objets éditoriaux – Château d’Oiron

[Objet Collector] 15 micro-éditions consacrées au projet “La nuit beaucoup” vous attendent à la librairie du monument !

“Comment les obtenir ???

1/ il faut venir sur place

2/ poser cette question en message privé (sur la page facebook du monument) : “quelle est la salle préférée de Pauline Sauveur ?”

3/ donner votre réponse lors de votre venue et vous obtiendrez un exemplaire des trois livrets accompagnés d’une lettre manuscrite de l’autrice.

Ce projet s’inscrit dans la manifestation nationale “D’un monument l’autre, un site un auteur” (partenariat Maison des écrivains et de la littérature et le Centre des monuments nationaux) “

J’ai eu le plaisir d’intervenir cette année au château d’Oiron pour rencontrer et échanger avec des scolaires. Et j’ai écrit un texte spécifique pour le château : La nuit beaucoup.

Trois objets graphiques sont nés de ce projet, prenant la forme de micro-éditions – Conception graphique Geoffrey Saint-Martin.

couverture de “La nuit beaucoup”

texte-collage réalisé à partir des écrits des enfants (sans les modifier)

relevés de textures réalisés par les élèves dans la grande salle d’armes du château d’Oiron

journal – Festival Fotolimo

Tout a commencé jeudi.
Interdite debout dans la rue à 5 h du matin sans la moindre circulation, sans voitures ni piétons dans toutes les lumières ce noir impossible de la ville endormie, j’ai essayé.

Je me disais : alors, aujourd’hui je rate un tgv ?
J’avais un peu de mal à y croire, mais potentiellement c’était là.

Les réservations se faisaient par application et les applications à télécharger ne voulaient pas de mon mot de passe. Seuls circulaient les taxis pleins aux conducteurs qui un à un me faisaient non non de la tête ou de la main à l’index levé devant mon bras qui les appelait et ma mine perplexe. Et ils filaient presque sans bruit les grosses berlines noires. Mais heureusement les pages jaunes et heureusement par téléphone vous êtes dans quelle rue madame ? Le véhicule atteindra finalement avec moi dedans le devant la gare où le métro ne passera que plus tard.

Départ hall deux, mais mon envie d’un café pour la route aura lui aussi mangé des minutes et la vendeuse fatiguée et l’absence de couvercle au gobelet fera que le café s’en ira par terre tout le temps de ma course pour rejoindre le quai. Arriver juste et passer les bornes mon billet en main et longer longer longer jusqu’au bout du train si loin le dernier wagon.
Un sms de Delphine Chevalme me dit qu’on est dans le même, effectivement deux rangées plus loin elle se retourne et à tout à l’heure pour dormir jusqu’à Perpignan où il fait beau. Ça sera une salade chacune et nos bagages et les piquets de bois pour ses drapeaux à nos pieds au café en face de la gare et la musique gitane d’un poste de radio, peut-être pour la manche, un peu plus bas de la place en pente. Puis notre second train jusqu’à Cerbère tranquille.

Débarquées, on sautera direct dans le camion direction l’ancien poste de douane, à la frontière entre Cerbère et Portbou pour attaquer l’accrochage avec l’aide de Carla Yovane Pérez qui a déjà terminé dans les pièces à côté de la mienne.

Sa série a pour sujet les hommes prostitués et leurs clients à Santiago du Chili. Se faire happer par ses images et le silence qu’elles instaurent. Les corps et la chambre et le lit, la lumière à travers les rideaux. Avant ou après la rencontre et l’acte, un bras sur l’épaule, la peau, les regards dans le vague, une main sur la cuisse. Le silence et le souffle, de celui respire, de celui qui s’allume une cigarette. Les bruits feutrés dans l’image font que je mesure mes pas à marcher devant pour les regarder lentement.

Notre lieu est singulier, beau et seul sur la crête de la montagne, tagué, debout face aux deux voies qui vont ou viennent vers les deux villes en contrebas.

Au rez-de-chaussée s’installent les photo-drapeaux de Delphine et Élodie Chevalme, la fiction nocturne sur les toits des immeubles les Éternels. Leurs regards percent l’image. Les corps astronautes dans la nuit de la ville. L’étranger perpétuel renvoyé à ce statut continuel de celui-celle qui vient d’arriver. L’ami sur la première photographie. La fille et sa mère qui se tiennent la main. Tous sont restés immobiles dans les pauses longues de huit minutes éclairés par les lampes torches manipulées à la main par les deux sœurs habillées de noir pour ne pas s’imprimer sur l’image.

Parce que madame Maria nous attend côté Espagne avec une clef pour notre logement on va prendre le camion, monstre docile, pour lequel j’ai eu du mal à défaire le frein à main inversé (coté portière) à en descendre du siège et debout sur la route et des deux bras forcer le soulever d’un cran et l’abaisser enfin pour pouvoir démarrer.

Place de l’église l’escalier étroit dessert notre cuisine et une chambre puis l’autre jusqu’à surplomber la ruelle à l’opposé. Dans le dos plus haut, la montagne sèche et nue et piquante de cactus, la mer à ses pieds le ciel.

Par la suite, on rejoindra le point de ralliement du festival. Se poser au bas de la muraille de la sncf, les briques en arches immenses rebondissent au bord de la ville et soutiennent le plateau des trains des ateliers des voies multiples au-dessus des têtes. L’auvent dans le patio le figuier et les tables en longueur pour partager les repas. Et je souris des deux bassines d’eau chaude sur la table de la cour pour que chacun fasse sa vaisselle, ça me semble si simple pour vivre en commun cette intelligence pragmatique du geste.

Pour arriver au quartier général qui est cet hôtel central, on s’engage dans la rue-canal. J’imagine le torrent en cas de phénomène cévenol. Dans le lit sec tout le monde se gare et attrape un escalier ou un autre, quelques marches et un passage dans le garde-corps plein que condamne un portillon de métal pour canaliser le torrent quand il y passe. En attendant, c’est une rue basse aux trottoirs surélevés bordée de maisons hautes qui continuent de s’accrocher au relief, parées de tous les escaliers de la ville.

Le soir à Portbou la mer est plus proche encore, à portée de main et l’écume blanche se voit sans lumière depuis le café ou le restaurant et leurs terrasses presque désertes. C’est le mois de septembre sans touristes.

Chaque jour on aura nos rassemblements les points de rendez-vous pour se serrer les uns et les autres à l’arrière d’une voiture pour covoiturer et aller d’une ville à l’autre, ou sur un pied s’arrêter sur la ligne au poste-frontière.

Les Français logés en Espagne était la modalité d’un financement qui n’aura pas lieu. Mais c’est si bien de se retrouver là, de cet autre côté de la langue. L’espagnol dans la tête et la voix viendra seulement après deux nuits et deux journées entières à entendre parler pour enfin me passer de l’anglais et du finnois qui arrivent en premier chaque fois.

Vendredi, qui n’est que le second jour alors que je crois être ici depuis déjà si longtemps à en avoir même des habitudes et des visages amis, vendredi, il s’agit de terminer l’accrochage et de prêter la main aux collages de Laetitia Tura aidée de sa fille de cinq ans : on l’aura lavée et frottée cette table pour éviter que la colle ne salisse les images et les textes qui s’enchainent.
Nathalie Lescuyer accroche également ses grands formats dans le couloir et l’escalier et les différentes images encadrées dans la salle du fond. Need, le titre et les quatre phrases de son texte de présentation douces et puissantes comme le sont ses images.

La force. De leurs images, à l’une et l’autre, de cet ensemble qui énonce, comme une terre qui raconte, un corps qui se souvient, une main, un téléphone portable, des silhouettes autour d’un feu de nuit qui apparaissent à peine. Une voix qui dit ou qui se tait et qui montre. Regarde, regarde.

Après la longue matinée on veut manger, affamées qu’on est de n’avoir pas pris de petit déjeuner à en rire à force mais affamées. Et ensuite, avec nos deux heures de libres devant, décider avec Delphine de suivre à pied la route qui grimpe et au détour du snack qui domine la ville sur son flanc droit, se glisser entre la roche et les murs et suivre l’escalier qui mène aux vagues en contrebas. La crique est petite et isolée, de là on peut voir la ville de face installée dans les creux et les maisons qui s’échelonnent autour. De là on a sauté dans l’eau fraiche et si salée de la mer comme chaque fois je le redécouvre. Nager mes baskets aux pieds vu les roches glissantes j’ai préféré.

Ce soir il y a la projection au si bel Hôtel du Belvédère, étrange navire qui au lieu de pointer vers la mer suit les voies du chemin de fer. Le film est beau et le travail des photographes dans le film tout autant, les sujets presque tous terribles comme quelques-unes des facettes du Mexique.

Samedi l’orage de la nuit s’est prolongé de pluie jusqu’au matin. Le ciel se détache de la montagne et descend dans la vallée vers la mer grise. Les couleurs et les matières et les textures humides et sombres. J’ai dormi plus longtemps qu’hier et je souris de sentir le vent et l’énergie des vagues à la fenêtre ouverte. C’est un bonheur d’air frais, une tasse de thé à lire Presqu’îl-e pour la lecture du soir, changer le choix des paragraphes et mesurer la voix, le temps, les pauses et le silence. C’est un bonheur plein et étonnant, je me dis depuis quand, depuis combien de temps n’ai-je pas ressenti cela ? Des années (oh) ? En quoi les choses ont changé pour que cela arrive sans effusion, sans bouleversement ni révélation ni rien d’intempestif, un état, de fait, simple évident et silencieux devant la journée promise de pluie alors que cet après-midi la déambulation traversera toutes les expositions. Un état qui s’ajoute ni plus ni moins à tout le reste connu, identique à hier, exactement, le travail, la tension peut-être, et plus loin les questions et le désespoir face à la noirceur du monde qui est toujours la même et dont je suis tellement protégée, je le sais. Un état qui prend place étonnant que je savoure qui fait de l’air entre les idées et les gestes qui fait la pensée sourire.

