peu ensemble,
sur le fait qu’il fume trop,
sur sa prochaine recette, à base de bouillie de mégots
du gros bocal qui sert de cendrier et qui prend l’eau de pluie.
Il n’y a plus de viande à la carélienne (gros succès)
Tant pis ça sera de l’agneau.