Entretien – NiepceBook 7

La parution en mars de la série  Presqu’îl-e dans le NiepceBook n°7, revue-livre de photographie contemporaine, fut l’occasion de réfléchir à la fois sur ce projet et sur le démarrage de ma pratique, dans un long entretien que je partage ici dans une version augmentée.

Je suis également très heureuse qu’une des photos du projet ait été choisie (par vote du public) pour faire la couverture de ce numéro.

Et pour ceux qui souhaiteraient trouver ce livre-revue, et découvrir les 1O photographes présentés, il en reste encore quelques exemplaire sur le site des éditions Corridor Eléphant.

1/ Le thème de l’appel à participation est territoire(s), égalité(s), inégalité(s), dans quel ou quels items inscririez-vous ce travail ? Pourquoi ?

Égalités et inégalités, dans un premier temps, en référence aux inégalités et aux discriminations que connaissent les personnes LGBT. Mais territoire convient également, dans une acceptation plus large. Le genre est une question qui passe aussi par la géographie. Celle de nos usages, de nos cheminements intérieurs et à l’extérieur, sous les yeux des autres, une carte personnelle qui irait avec notre propre définition du genre. C’est concrètement s’approcher du corps, ce qui est, ce qui se transforme, et plus largement se dessine la marge de manœuvre pour laquelle on se bat, ce qu’on gagne, ce qui est à conquérir. C’est quelque chose qui nous concerne tous.

2/ Qu’est-ce qui vous a poussée à faire un travail sur la Trans-identité ?

Au démarrage de ce projet, j’ai été interpelée par une question. Ça s’est joué en quelques dizaines de secondes, le temps d’entendre la question qui m’était posée et celui de répondre oui. Mais on peut convenir qu’à partir de cet instant tout m’y a poussé, une fois engagée.

3/ Pourquoi le choix de la couleur ?

Pour la peau. Pour les photos réalisées plus tardivement dans le projet, avec la recherche de la couleur. Pour répondre à l’ombre et aux noirs des contre-jours. Et parce que je photographie principalement en couleur, donc peut-être parce que je suis plus à l’aise avec la couleur ?

4/ Pourquoi avoir choisi de suggérer et non de montrer ?

C’est un choix que j’ai découvert au fur et à mesure, qui s’est confirmé et renforcé à chaque fois. C’est exactement la matérialisation de la relation que nous avons eu durant tout le temps du projet : les photos sont à hauteur de ma position et de mon regard, de la place que j’avais, que je me construisais, de ce qui était possible pour moi : accueillir le récit, en être par moment témoin, principalement assise à la table, dans la cuisine, une, deux par mois, ou toutes les semaines. J’avais posé pour seul protocole de travail : ne rien écrire lors des rencontres, parce qu’écrire et être témoin sont deux choses différentes. Et cela permettait de délimiter, à mes yeux cela appuyait le fait que ce soit une approche artistique et non documentaire.

Pour la photographie, ce n’était pas aussi clair. J’ai mis du temps avant de sortir l’appareil et de déclencher à bout portant. Jusqu’alors, j’avais pour sujet de prédilection les bâtiments, la ville, l’architecture, la lumière. Donc il m’a fallu du temps pour apprivoiser le geste, et peut-être aussi pour accepter d’être vue en train de photographier, observée, jugée (même avec une grande bienveillance) et de devenir, par une sorte de retournement de situation, celle qui est observée et jugée dans cette action puisque je me jugeais aussi dans cette action là.

5/ Votre travail est-il politique ? Pourquoi ?

Oui absolument. Mais tout est politique, chaque geste.

Ce projet est intime, doublement, par le partage de l’intimité de son parcours, et par mon approche, où j’ai l’impression de me dévoiler aussi, il me semble.

Mais c’est, exactement en même temps, un projet plus large et politique. On est quand même tous concernés par cette question, s’accomplir, devenir soi, comment, où, par quels moyens ? Comment gérer tout ça ? Le genre, le sexe, le corps, l’identité, les questions existentielles et essentielles, et toute la trivialité de la vie quotidienne, la matérialité du corps (encore heureux !) à travers les gestes et les décisions que l’on prend.

6/ Comment êtes-vous venue à la photographie ?

Mon père faisait de la photo tout le temps, il avait toujours son appareil, il m’a souvent trimballée avec lui, quand ma mère avait ses cours à la faculté, pour faire de la photo ou aller récupérer et flâner à la décharge, pour aller faire de la guitare avec les gitans du coin. Et c’est quelque chose qui me fait sourire parce que c’est presque inenvisageable maintenant cette phrase : mon père m’emmenait avec lui découvrir la décharge. Quand on a habité une année et demie en Finlande, ma mère travaillait, lui non et il nous gardait, mon petit frère et moi. Il avait installé tout son matériel de labo photo dans la cave.