À 14 h, conférence de Claire Rodier sur son ouvrage Xénophobie business et le cynisme sinistre mondial et capitalisé. Ouvrir les yeux. Approfondir ce que l’on connait, ce que l’on devine. Une nouvelle parcelle de colère et d’impuissance et seulement cette possibilité d’un peu de connaissance pour au moins être conscient avec plus de netteté.

David del Campo présente également son travail sur la population Yezidi. La carte d’un peuple sans terre, et ce que ça veut dire en images pudiques de rester cinq années une famille entière dans une tente de douze mètres carrés. Vue de l’intérieur, la courbe de l’abri en toile à chaque photographie frontale, une couverture, une banquette, les tapis, un tissu et les plaques d’isolant pour tenir le froid dehors.

La déambulation démarre dans la salle rallumée pour voir Poupées. Les filles les gamines et les jeunes femmes gitanes. Les tallons les paillettes et leur vitalité. Des images puissantes et ambivalentes devant leur liberté qui s’efface le jour du mariage, vers quinze ou seize ans souvent. Une violence sourde et pourtant les sourires et les rires sur presque toutes les images.

Au point librairie je ferai deux dédicaces des Yeux brodés, la photo se trouve sur la couverture uniquement mais ce texte s’échelonne en quinze chapitres comme autant d’images.

La déambulation de lieu en lieu, d’exposition en exposition, on se rend sous la pluie dans le tunnel qui mène à la mer, la fin de la rue-canal se transforme en passage souterrain tagué et squatté espace occupé pas si simple. À côté des images de David Del Campo les lambeaux de l’autre exposition ont été enlevés parce que totalement saccagés. Il ne reste que son double texte de présentation l’un en français l’autre en espagnol, comme nous l’avons tous. Est-ce un hasard que ce soit uniquement le travail d’une femme qui ait fait les frais d’une colère de territoire cette nuit ? Les images poétiques de Beatriz Polo reprendront place dès demain face à la mer sous le regard de ceux qui viendront à la plage.

La découverte se poursuit, avec la présentation par la ou le photographe après un préambule par Patrice Loubon ou Claude Belime, les organisateurs émus et enthousiasmés touchés par ce qu’ils nous font découvrir. Sentir la force qui anime les artistes, leur conviction, le travail et le travail et la somme que cela représente, sentir le temps dans la question de la série, le cheminement, les étapes ou les interrogations.

Arrivés au poste de douane en file de voitures sous la pluie qui continue, les visiteurs envahissement les salles et découvrent la série de Xavi Millan dont une image s’érige seule au-dessus de l’anneau scellé dans le mur de l’ancienne cellule. Les Éternels de Delphine et Élodie, et dans le couloir en boucle la vidéo de Gilles Mercier mêlant images dessins et la voix de sa sœur lisant des brides des lettres de leur grand-père résistant.

Après une forme d’impatience qui est aussi une fébrilité sans être du trac mais une électricité sous la peau j’ai commencé la lecture de Presqu’îl-e avec les mains qui tremblent un peu mais ça ne s’est pas vu m’a rassuré Nathalie. Dire et expliquer, résumer le projet. Puis laisser les images parler. Laisser les autres photographes poursuivent et écouter et regarder mieux encore dans toutes les autres pièces du poste-frontière.

À Portbou la pluie s’est arrêtée et chacun gravit le long escalier qui mène au pied du mur de la Renfe où sont collés d’un côté les grands formats Philippe Petit, Border Line. Sur ses photographies, les corps se dédoublent et semblent disparaitre au contraire des lignes bien visibles qui les traversent.
De l’autre on trouve celles de Philippe Dollo, Aître Sudètes ou l’éloge de l’impuissance, images paysages qui sans bruit formulent un effacement de l’histoire et une persistance pourtant, de trace en trace, un lien qui se déroule qui persiste. Jusqu’à atteindre ce couple venu à Portbou justement le jour du collage, dont la femme est allemande et qui viendra et reviendra voir et dire comme ces photographies s’adressent à elle aussi qui racontent l’histoire de son père.

Puis les images d’ombre aux visages clairs d’Anne Sophie-Costenoble et plus loin, s’avancer entre les étals des halles de la ville pour le travail de Camille Carbonaro accroché aux murs carrelés de blanc d’un emplacement laissé libre. Découvrir Appelez-moi Victoria en autofiction en image et en mots, de page en page de collages en photographies d’identité. J’avais fixé en arrivant et en grand dans les couloirs de la gare une de ses photographies sous le pictogramme des escaliers desservant à droite et à gauche deux quais, matérialisant la question qu’elle se pose dans son livre.

Et enfin la présentation du lien rouge qui traverse et relie les deux villes de Ning Zuohong, en chinois simultané français et espagnol. Le fil qu’il installe et qu’il prolonge de lieu en lieu et de poignet en poignet à tous les présents au festival qu’il vient relier d’un bracelet ficelle.

Et enfin se mettre dans la nuit en terrasse rincée de pluie aux chaises qui s’égouttent et tout le monde sourit une bière devant soi.

Plus tard c’est la soirée au poste de douane où se réunir à nouveau à parler fort dans la musique. Manger boire dedans ou dehors juste sous la photographie des oranges étalées sur la table, l’une de mes images en grand format qui se superpose aux précédentes des éditions passées.

Pour finir un sandwich généreux au dernier café ouvert de Portbou la tablée joyeuse et le bruit des vagues.

Dimanche je range ma chambre je débarrasse le linge et refais ma valise. En fin de matinée je retourne voir certaines expositions. Puis lectures de portfolios. Inscrite à deux lectures j’ai décidé de montrer seulement la série Presqu’îl-e dans l’idée de poser la question du prolongement de ce projet multiple. Il y a le corpus de photographies et même cette seconde série que j’appelle complémentaire qui pourrait s’y glisser (dans quelle mesure ?) en apportant des temps de pose, de respiration, un éloignement du sujet du changement de genre, vers d’autres références. Il y a le texte de la taille d’un petit roman, qui se déploie presque entièrement à la première personne, pour ses paroles comme pour mes propres réflexions sur le travail de création et ma manière de photographier, sur les enjeux, sur les questions que je me suis posées progressivement sur le genre, les injonctions, les perceptions. Et enfin, la pièce de théâtre que j’ai adaptée de mes notes, de toute cette histoire, pour proposer deux personnages, il et elle, peut-être les deux voix d’une même entité, et le double, la question du double et du dialogue, intérieur ou pas.

La suite du temps de libre dans le vent frais qui traverse les rues, j’ai suivi les escaliers et sur un muret je me suis assise en surplomb de la baie. Je suis attachée aux rivières et à l’eau des lacs ou des ruisseaux, terriblement, aux arbres, aux arbres nom de nom et aux forêts, qui manquent cruellement ici. Regarder la mer et sentir la force des éléments, entendre et regarder les vagues.
Je ne savais pas que j’aimais ça. Autant.

Et à la tombée de l’après-midi dans la gare presque vide j’ai attrapé le train de nuit qui traversera l’averse proche à mesure que les lumières allument les villes.

Ci-dessus, photographies de Alejandro Pérez Álvarez (Fotolimo 2018).
Toutes les autres photographies : Pauline Sauveur, sauf les six images de la lecture : Philippe Dollo, que je remercie !

Festival Fotolimo quatrième édition
entre Cerbère (France) et Portbou (Espagne
du 20 au 29 septembre 2010

Organisé par Negpos / Patrice Loubon
et Lumière d’encre / Claude Belime

Les artistes exposés à Fotolimo :

Angeles Alonso (France, Mexique)
Camille Carbonaro (France)
Delphine et Élodie Chevalme (France)
Anne-Sophie Costenoble (France)
Philippe Dollo (France)
Pascal Fayeton (France)
Nathalie Lescuyer (France)
Gilles Mercier (France)
Richard Petit (France)
Pauline Sauveur (France)
Zuohong Ning (France, Chine)
David Del Campo (Espagne, Madrid)
Xavier Millán (Espagne, Catalogne)
Beatriz Polo Iañez (Espagne, Baléares)
Neus Solà (Espagne, Catalogne)
Lætitia Tura (France)
Carla Yovane (Chili)

et Claire Rodier, juriste au GISTI (Groupe d’information et de soutien des immigrés), et co-fondatrice du réseau euro-africain Migreurop.

Et un vrai et très très grand merci
à toute l’équipe du festival pour leur accueil si chaleureux,
joyeux et facile, efficace et attentif !

Retour au mitan – avec Pascal Osten

Rivière et cailloux – photographie Pascal Osten

“Est-ce que la rivière est un corps qui court?
Est-ce que la surface est l’enveloppe de nos muscles liquides, le lit du ruisseau nos os immergés?
Est-ce que je respire mieux sur ses berges, sous cette pierre humide?
Peut-être que le gravier d’or est un trésors à l’envers?
Peut-être que ce qui le recouvre parle du soin qu’il a fallu pour l’habiller? Délicatement l’envelopper puis le porter puis l’enfouir ou lui donner l’élan et souffler dans l’air frais de la forêt à courir autant?
Debout sur un rocher qui écoute, à l’affût les pieds nus sur la poudre du sentier et ses feuilles sèches? 
Peut-être que le trésor inversé est un don muet, un cri sourd et qu’il nous ramène dans les bois écouter le bruit qu’il fait en trouvant sa place?
Peut-être que ce trésor est plus grand encore quand il se perd, dans la fragilité de la mousse, l’ombre du sous-bois, l’eau glacée du ruisseau, dans l’immensité de la nature qui nous est liée?
Peut-être est-ce tout cela à la fois.
Sûrement qu’il nous faudra être attentifs. 
Probablement qu’il nous sera précieux.
Peut-être qu’il s’agit de trouver le chemin qui nous manque ?”


Pauline Sauveur,
9 septembre 2019

cailloux dorés – photographies Pauline Sauveur

“Les graviers sont dans ma main. Je vais les lancer ici ou là, doucement. Je vais les déposer, les « ricocheter » au mitan d’eaux que je crois connaître. Encore que?

L’or qui les recouvre ne résistera pas à la caresse froide et rythmée du débit des ruisseaux et à peine plus longtemps aux courbes, aux boucles obstinées du courant des rivières. Précieux et mou à la fois, le métal va petit à petit se décoller en de minuscules paillettes qui chatouilleront le ventre de nacre de truites posées au creux des gravières. Nous leurs devons tout cela n’est-ce pas?

Retour au Mitan est une exploration, un chemin pris en tout sens interdits, une pratique du contre-orpaillage, une expédition de trésor rendu, l’idée d’une fortune faite et de suite abandonnée. Pendant des siècles, toujours maintenant, les rêves de quelques-uns sont trop souvent devenus le cauchemar du plus grand nombre. Il fait chaud cet été. Les graviers sont dans ma main, il est grandement temps de rendre ce que nous n’avons jamais cessé de prendre.”


Pascal Osten
1er octobre 2019

Ce travail est également à découvrir sur le blog Du Bruit Dans l’Atelier avec ses étapes préparatoires et ses échappées dans la forêt et des images de rivière.
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Rivière et cailloux – photographies Pascal Osten
Rivière et cailloux – photographie Pascal Osten
Rivière et cailloux – photographie Pascal Osten

Intervenir

Texte écrit à l’intention des architectes et des professionnels travaillant en lien avec le patrimoine, dans le cadre d’une formation à la sensibilisation du jeune public.
Formation menée en 2018 par le CAUE du Doubs, le CAUE de la Nièvre, et l’association Pixel, qui devrait se renouveler au second semestre 2019.

« Intervenir :
Agir, prendre part à une action.
Se mêler d’une action, d’une situation en cours,
en vue d’influer sur le cours des évènements (…) »
Larousse.fr

C’est être invité, être un élément étranger dans un milieu donné.
C’est l’occasion d’une rencontre dans un cadre spécifié, organisé.
C’est revendiquer une place particulière, ni enseignant, ni animateur, ni prestataire de service, qui nécessite d’être pédagogue et pédagogique, à chaque étape.
C’est venir avec son propre bagage, au service d’un projet, d’une idée, pour accompagner un groupe dans une approche de la notion d’architecture, de patrimoine, d’espace.

Et parce qu’on ne donne généralement que des conseils que l’on aurait aimé recevoir soi-même, voici quelques points que j’aurais voulu avoir en tête lorsque j’ai commencé à intervenir auprès de jeunes élèves.

Les enjeux :
Il s’agit de partager, d’apporter, de porter, soutenir, impulser : un regard, une sensibilité, une préoccupation par rapport à l’espace et au bâti, suivant un projet définit (une thématique, un lieu, une ville, un quartier, un monument, un bâtiment spécifique, etc).

Les moyens :
Notre pratique professionnelle, nos centres d’intérêt.
Et les moyens décidés en amont.

L’interlocuteur :
Privilégier une personne bien identifiée représentant la structure qui a la charge du public (centre social, accueil périscolaire, établissement scolaire).

Le cadre :
Préciser et mettre au point en partenariat avec la structure :

  • Statut de l’intervenant.
  • Nombre d’enfants, d’ateliers, d’heures d’intervention.
  • Durée globale, calendrier et date de restitution.
  • Condition de restitution (forme, enjeux, ouverture au public, invitations).
  • Conditions matérielles : rémunération, prise en charge des trajets, repas, hébergement éventuel.
  • Prise en charge du matériel, des fournitures nécessaires.
  • Précisions concernant les conditions et facilités sur place (photocopies, prêt de matériel).

À bien évaluer également :

  • Temps de préparation
  • Réunions préalables
  • Temps de recherche et documentation
  • Mise en place et création d’outils spécifiques ou adaptation d’outils existants.
  • Temps de préparation avant chaque atelier
  • Traitement des éléments suite à chaque rencontre (traitement des photographies, des éléments produits, fichiers, documents…)
  • Préparation de la restitution (complément éventuel, plan d’accrochage, cartels, notes explicatives, invitations ?)
  • Temps d’accrochage (doubler l’estimation !)

Le choix des mots :
pour moi :
Un atelier (n’est pas un cours)
Un intervenant (n’est pas un animateur)
Une restitution (n’est pas nécessairement un rendu)
Une contrainte : oblige et interdit, laissant ensuite le reste libre
Une consigne : peut amener à ce que chacun arrive au même endroit, au même résultat.

L’ouverture :
Il me semble impératif de donner à chaque fois une vraie place à ce qui arrive, ce qui n’était pas nécessairement prévu, aux réponses, aux questions, aux intuitions, aux trouvailles des enfants, des participants.

Les difficultés :
Une piste pour dépasser les difficultés éventuelles est de toujours revenir aux fondamentaux : à ce qui a été défini, à ce qui vous porte (sujet, approche) et aux élèves. Se rappeler que l’on est un intervenant avec un but, si les conditions sont ouvertement remises en cause (abandon, désintérêt, mauvais accueil) se rappeler que l’on peut stopper une action, un atelier.

La restitution :
C’est un moment privilégié, pour mettre en valeur le travail réalisé mais aussi les tâtonnements, les essais, les recherches, les brouillons. Ne jamais hésiter à exposer les brouillons ! Pensez à ouvrir plus largement la restitution : visite par les autres classes, par les parents, ouverture au public, faire faire des visites guidées par les élèves…

Le caillou dans la chaussure :
ou la vertu du corps étranger, qui est un élément spécifique, qui étonne, inspire, dérange, perturbe, nourrit.

Il s’agit de s’engager avec un groupe dans une approche de l’architecture (du patrimoine, de l’environnement, de l’urbanisme) pour s’emparer, mettre en valeur, s’amuser (s’amuser !) détourner, faire fructifier, amplifier, suivre, poursuivre ce qui ressort des ateliers, des réflexions, des connaissances, des propositions.

À garder sereinement en tête : dans la chaussure, le caillou gêne immanquablement à un moment ou un autre. On peut être confronté au fait qu’on dérange (ponctuellement) parce qu’on est invité, qu’on est étranger à la structure qui accueille, parce qu’on a des privilèges (accès aux photocopieurs, aux fournitures, à un budget transport, à une salle) parce qu’on a un soutien spécifique pour travailler en demi groupes, parce qu’il peut y avoir de la lassitude, des questions, des inquiétudes, parce que les modalités sont différentes, parce que le résultat est inconnu et pour une part imprévisible.

Rassurez-vous et rassurez autour de vous : ce sont ces mêmes caractéristiques qui en feront un projet intéressant, une rencontre marquante, une intervention réussie.

Et bons ateliers  !”

Lire – d’un monument l’autre

“nous sommes entrés les uns après les autres l’ouverture était mince mais suffisante et l’air sifflait tout autour il s’agissait de nous protéger du gel du froid qui pénètre les os de la neige qui tombait déjà qui tombera les jours prochains comme chaque fois comme chaque année il s’agissait simplement de ça mettre à l’abri les plus jeunes les plus faibles les plus vieux ceux qui étaient épuisés les blessés et tout le reste du groupe nous étions devant et autour et sur les flancs en bordure nous étions aux marges et à l’avancée aux arrières et sur nos gardes il fallait se relayer les premiers étaient venus en éclaireurs ils avaient réussi franchi l’ouverture avec précaution
(…)”

Extrait de mon texte “La nuit, beaucoup”

D’un monument l’autre, un site, un auteur.
Un auteur, un texte, un monument, et une lecture commune ce jeudi 13 juin à 18h00, pour partager les textes écrits pour chaque site.

Très heureuse de lire aux côtés des auteurs présents : Daniel Arsand, Nicole Caligaris, Fabienne Jacob, Christine Montalbetti, Jean-Pierre Ostende, Marc Pautrel, Jérôme Prieur.

J’ai eu le plaisir de découvrir le château d’Oiron et d’en faire le décor accueillant les personnages du texte, invitée par la MEL, maison des écrivains et de la littérature et le Centre des monuments nationaux.

A découvrir ce jeudi 13 juin à 18h
à l’Orangerie de l’Hôtel de Sully,
au 62 rue Saint Antoine, Paris 75004

Attention :
réservation nécessaire au 01 55 74 60 91
ou par mail
à n.georgepicot (at) maison-des-ecrivains.asso.fr

Au plaisir de vous y rencontrer !

Complément du 20 juin 2019 :
Quelques images de la lecture passée
!

Merci à Carine Guimbard, administratrice du Château d’Oiron pour ces photographies !


Et quelques unes de mes images du Château d’Oiron :

Les arbres sont des marcheurs lents

Les arbres sont des marcheurs lents dans l’hiver aux feuilles caduques. Leurs branches secouent le vent froid et la nuit blanche de brume.

Ils savent les chemins hésitants et le bord des routes qui s’allume un instant sous les phares d’une voiture sur la nationale déserte. Ils connaissent les pas isolés de ceux qui sur le bas-côté, doucement avancent et insistent, qui explorent le trajet en train de se faire, celui qui toujours reste à faire, un jour après l’autre, un pied ou l’autre, devant.

Les arbres sont des marcheurs lourds qui dorment comme les chevaux, debout.

Puis ils avancent et relient leurs aires et leurs territoires de broussailles, à l’ombre ou sous la pluie, par delà les champs invisibles de neige, ils poursuivent les méandres et brodent les contours flous du paysage.

Une silhouette s’éloigne, dos droit sous la tempête qui redouble et martèle. Elle ignore la pluie qui s’engouffre et balaye, elle ignore la neige. Puisque chaque fois l’orage s’éloigne et finit, puisque le vent s’essouffle et caresse et termine enroulé aux brins de laine à ton cou. Ce qu’il en reste de froid t’accompagnera demain au soleil de février

Hêtre vivant – de François Dejardin

Sur la vitre de la portière, les gouttes s’écoulent aux jointures des doigts de ma main posée là, un appui avant le noir, un abri, un visage, peut-être une envie. Et l’eau froide glisse dans ma manche. Faire une pause sur le parcours, une étape, un répit, de quoi en fumer une et arrêter de penser, à nouveau s’astreindre au vide, reprendre l’élan et ne plus y penser, aller de l’avant.

Je vois le ravin au loin qui longe un bois au sommeil léger, à la sortie de la ville, il succède aux jardins clôturés des lotissements vides à la tombée du soir, les volets fermés pour la plupart. Il y avait là-bas, seule grande ouverte, la bouche noire de la porte absente de la maison en chantier sur une parcelle, au fond. Elle aura la vue belle sur le marronnier et le bout du chemin qui se perd dans un virage.

Les arbres sont des marcheurs aux ailes déployées qui annoncent l’air frais et notre essentiel besoin de respirer. Dont la trace persiste au-delà des yeux.

Les arbres sont des marcheurs endurants qui nous regardent suivre une idée peu claire. Leur bruissement ténu nous l’assure. Ils observent nos efforts fragiles et nos traces inaudibles qui s’additionnent. Ils savent combien les sentiers se travaillent, se prolongent et se croisent, ils savent comme se construisent les jours à venir. Et avec la douceur du couchant chaque fois, ils reconnaissent quand vers le Nord c’est l’été.

Pauline Sauveur
le 5 mai 2019

Merci à François Dejardin pour cette belle invitation à écrire un texte à partir de ses photographies et dessins réunis pour cette exposition à la Traces Galerie, à Liège (Belgique).

Le site de François Dejardin : http://polykrom.be/

Corps en échos – rencontres

Lire. Lire parce que c’est ça, inviter une autrice. C’est des mots des textes et l’envie de les partager. C’est l’occasion de dire, comme chaque fois en préambule, installez-vous bien, confortablement, oui, même la tête sur les bras si vous voulez, on pose tout et je vous lis quelque chose. Un extrait de mon journal de résidence, un extrait de Un monde_Tir à vue, et d’autres encore.

Pour la suite, il y a chaque fois deux sacs remplis des livres que j’aime, souvent de photographes, d’artistes, qui parlent (oui les livres parlent, au moins autant, et mieux que moi bavarde) de démarche, de projets fous, de recherches, aussi d’architecture ou de dinosaures. Des livres avec de l’image, qui sont souvent les premiers car la découverte est plus rapide et le temps toujours compté.

Puis, pour la seconde rencontre dédiée à l’écriture, des livres presque exclusivement littéraires. Dont j’aurais voulu, aimé, lire un extrait de chaque, pour le plaisir des mots en bouche, pour la jubilation, la surprise, pour tout ce qu’ils ouvrent de portes et de questions, mais définitivement, le temps est compté.

écrire
avec la contrainte de début de phrases imposés
ici
là-bas
sur le mur
et puis
dans la pièce
dans l’idée
malheureusement
soudain
heureusement
finalement
lire
(à leur tour)

Alors des livres, de la littérature et un peu d’autres choses (toujours tricher).
Et le silence gourmand comme l’heure des frites à la cantine, que l’assiette est pleine et qu’on a faim, le silence de ceux qui plongent et savourent.
Dans quelques instants les entendre murmurer oh mais c’est bien, s’exclamer, se lire une phrase, rire et partager entre eux, ceux qui n’aiment pas auront la délicatesse de ne pas le dire à haute voix, d’autres échangeront rapidement leur livre, certain.e.s notent un titre, un auteur, une autrice.

Télescopages – Fabienne Yvert – éd. Attila
Lettre ouverte au banquier séquestré dans ma cave depuis plusieurs semaines – Eric Pessan – éd. Le Réalgar
Que faire des classe moyennes – Nathalie Quintane – éd. P.O.L
Le livre d’un été – Tove Jansson – éd. Albin Michel
Construire en habitant – Patrick Bouchain et Exyzt – éd. Actes Sud
Courir – Jean Echnoz – les Éditions de minuit
Ab absurdo – Marc Dubuisson – éd Lapin
Joconde jusqu’à 100 – Hervé Le Tellier – éd. Le Castor astral
Pourquoi je n’ai écrit aucun de mes livres – Marcel Benabou – éd. Le Seuil
Écrire – marguerite Duras – éd. Folio
La belle et la bête – Jean Cocteau – éd. du Rocher
La tristesse durera toujours – Yves Charnet – éd. La Table ronde

Projet avec le lycée Alain Fournier et la classe prépa art. ou CPES-CAAP – Classe préparatoire aux études supérieures – Classe d’approfondissement en arts plastiques, dans le cadre du programme Viva Leonardo Da Vinci ! 500 ans de Renaissance(s) en Centre-Val de Loire.

500 ans de Renaissance – rencontre 1

Un projet qui s’inscrit dans le temps, c’est le cas de le dire, pour travailler à partir d’un bâtiment emblématique de la Renaissance à Bourges : l’Hôtel Lallemant et à partir d’une dessin encore plus emblématique, le croquis de l’homme de Vitruve de Léonnard de Vinci, ainsi que ceux dessinés par Dürer.

Soit, le corps et l’espace et l’envie immédiate de continuer ce que j’ai pu commencer dans une série comme le Petit déjeuner, ou les Chaises.
Un corps dans l’image et dans l’espace, dans le cadre de la photographie, déterminé par l’appareil, par le geste de photographier cette relation.

Visuel pour le projet à partir d’une photographie de la série Le petit déjeuner avec Laurent Herrou et une vue de l’Hôtel Lallemant.

Dans l’escalier central, hélicoïdal,
pour la colonne vertébrale que c’est chaque fois, pour un bâtiment,
et l’ombre de l’écrivain, Laurent Herrou,
et la pesanteur inversée.
Presque un programme.

L’homme de Vitruve – Leonard de Vinci (vers 1490)
Autoportrait – Albrecht Dürer (1500)


Et cette image que j’aime,
depuis qu’il me l’a montrée,
m’expliquant qu’il l’avait réalisée la veille,
le soir, une fois les enfants couchés.
Sacred heart – Tomaz Szrama (2012

Sacred heart – Tomaz Szrama (2012)


Et commencer par la visite : )

Dans la cour (basse) de l’Hôtel Lallemant à Bourges.


Le titre et l’idée du projet :
Corps en écho – De l’Homme de Vitruve au corps intime et contemporain


Ravie d’avoir été invitée à mener ce projet, par le lycée Alain Fournier, avec la classe prépa art. Classe répondant au doux nom de CPES-CAAP – Classe préparatoire aux études supérieures – Classe d’approfondissement en arts plastiques.
Et de pouvoir compter sur la complicité des musées de la ville et du service patrimoine de Bourges.
Le tout, dans le cadre du programme
Viva Leonardo Da Vinci ! 500 ans de Renaissance(s) en Centre-Val de Loire.

Écriture et châteaux

“nous étions devant et autour et sur les flancs en bordure nous étions aux marges et à l’avancée aux arrières et sur nos gardes il fallait se relayer les premiers étaient venus en éclaireurs ils avaient réussi franchi l’ouverture avec précaution c’était la première fois ils s’étaient frayés un chemin jusqu’ici les occupants d’avant semblaient s’être évanouis depuis longtemps il n’en restait rien aucun signe aucune présence même leur odeur avait disparue alors les premiers des nôtres s’étaient aventurés
(…)”

C’est un vrai plaisir d’être invitée* à écrire avec le si beau point de départ que représente le Château d’Oiron.

Découvrir le lieu la pierre les colonnes les voûtes la masse d’air sous les plafonds majestueux et la lumière qui traverse les vitraux. Se retrouver confrontée à l’exposition Curios&Mirabilia. Les œuvres faites à la mesure des pièces immenses ou des petits cabinets de curiosité qui s’étagent en demi-niveaux au bout d’escaliers en bois.

*Invitation faite par la Maison des écrivains et de la littérature et par le Centre des Monuments Nationaux.

poésie à la radio

ou comment raconter les phases déclic et oublier un chanteur
indiquer de la pop dépressive et se dire qu’il n’y a pas que ça
lire des extraits
lire Je suis un écrivain de Laurent Herrou
lire Le livre d’un été de Tove Jansson
et lire Les yeux bordés

et remercier Carole Bijou pour cette belle émission d’une heure qui passe trop vite qu’elle appelle la poésie débouche sur radio Canut à Lyon

Les yeux brodés
collection Marges

toujours disponible aux éditions Jacques Flament :
http://www.jacquesflamenteditions.com/349-les-yeux-brodes/

Lecture au café Cassiopée – Paris

” Dehors, de l’air. Dehors, c’est presque l’été. Chaque plante sait se qu’elle a à faire, chaque animal aussi je suppose, mais le trèfle est moins farouche et se laisse observer sans ciller si je bouge. Je scrute entre les orteils peut-être la chance a quatre feuilles ?
(…)”
Les yeux brodés

préface de Laurent Herrou
éditions Jacques Flament, 2018

Lecture
jeudi 6 décembre à 19h30
au Cassiopée Café

21 rue Custine
75018 Paris

En exposition, les photographies de la série Chez elle

Chez elle, qui est aussi un livre
aux éditions Littérature Mineure de la belle Maison Dagoit

 

la poésie débouche – radio

Très heureuse et curieuse de cette prochaine rencontre, invitée par Carole Bijou pour son émission la poésie débouche, qui passe sur Radio Canut, basée à Lyon, 102.2 FM.

Ce sera vendredi 30 novembre pour une heure de direct, de 15 à 16h.

Il m’aura fallu trouver (choisir !!!) deux musiques (et pas trois, dix, vingt six) et deux extraits de livres (fichtre!!!) ce que j’ai dû me résoudre à faire, in extrémis.

Pour des mots dans les oreilles, rendez-vous vendredi , avec dedans même un extrait des yeux brodés.

Et pour ceux qui auraient piscine, cantine, Martine, tartine, routine, bref qui ne pourraient pas, l’émission, comme toutes les autres est ensuite archivée sur la jolie page de l’émission : La poésie débouche

à bientôt !

Les yeux brodés – avis

Trois avis sur Les yeux brodés !
Trois fois merci !

Merci à Jean-Paul Gavard-Perret pour son article sur le livre,  sur le site lelitteraire.com

“Le corps est omni­pré­sent mais sans être « matière » à exhi­bi­tion. S’en per­çoivent les effets de pro­fon­deurs, de sur­faces, de lignes et pers­pec­tives Existe une sorte de dérive urbaine là où « la petite » est qui elle fut, ce qu’elle devient. La créa­trice nous ramène à des points de jonc­tion et d’achoppement, sans lamento mais selon des rafraî­chis­se­ments à la mémoire de la rai­son de vivre ou de ten­ter de le faire.
L’écriture dans sa ténuité inci­sive et alerte crée un che­min qui balance entre la brû­lure des ronces morales et la nudité du soleil rêvé. Il fend la nuit du passé et l’auteure l’élucide dans la lumière du pré­sent. Là où tout fut pour l’enfant obs­cur et résis­tant, Pau­line Sau­veur l’érige en une trans­pa­rence — ce qui ne veut pas dire que l’écriture la sauve pour autant. La lit­té­ra­ture semble deve­nir un art aussi rupestre que contemporain.(…)”
Jeau-Paul Gavard-Perret
lelitteraire.com
21 septembre 2018

Les yeux brodés
préface Laurent Herrou
Jacques Flament Editions

Le livre, aux éditions Jacques Flament

**********

La publication de Moonpalaace,
blogeuse sur Instagram

25 septembre 2018

Je croule littéralement et avec bonheur sous les lectures de la sélection Elle.Quand Pauline Sauveur m’a proposé de m’envoyer son livre, j’avoue que j’ai hésité à en rajouter un à ma débordante pile…

Après une rapide visite à son blog, j’ai été intriguée et charmée par le choix des mots et des images. Pauline est auteure, photographe et architecte.
Alors j’ai ouvert la version numérique du livre qu’elle m’a offert, et puis j’ai été happée par son écriture, à la fois intrigante et infiniment poétique…

Le court texte mène le lecteur sur un chemin mystérieux, ou tel le Petit Poucet, il recherche des indices, les assemble et devine à travers la forêt le sentier onirique dessiné par l’auteure. Ce chemin, ce pourrait être celui d’une libération, celui d’un être sensible qui parvient à se défaire petit à petit des entraves de sa vie, ou tente au moins de les mettre à distance.

J’aime les mots qui sonnent, qui ont cette résonance bien au-delà de la page, que l’on prend plaisir à dire autant qu’à lire…

Et chez pauline_sauveur , les mots ont trouvé leur juste place : l’un appelle l’autre tout naturellement, ils résonnent entre eux.
Cette prose poétique gagne encore à être lue à haute voix…Ces mots disent l’incompréhension du monde, la difficulté à grandir, à être soi, à être mère, la souffrance, la vie, la mort.

Ce livre, c’est une nuée de mots qui s’assemblent pour former tels des oiseaux dans les airs, un dessin harmonieux dans le ciel du récit…

Merci Pauline pour cette poétique surprise.
Quelqu’un qui vous offre ses mots… quel plus beau cadeau ?

Morceau choisi :
« La route s’enroule sous les arbres, il ne me reste que le pont, petit pont de bois et la forêt à traverser. (…)
En fait, ce n’était pas un pont, juste une tuile. La tuile. Fine et croquante, dorée aux amandes. Délicieuse. Quelle idée de marcher dessus, on devrait pas marcher sur des biscuits, non plus. Tout a craqué , simple, net, immédiat. »”

**********

Et enfin l’avis de Sandra Knafo
également blogueuse sur Instagram

Le 26 septembre 2018

“C’est avec une vive curiosité que j’ai lu Les yeux brodés. Comment ne pas être intriguée par ce titre qui nous fait de l’œil ?

Un titre élégant tout en couture. Il s´agit d´un recueil initiatique et délicat en équilibre entre éclipse et lyrisme. Portée par une jolie plume gracile, l’auteure Pauline Sauveur dévide le fil de certains souvenirs, une liste de courses, les doutes, la souffrance, l’abandon, les craintes face à la maternité, tout en cherchant la juste place dans sa vie.

On lit et on écoute avec avidité et admiration ces mots sonores oui sonores qui s’échappent de la bande son de chaque phrase. Une jolie résonance poétique à lire!!! Je ne sais pas pourquoi le choix gracieux des mots les définissant et les identifications associées m’ont parfois fait penser à Marcel Duchamp.

#alire #arelire
Merci encore à #paulinesauveur pour m’avoir envoyé ce recueil qui m’a infiniment touchée.
#rentreelitteraire #bookstagram
#bookstagrammer #alireavoixhauteaussi “

Merci !!
Merci !!
Merci !!

Lecture – Les yeux brodés

Préparer avec grand plaisir
la première (et la deuxième) lecture
des Yeux brodés

Deux rendez-vous une après midi

dimanche 25 novembre
à 15h30
puis à 16h30

au Café Librairie de Sancerre
4 rue de Trois Piliers
18300 Sancerre 

Les yeux bordés
préface Laurent Herrou
editions Jacques Flament

 

Et exposition photo de la série Chez elle
qui existe aussi sous la forme d’un petit livre élégant

Chez elle
éditions Littérature Mineure / Maison Dagoit

le quotidien exotique ?

Préparer la conférence sur cette notion, cette nuance, du quotidien banal mais en léger décalage, exotique pour ça : ses distortions et ses différences.

Une présentation sensible et non exhaustive de la façon d’habiter en Finlande, en écho avec nos manières de faire en France.

Ce sera le mardi 25 septembre au CAUE de la Nièvre, à 18h00
3 rue des Trois Carreaux à Nevers (58000)

Le quotidien exotique ?
Redécouverte de l’espace et des objets quotidiens par le dépaysement

Il y aura des photographies et du craque-pain,
et suivant la vitesse de livraison des rennes du père Noël avant Noël, il y aura du salmiakki (réglisse salé) !!!

Sujet programmé dans le cadre du Mois de l’architecture :
Renseignements au CAUE 58.

Et si vous voulez savoir ce qu’est un CAUE (Conseil d’architecture d’urbanisme et de l’environnement) c’est tout bien expliqué là :

Si vous voulez le programme complet pour le Mois de l’architecture en Bourgogne Franche Comté sur le site de la Maison de l’Architecture de Bourgognes

En forme de mise en bouche, de miniardises ou d’échauffement, se pencher sur la question des chaussettes de laine et sur les gants de cuisine.
S’occuper des unes et des autres, comme un préambule physique et manuel au sujet : réparer à la sauvage et à la machine à coudre 13 paires de chaussettes tricotées. Puis confectionner deux gants de cuisine pour protéger les mains des futurs plats chauds.

 

Choisir deux tissus Marimekko :

Tissus qui bordait le tour de mon lit d’enfant.
Modèle Lovelovelove de 1969
par Maija Isola :

Et le plus récent modèle “Purnukka” de 2008
(qui désigne affectueusement les bocaux de cuisine)
par Erja Hirvi 

Les yeux brodés – parution

Très heureuse de la parution de ce livre, Les yeux brodés, aux éditions Jacques Flament qui avait déjà publié mon livre photo Deviens ce que tu es, en 2017.

L’enfance ressurgit.
D’un balcon haut perché je regarde les voitures les lampadaires, arrive un bus de transport scolaire qui se gare et déverse ses enfants, fin d’une journée d’école. J’ai deux ans et demi et je crie « Z’enfants ! Je suis là ! » Tous ces copains qui viennent pour moi ! Alors je ne comprends pas qu’on me sourit, qu’on referme la porte derrière moi, qu’on m’explique que ça n’est pas le cas. J’ai pas crié assez fort ? Je suis trop petite pour qu’ils me voient, ou alors ça ne leur dit rien ? Je ne suis pas sûre que ce soit juste parce que je suis trop loin. Qu’est-ce qui prouve que je n’y suis pour rien ?
(…)

Ce texte court se compose de 14 chapitres et d’un happy-end, précédé de la préface, aux mots précis et nets, de Laurent Herrou, que je remercie encore pour cette introduction, qui questionne plus avant, qui continue dans un même élan la recherche déjà au coeur du livre.

Naître ou ne pas naître, telle serait la question. Si la question était posée, de cette manière-là. Mais Pauline Sauveur se moque des questions. Littéralement — dans le très beau chapitre 8. Elle les dépasse et se dépasse. Elle plonge, elle avance, elle se perd, elle se noie, elle trébuche, elle s’emporte, elle marche, elle se reprend, elle confie, et confiture aussi, elle ne cesse pas. D’être, de naître, de ne pas naître. De ne pas n’être ? En double négation qui perdrait le sens tout en le révélant, autrement, une fois de plus. (…)
Rencontrer Pauline Sauveur, sa voix, son écriture, c’est entendre l’écrivaine. Dans son débit, dans son flux, dans le flux et le reflux, dans le sang qui pulse et celui qui s’écoule, dans les bras qui enlacent embrassent flottent à la surface ou s’y agitent, disparaissent et repoussent, dépasser le visage sage de la petit fille et affronter la femme qui se cache derrière, rencontrer Pauline Sauveur, sa voix, son écriture, c’est comprendre peut-être, ne serait-ce qu’une fois, que l’écriture ne se lit pas seulement : elle s’entend, elle se dit, elle vous parle, elle te parle.

Laurent Herrou Villequiers, le 2 août 2018.

Et pour accompagner les 30 premières commandes, j’ai préparé un tirage de la photo de couverture, que l’éditeur se charge de joindre avec plaisir aux premiers livres.

Etiquette au dos des photographies, tapée à la machine dont il aura fallu ré-encrer le ruban, avec gant et patience et tampon encreur (méthode artisanale).

 

Et le sous-titre révélé :

le livre est disponible sur le site de l’éditeur :
éditions Jacques Flament

Collection : Marges
Parution : août
Pages : 78
Format : 130 x 200 cm
ISBN : 978-2-36336-368-8
Prix : 10 €

 

Lecture anima

Lire
Lire anima

ce jeudi 28 juin 2018
à partir de 18h30
au château de Villequiers (18)

Là où notre collectif * Public averti, en de nombreuses occasions, a pris place (expositions, lectures, performances, installations…)

“Vous partez ou vous venez chercher quelqu’un ? demande Roland.
Avant ça, il a sorti un portable de sa poche. Il a passé un appel.
Je sais que lui ne part pas. Qu’il attend. Qu’il en a encore pour une heure au moins.
Comme moi.
Je pars, je dis.
(…)”

Laurent Herrou lira Cocktail
paru aux éditions Jacques Flament en ce mois de juin 2018

Et je lirai Anima :

“putain de renard qui avait raison
on est responsable de ceux que l’on apprivoise
cette envie reptile d’avoir tout sans renoncer à rien
mon double crocodile
cette envie simple
cet appétit-là qui est
le désir
inextricable qui court et qui bondit sous la peau
bong sang
bong bong c’est joli oui
c’est le cœur qui cogne aux dents et l’envie qui me remplit la bouche
(…)”

Ce sera également l’occasion de découvrir la belle série photographique Livraison, de Laetitia Gossart.

Renseignements par mail : contact

Au plaisir de vous rencontrer à cette occasion !

Genre et architecture

Des question et des questions
et des esquisses de pistes de réflexion !

Je suis très heureuse d’intervenir prochainement lors de cette riche journée (elle le sera) de formation, avec une réflexion sur genre et ville, genre et architecture, suivi d’une lecture d’un extrait de mon projet Presqu’îl-e, sur l’invitation des Ateliers Pratiques de Psychanalyse Sociale.

La ville est-elle construite et pensée pour deux genres ?
Comment ?
En quoi l’apparition d’un troisième genre bouleverse les rapports et l’espace social ?
Que changera-t-il à court ou moyen terme sur la construction de l’espace social ?
Qu’a changé la rencontre transidentitaire ?

La ville est-elle construite en fonction du genre ?
Pour deux genres spécifiquement ?
Dans quelle mesure l’architecte, ou l’urbaniste, est coresponsable d’une conception genrée ?
Est-ce que l’architecture et l’urbanisme se construisent, se conçoivent suivant le genre ?
Est-ce qu’ils produisent des espaces différentiant le genre ?
Mais quel genre ? Celui des concepteurs ? Des décideurs ? Des investisseurs ?
Des usages ? Des usagers ? Des habitants ?

Est-ce que l’architecture a un genre ?
Est-ce qu’un banc, une salle, une école, un trottoir, un square, un immeuble, une route, une rue ont un genre ?
Est-ce qu’un équipement a un genre ?
Est-ce qu’un équipement s’adresse spécifiquement à un genre ?
Peut-on le reconnaitre après coup ?
Qu’en est-il d’un troisième genre ?
Peut-on reconnaître un troisième genre à l’œuvre dans l’espace urbain ou architectural ?
Qu’est-ce qui tient de l’usage, de la majorité des usagers observables ?
Qu’est-ce qui tient des concepteurs, des décideurs de ceux qui pensent la ville ?
Et qu’est-ce qui tient à l’espace lui-même ?

 

Apports et enjeux de la Transidentité
vendredi 15 Juin 2018

journée de formation
09h00 -17h00

Par ordre d’intervention :

à partir de 9h00
Axel Leotard, auteur
Hervé Hubert, psychiatre, psychanalyste
Hughes Gouzènes, médecin généraliste
Bertrand Ducornet, endocrinologue
Fanny Poirier, psychologue
Christine Rougemont, cinéaste

à partir de 14h00
Kasper Parot, enseignant
Pauline Sauveur, architecte, photographe, autrice
Caroline Maillard, assistante sociale
Magaly Lhotel, avocate
Joel Le Deroff, administrateur de la maison Arc en ciel à Bruxelles

Programme complet ici

Le lieu :
Association Élan retrouvé,
23 Rue De La Rochefoucauld
75009 Paris

Au plaisir de vous y rencontrer !

Entretien – NiepceBook 7

La parution en mars de la série  Presqu’îl-e dans le NiepceBook n°7, revue-livre de photographie contemporaine, fut l’occasion de réfléchir à la fois sur ce projet et sur le démarrage de ma pratique, dans un long entretien que je partage ici dans une version augmentée.

Je suis également très heureuse qu’une des photos du projet ait été choisie (par vote du public) pour faire la couverture de ce numéro.

Et pour ceux qui souhaiteraient trouver ce livre-revue, et découvrir les 1O photographes présentés, il en reste encore quelques exemplaire sur le site des éditions Corridor Eléphant.

1/ Le thème de l’appel à participation est territoire(s), égalité(s), inégalité(s), dans quel ou quels items inscririez-vous ce travail ? Pourquoi ?

Égalités et inégalités, dans un premier temps, en référence aux inégalités et aux discriminations que connaissent les personnes LGBT. Mais territoire convient également, dans une acceptation plus large. Le genre est une question qui passe aussi par la géographie. Celle de nos usages, de nos cheminements intérieurs et à l’extérieur, sous les yeux des autres, une carte personnelle qui irait avec notre propre définition du genre. C’est concrètement s’approcher du corps, ce qui est, ce qui se transforme, et plus largement se dessine la marge de manœuvre pour laquelle on se bat, ce qu’on gagne, ce qui est à conquérir. C’est quelque chose qui nous concerne tous.

2/ Qu’est-ce qui vous a poussée à faire un travail sur la Trans-identité ?

Au démarrage de ce projet, j’ai été interpelée par une question. Ça s’est joué en quelques dizaines de secondes, le temps d’entendre la question qui m’était posée et celui de répondre oui. Mais on peut convenir qu’à partir de cet instant tout m’y a poussé, une fois engagée.

3/ Pourquoi le choix de la couleur ?

Pour la peau. Pour les photos réalisées plus tardivement dans le projet, avec la recherche de la couleur. Pour répondre à l’ombre et aux noirs des contre-jours. Et parce que je photographie principalement en couleur, donc peut-être parce que je suis plus à l’aise avec la couleur ?

4/ Pourquoi avoir choisi de suggérer et non de montrer ?

C’est un choix que j’ai découvert au fur et à mesure, qui s’est confirmé et renforcé à chaque fois. C’est exactement la matérialisation de la relation que nous avons eu durant tout le temps du projet : les photos sont à hauteur de ma position et de mon regard, de la place que j’avais, que je me construisais, de ce qui était possible pour moi : accueillir le récit, en être par moment témoin, principalement assise à la table, dans la cuisine, une, deux par mois, ou toutes les semaines. J’avais posé pour seul protocole de travail : ne rien écrire lors des rencontres, parce qu’écrire et être témoin sont deux choses différentes. Et cela permettait de délimiter, à mes yeux cela appuyait le fait que ce soit une approche artistique et non documentaire.

Pour la photographie, ce n’était pas aussi clair. J’ai mis du temps avant de sortir l’appareil et de déclencher à bout portant. Jusqu’alors, j’avais pour sujet de prédilection les bâtiments, la ville, l’architecture, la lumière. Donc il m’a fallu du temps pour apprivoiser le geste, et peut-être aussi pour accepter d’être vue en train de photographier, observée, jugée (même avec une grande bienveillance) et de devenir, par une sorte de retournement de situation, celle qui est observée et jugée dans cette action puisque je me jugeais aussi dans cette action là.

5/ Votre travail est-il politique ? Pourquoi ?

Oui absolument. Mais tout est politique, chaque geste.

Ce projet est intime, doublement, par le partage de l’intimité de son parcours, et par mon approche, où j’ai l’impression de me dévoiler aussi, il me semble.

Mais c’est, exactement en même temps, un projet plus large et politique. On est quand même tous concernés par cette question, s’accomplir, devenir soi, comment, où, par quels moyens ? Comment gérer tout ça ? Le genre, le sexe, le corps, l’identité, les questions existentielles et essentielles, et toute la trivialité de la vie quotidienne, la matérialité du corps (encore heureux !) à travers les gestes et les décisions que l’on prend.

6/ Comment êtes-vous venue à la photographie ?

Mon père faisait de la photo tout le temps, il avait toujours son appareil, il m’a souvent trimballée avec lui, quand ma mère avait ses cours à la faculté, pour faire de la photo ou aller récupérer et flâner à la décharge, pour aller faire de la guitare avec les gitans du coin. Et c’est quelque chose qui me fait sourire parce que c’est presque inenvisageable maintenant cette phrase : mon père m’emmenait avec lui découvrir la décharge. Quand on a habité une année et demie en Finlande, ma mère travaillait, lui non et il nous gardait, mon petit frère et moi. Il avait installé tout son matériel de labo photo dans la cave.

Longtemps sans appareil, j’ai récolté des images qui me plaisaient dans les revues, les magazines, que je glanais partout, j’en faisais des mini livres par exemple. Ça a duré des années. Puis vers mes 19 ans, parce que je lui en ai demandé un il me semble, pour une option au programme, mon père m’a passé un appareil. Je me rappelle qu’il était étonné que ça m’intéresse. J’avais choisi une option image et photo à l’école d’architecture. Là-bas aussi il y avait un labo, accessible gratuitement, on venait avec notre papier.

Ah, mais si ! Il y a aussi mon premier instituteur, qui était passionné de photographie, qui avait construit un labo dans la classe, (j’adorais, c’était une cabane en contreplaqué) on y travaillait régulièrement le développement, les techniques, on expérimentait.

7/ Que souhaitez-vous transmettre à travers ces images ?

Je ne sais pas exactement.
Le regard (le sien, le mien, celui que vous aurez) et la lumière.
Et dire, en filigrane que devenir soi, nous concerne tous.

8/ Ce travail a t-il changé votre regard sur l’identité ou le genre, si oui dans quel sens ? 

Ce travail a précisé, confirmé, affiné une intuition de départ.

A l’adolescence, le sujet m’importait grandement, sans avoir besoin d’en discuter. Ça ne s’appuyait pas sur un doute sur mon genre, il s’agissait plutôt d’un questionnement sur ce que c’est que d’être une fille, et sur ce que sont les garçons. Et sur ce qu’une telle transformation peut représenter. Tout ce que j’ai pu lire, entendre, regarder sur le sujet a forgé l’intime conviction que le changement de genre est totalement personnel et légitime, et que personne n’a rien à redire sur ce que l’on pense et veut et cherche à être. Et les amalgames et le mépris me sont insupportables depuis toujours. Qu’on soit homo, trans, bi, intersexe, ou hétéro basic, c’est assez compliqué comme ça.

9/ Et sur la société ?

Ce projet, démarré début 2013, a grandi en même temps que mon exigence intellectuelle et politique, au sens large, et que mon engagement. Mais c’est lié à tout ce qui nous entoure, l’attentat contre Charlie Hebdo a été un point de non retour, par exemple, dans le fait d’affirmer plus haut et plus fort mon exigence et mes convictions, puisque c’est la seule chose ou presque que l’on peut faire. Le fait d’intervenir en tant qu’autrice (le nouveau mot que j’apprivoise ! Je suis passée par auteure pendant plusieurs années avant de commencer, depuis peu, à l’utiliser, ce mot qui existe depuis l’époque romaine tout de même) en milieu scolaire souvent, ou en prison, ou ailleurs. Tout y participe. L’écriture aussi, quotidiennement. Ou à travers le collectif *public averti, que nous avons fondé avec Laurent Herrou, écrivain lui aussi.

Peut-être que ce projet est ce qui y a le moins spectaculairement contribué, paradoxalement. Je n’entendais pas faire la démonstration de quoi que ce soit. Cela n’a jamais été le but. Mais clairement maintenant que je le porte, que je le montre, je revendique très fermement la liberté de s’accomplir. Je le revendique et je travaille autour de cette question qui traverse tout ce que j’écris, tout ce que je fais il me semble, parce que je me sens la première concernée, la première pour qui c’est pas si simple.

10/ Qu’est-ce qui justifie, à votre avis, le rejet de cette population ?

La peur.

Le fait que le sexe soit une question centrale dans la vie et que pour beaucoup ce soit une question visiblement problématique.

Il y a d’ailleurs une incompréhension de base sur le sujet il me semble, parce que justement on est au delà de la pure question du sexe ou de la sexualité. On touche à celle de la liberté de chaque individu et de la société que l’on veut. Soit on aspire à une société rigide, avec des catégories totalement tranchées, où la définition du genre est décrétée par des dieux, ou soi-disant par la nature. Soit on reconnaît que nous sommes des êtres façonnés de culture, que certains, effrayés justement, ne peuvent reconnaître comme évolutive.

J’ai passé mon enfance en forêt, en montagne, alors je vois un peu ce que c’est, la nature, et excusez-moi mais c’est autre chose. Un arbre, un rocher, un animal, un orage, rien ne vient répondre ni exiger quoi que ce soit. Alors encore moins que l’on ait telle sexualité, tel genre, tel comportement. Brandir la nature est hors sujet. La relation à la nature si elle est effective et personnelle à mon avis nourrit l’exact inverse : la responsabilité de chacun vis-à-vis du réel, notre place dans un ensemble, et une certaine honnêteté, ou une certaine véracité, une immédiateté qui pousse à être dans la recherche de ce qui est le plus juste pour soi.

Mais j’imagine que le rejet vient de l’idée même d’une société qui laisse plus de liberté, où chacun accède à ce qui lui est propre, bien sûr en se basant sur le réel, mais avec le droit d’en faire ce qui semble important pour soi, où il y a de la place pour cette complexe notion d’individuation, c’est-à-dire devenir un individu autonome et libre, autant que possible.

11/ Peut-on considérer votre suite photographique comme une narration ?

Oui. Même si on ne suit pas la chronologie des images, il y a le mouvement du récit, du parcours, d’un avant, pendant et après, qui de fait, est au cœur de l’histoire.

12/ Dans quelle mesure le corps ici photographié peut-il être perçu comme un objet artistique ?

Ça, c’est le beau cadeau de celui devant l’appareil. Je pense qu’on l’a construit ensemble mais cette demande était au départ la sienne : faire quelque chose d’artistique. Donc, pas du reportage, du témoignage, mais bien la recherche d’un regard. Comme il m’a dit : je voudrais une trace, un regard extérieur, puisque je vais être occupé, tourné vers l’intérieur.
C’est comme ça que j’ai commencé les photos, en regardant.

13/ Comment êtes-vous rentrée en contact avec votre modèle ? L’avez-vous choisi ou vous a-t-il choisie ?

C’est lui que m’a demandé si ça m’intéressait de suivre son changement de genre, comme ça de but en blanc, à la suite d’un projet mené avec ses étudiants sur un carnet de voyage. Et j’ai immédiatement dit oui.

14/ Avez-vous eu parfois l’impression de vous poser en « voyeur » ?

Non. Je l’ai peut-être été sans le savoir, mais pas volontairement. Parce que le cadre était simple, il y a eu une pudeur mutuelle constante. C’est d’ailleurs ce qui a fait que le projet a pu se faire, cette distance mutuelle, sa délicatesse dans sa manière de partager son histoire, et de mon côté je ne posais quasiment jamais de questions, je ne jugeais rien, c’était facile : je n’avais rien à juger. J’ai écrit à ce propos, de la pudeur de la table, cette table dans sa cuisine, à laquelle on s’installait à chaque fois, avec une tasse de thé. C’était un lieu, un espace, un cadre, renouvelé à chaque rencontre.

15/ Les deux dernières photos, qui montrent elles-mêmes des clichés, sont-elles une sorte de conclusion à l’histoire ? 

Celle de l’album pourrait être un retour sur son passé dont il m’a montré quelques bribes, c’est un album de photos de famille. Il est fermé, quelques indices dépassent, c’est suffisant.

La dernière, celles des photos d’identité pour ses nouveaux papiers, pourrait être la conclusion, parce que l’on s’était donné comme limite ce moment précis, l’obtention de ses papiers d’identité reconnaissant son genre masculin. Et ce qui est bien, ce qui me plaisait, c’est que j’avais la conviction qu’avec la fin du projet, libres du cadre, une autre étape y succèderait, celle de l’amitié. Et c’est le cas.

16/ Le tatouage, souvent présent dans vos photos, exprime-t-il pour vous une forme de langage ?

J’ai une tendresse immédiate pour les tatouages, même si je n’en ai pas. C’est une sacrée écriture quand même, je trouve ça touchant, parce qu’il faut une conviction personnelle pour le faire, c’est rarement (jamais ?) par hasard qu’on fait un tatouage, ça a toujours un sens.

17/ Le cadre dans lequel évolue votre modèle appartient au quotidien. Cela est-il significatif pour vous ? 

Le quotidien m’intéresse, les choses banales, la vraie vie, elle est là. Les grandes idées, les aspirations supérieures, l’élan incroyable, il faut que ça soit dans la même vraie vie, sinon à quoi bon ?

J’aime aussi le quotidien dans l’incroyable ou l’étrange ou hors du commun, comme mon projet sur un brise-glace par exemple. Mais à nouveau c’est la vie quotidienne que j’ai cherché à débusquer, la trace des humains qui y travaillent. Les lieux de travail m’intéressent particulièrement, parce que là aussi, c’est une forme de quotidien.

18/ Les objets du quotidien sont souvent présents dans vos photos, cette présence a-t-elle un sens particulier pour vous ? 

Ils sont là, je les accepte, ou alors, on fait une mise en scène et on joue. Mais je ne joue pas à faire du faux vrai, je ne nettoie pas la pièce avant ! Je peux virer un truc moche (une bouteille en plastique, une boite de céréales) qui serait pile devant l’objectif, mais ma première réaction sera de me déplacer et de prendre la photo d’un autre angle, ça ne me pose pas de problème. D’ailleurs je ne crois pas l’avoir fait. Je prends la présence des objets comme une contrainte enrichissante, si toute fois je m’en rends compte. Car généralement je n’analyse pas comme ça ce que je suis en train de faire, j’analyse ce que je vois. C’est peut-être un réflexe acquis avec la photographie d’architecture : on fait avec le réel, on se déplace, on court, on vise, on cherche, on retrouve quelque chose. C’est un questionnement en mouvement.

19/ Quelle est la part de la mise en scène dans votre travail ?

Quand il y a mise en scène, elle est faite pour être visible, du moins je l’espère, c’est un jeu, ce sont des tests, des intuitions qui se basent sur un souvenir d’image souvent, une idée, que j’essaye de matérialiser. L’image se construit avec cette envie et avec de ce qu’il propose en réponse : telle posture, debout sur la chaise, sur la table, les mains bleues de peinture.

20/ Question de détail : Pourquoi avez-vous choisi de photographier des oranges ? Votre but était-il symbolique ou purement esthétique ?

La première fois que l’on s’est donné rendez-vous pour préparer le projet, c’était à la pause-déjeuner, dans sa classe, il finissait une orange. Il y avait le fruit, ses mains, le couteau, le soleil qui tombait du velux. C’est la première des photos que j’ai voulu faire et que je n’ai pas prise. Il y en a eu d’autres, je les ai appelées les non-premières, celles qui seraient à faire plus tard.

Un an après, je lui ai proposé cette séance, je suis passée acheter 4 kg d’oranges au supermarché. Il y avait une très belle lumière sur la table, il avait préparé des couteaux. Il y avait une certaine urgence, la tache de soleil semblait glisser à vue d’œil vers le mur.

L’idée était de recréer la situation en l’exagérant et d’observer ce que cela donnerait. Le symbole était fort pour moi, puisque c’était la première image désirée. L’avantage c’est que les oranges peuvent être un symbole de vie, de vitalité, et que c’est esthétique. Il aurait pris un yaourt cette fois-là, je n’aurai peut-être pas eu la même idée !

21/ Question subsidiaire : comment s’articule l’écriture avec votre travail photographique ?

L’écriture est première dans mon histoire, elle me semble l’être, mais… vu les virées photo à l’âge de deux ou trois ans, je me trompe déjà.

Dans un projet, c’est chaque fois une nouveauté. Je ne sais pas à l’avance quel médium va prévaloir, ni dans quelle proportion, ni si cela va être sur plusieurs fronts ou pas. Pour celui-ci, ce fut la deuxième question, celle que je lui ai posée : texte ou photo ? Il a répondu comme tu veux, donc j’ai pensé ok, les deux, nous verrons. A la base, cela résulte toujours d’une envie (d’images, de postures, ou de phrases, de titres). L’avantage des mots, c’est qu’ils sont libres de l’image et de l’instant, à l’inverse de la photographie. Je peux écrire à propos de ce que je n’ai pas vu. Je peux pousser la logique de l’écriture, de l’idée, longtemps après.

Pour certains projets il y a une troisième dimension, la troisième justement, c’est à dire la matérialité dans l’espace, les installations. Pour que le corps entre en jeu, que le regard résulte d’un mouvement, d’un parcours, parce qu’il y a de l’espace, des objets, des choses qui racontent. C’est toujours une invitation.

Enfin, il y a la quatrième dimension, celle du temps. Le projet Presqu’îl-e a démarré en 2013 et je continue à le travailler. J’ai l’adapté sous la forme d’une pièce, pour deux personnages et demi. Et maintenant, je travaille à une version littéraire de ce double récit, ce qu’il m’en a dit et ce que j’en raconte.

Pour aller plus loin :

– Page FB du collectif *public averti (l’astérisque fait partie du nom)
et l’historique du collectif

– Sujet de recherche, d’une résidence numérique avec la revue Square Magazine, portfolio dans le n°602 – 2015

carnet de la résidence, en ligne

Deviens ce que tu es
Editions Jacques Flament, coll. Images&Mots — 2017

– Exposition en noir et blanc, régulièrement présentée (depuis 2014) accompagnée de lectures du texte Presqu’îl-e en cours d’écriture.

Presqu’îl-e, la pièce
En cours de lecture dans plusieurs comités de lectures théâtre.

Deviens ce que tu es – Expo lecture à Paris

Trans
Traversée
Transfuge — refuge. Trans-planté dans un autre territoire.
Avec le chemin à faire, sur ses propres jambes, pour développer ses propres racines.

L’inventaire du rien.
Là tu viens et rien de fait. Pas encore d’effets visibles, à peine les muscles au niveau des biceps. C’est une pose souvent reprise, lever les bras et faire saillir les muscles, en signe de victoire, de force et de puissance. Pas encore d’effet, et pourtant. Dès la première injection la libido explose, éclate, et envahit tout.

Le projet Presqu’îl-e 
existe
dans un premier livre intitulé Deviens ce que tu es
paru chez Jacques Flament éditions
dans sa belle collection Images&Mots

Il existe aussi sous la forme d’une exposition
actuellement visible (et jusqu’au 30 nov.)
au Café librairie de Sancerre (18)

 

qui donc sera accueillie à la Librairie Violette and Co
au 102 rue de Charonne, Paris 11ème,
et qui sera présente jusqu’au 7 janvier 2018.

Je lirai des extraits du livre ainsi que des pages inédites sur le même sujet.

Et pour fêter dignement le vernissage et la lecture
il y aura à n’en point douter
des cacahuètes !
C’est dire !

Au plaisir de vous y rencontrer : )

 

Récapitulatif des infos :

>> Café Librairie de Sancerre :
4 rue des trois pilliers, 18300 Sancerre
renseignements au 02 48 54 34 80
C’est ouvert le mercredi de 15h à 19h,
du jeudi au samedi de 10h à 12h et 15h à 19h,
et le dimanche de 11h à 12h30 et 15h30 à 18h30.

>> Librairie Violette and Co :
102 rue de Charonne, 75011 Paris
renseignements au 01 43 72 16 07
Ouverte du mardi au samedi de 11h à 20h30
et le dimanche de 14h à 19h.

Presqu’île.
Celle que l’on atteint en barque parce que la route n’existe pas. Elle est difficile d’accès et on est chaque fois heureux de l’atteindre. Elle est a ce dosage d’une entité autonome mais reliée. Une route pourrait être tracée, qui y sera dans des années, après. Mais là, elle ne l’est pas.

C’est une presqu’île sauvage, qui ne me fait pas peur, parce que ce presque change la donne. Un jour à pied s’il le faut, la traversée peut se faire, la possibilité est là, l’éventualité du fil, invisible, l’idée. Presqu’île, c’est un lieu, une catégorie d’espace. C’est une idée ronde qui se balade, s’attache, s’emporte et se relie.

Et c’est l’île parfois réelle et complète, quand vient la marée.

ce qui reste_mitä jää

Sur la très belle page réalisée par Christophe Linage
sur le site de Conspiration qui accueille *Public averti

l’exposition Ce qui reste_mitä jää
qui correspond à l’automne trois pour cette année 2017

6 artistes : Michel Barrière, Alexandra Guillot, Christine Guinard, Vincent Labaye, Nicolas Landemard, Camille Rocailleux et moi-même.

6 oeuvres en ligne : vidéos, morceau de musique, photographies, enregistrements, textes.

Et la présentation par Laurent Herrou, de cette exposition qui fait suite à la pièce de l’hiver précédent, ma grand-mère est morte, également visible sur le site de Conspiration.

Une image pour chacun,
un extrait un fragment
de ce qui est :

alexandra guillot

christine guimard – nicolas landemard

camille rocailleux

michel barrière

vincent labaye

pauline sauveur

 

 

diffusion radio / Deviens ce que tu es

C’est avec grand plaisir que j’ai répondu à l’invitation de Carole Bijou, qui anime une émission consacrée à la poésie sur Radio Canut à Lyon :
La poésie débouche (des bouches !)

Carole recevait ce 10 novembre, la poétesse Estelle Fenzy
pour une émission d’une heure sur le thème de la féminité.

Une émission pour découvrir une voix, des livres et tout un univers,
et aussi de la bonne musique pour les oreilles !

Estelle Fenzy, poétesse

une étole de peu
elle suffira bien

et le cri à genoux dans mon corps

plus bleu je crois

Estelle a lu ses textes
et Carole a partagé des extraits
d’Albane Gellé L’air libre
de Vénus Khoury Ghata Quelle est la nuit parmi les nuits

et un extrait de mon projet Presqu’îl-e
publié en partie dans Deviens ce que tu es
paru aux éditions Jacques Flament dans la collection Images&Mots.

“(…) Si je pouvais faire la totale, là, tout de suite, une hystérectomie, je le ferais. En plus ça ne demande que cinq jours d’hospitalisation, après on rentre chez soi se reposer. Enlever l’utérus et les ovaires, avancer, en finir avec ça. De toute façon je suis ménopausé. Alors la question ne se pose plus. Et ça sera un plus pour la demande de changement d’identité. Ce n’est plus obligatoire, mais ça l’a été.

– Comme si c’était l’utérus et les ovaires qui marquaient de façon irrémédiable l’appartenance au genre féminin. Alors, que dire aux femmes qui ont dû subir cette opération, qu’elles ne sont plus femmes ? Bien sûr c’est un élément fort, physique et symbolique. Mais on nous ment alors ? L’état, la loi mentaient quand ils obligeaient à faire l’opération, certifiée, pour avoir le droit de demander le changement de genre sur ses papiers ? Puisque ce n’est plus obligatoire. À croire que l’utérus a cette force inestimable de spécifier l’appartenance du corps de l’individu à tel ou tel genre par son absence ou sa présence. Alors je redemande, qu’en est-il de celles qui l’ont subi sans le choisir ? Elles ne sont plus rien ? Elles sont quoi ? Incomplètes ? Vides ? Sans genre ? Asexuées ? Presque des femmes ? Plus tout à fait ?
(…)”

Retrouvez l’émission sur le site de Radio Canut

Estelle Fenzy  a publié :
Chut (le monstre dort), La Part Commune, 2015
Sans, La Porte, 2015 Rouge vive, Al Manar, 2016
Juste après, La Porte, 2016
L’entaille et la couture, Henry, 2016
Mère, La boucherie littéraire, 2017
Le papillon, Petit Flou, 2017

Deviens ce que tu es – expo lecture à Sancerre

 

C’est avec plaisir que je prépare
la prochaine exposition des photos
tirées du livre Deviens ce que tu es
le livre est publié aux éditions Jacques Flament
dans sa collection Images&Mots

L’exposition aura lieu du
27 octobre au 29 novembre
au Café librairie de Sancerre.

Vernissage et lecture musicale

samedi 27 octobre à 18h30

Je serai accompagnée à l’accordéon par Roby Rousselot !

Le café librairie se trouve
au 4 rue des trois pilliers,
à Sancerre (18300)

Renseignements au 02 48 54 34 80

C’est ouvert le mercredi de 15h à 19h,
du jeudi au samedi de 10h à 12h et 15h à 19h,
et le dimanche de 11h à 12h30 et 15h30 à 18h30.

Bienvenus !!!

conspiration et *public averti, automne 3

Conspiration éditeur iconoclaste et *public averti, (collectif que nous avons fondé avec Laurent Herrou, écrivain) présentent bientôt automne 3.

Pour un avant goût :

« Que restera-t-il de votre art ? Qu’espéreriez-vous qu’il en restera ? »
Chaque semaine, la réponse-vidéo de l’un des artistes (Michel Barrière, Alexandra Guillot, Christine Guinard, Vincent Labaye, Nicolas Landemard, Camille Rocailleux et moi-même) de l’Automne Trois, publiée dans le désordre alphabétique :

A voir également sur la page de Conspiration sur Vimeo


1 –Christine Guinard & Nicolas Landemard


2 – Automne 3 / Alexandra Guillot


3 –  Pauline Sauveur


4 –  Michel Barrière


5 –  Camille Rocailleux


6 –  Vincent Labaye

Bons visionnage : )