Longtemps sans appareil, j’ai récolté des images qui me plaisaient dans les revues, les magazines, que je glanais partout, j’en faisais des mini livres par exemple. Ça a duré des années. Puis vers mes 19 ans, parce que je lui en ai demandé un il me semble, pour une option au programme, mon père m’a passé un appareil. Je me rappelle qu’il était étonné que ça m’intéresse. J’avais choisi une option image et photo à l’école d’architecture. Là-bas aussi il y avait un labo, accessible gratuitement, on venait avec notre papier.

Ah, mais si ! Il y a aussi mon premier instituteur, qui était passionné de photographie, qui avait construit un labo dans la classe, (j’adorais, c’était une cabane en contreplaqué) on y travaillait régulièrement le développement, les techniques, on expérimentait.

7/ Que souhaitez-vous transmettre à travers ces images ?

Je ne sais pas exactement.
Le regard (le sien, le mien, celui que vous aurez) et la lumière.
Et dire, en filigrane que devenir soi, nous concerne tous.

8/ Ce travail a t-il changé votre regard sur l’identité ou le genre, si oui dans quel sens ? 

Ce travail a précisé, confirmé, affiné une intuition de départ.

A l’adolescence, le sujet m’importait grandement, sans avoir besoin d’en discuter. Ça ne s’appuyait pas sur un doute sur mon genre, il s’agissait plutôt d’un questionnement sur ce que c’est que d’être une fille, et sur ce que sont les garçons. Et sur ce qu’une telle transformation peut représenter. Tout ce que j’ai pu lire, entendre, regarder sur le sujet a forgé l’intime conviction que le changement de genre est totalement personnel et légitime, et que personne n’a rien à redire sur ce que l’on pense et veut et cherche à être. Et les amalgames et le mépris me sont insupportables depuis toujours. Qu’on soit homo, trans, bi, intersexe, ou hétéro basic, c’est assez compliqué comme ça.

9/ Et sur la société ?

Ce projet, démarré début 2013, a grandi en même temps que mon exigence intellectuelle et politique, au sens large, et que mon engagement. Mais c’est lié à tout ce qui nous entoure, l’attentat contre Charlie Hebdo a été un point de non retour, par exemple, dans le fait d’affirmer plus haut et plus fort mon exigence et mes convictions, puisque c’est la seule chose ou presque que l’on peut faire. Le fait d’intervenir en tant qu’autrice (le nouveau mot que j’apprivoise ! Je suis passée par auteure pendant plusieurs années avant de commencer, depuis peu, à l’utiliser, ce mot qui existe depuis l’époque romaine tout de même) en milieu scolaire souvent, ou en prison, ou ailleurs. Tout y participe. L’écriture aussi, quotidiennement. Ou à travers le collectif *public averti, que nous avons fondé avec Laurent Herrou, écrivain lui aussi.

Peut-être que ce projet est ce qui y a le moins spectaculairement contribué, paradoxalement. Je n’entendais pas faire la démonstration de quoi que ce soit. Cela n’a jamais été le but. Mais clairement maintenant que je le porte, que je le montre, je revendique très fermement la liberté de s’accomplir. Je le revendique et je travaille autour de cette question qui traverse tout ce que j’écris, tout ce que je fais il me semble, parce que je me sens la première concernée, la première pour qui c’est pas si simple.

10/ Qu’est-ce qui justifie, à votre avis, le rejet de cette population ?

La peur.

Le fait que le sexe soit une question centrale dans la vie et que pour beaucoup ce soit une question visiblement problématique.

Il y a d’ailleurs une incompréhension de base sur le sujet il me semble, parce que justement on est au delà de la pure question du sexe ou de la sexualité. On touche à celle de la liberté de chaque individu et de la société que l’on veut. Soit on aspire à une société rigide, avec des catégories totalement tranchées, où la définition du genre est décrétée par des dieux, ou soi-disant par la nature. Soit on reconnaît que nous sommes des êtres façonnés de culture, que certains, effrayés justement, ne peuvent reconnaître comme évolutive.

J’ai passé mon enfance en forêt, en montagne, alors je vois un peu ce que c’est, la nature, et excusez-moi mais c’est autre chose. Un arbre, un rocher, un animal, un orage, rien ne vient répondre ni exiger quoi que ce soit. Alors encore moins que l’on ait telle sexualité, tel genre, tel comportement. Brandir la nature est hors sujet. La relation à la nature si elle est effective et personnelle à mon avis nourrit l’exact inverse : la responsabilité de chacun vis-à-vis du réel, notre place dans un ensemble, et une certaine honnêteté, ou une certaine véracité, une immédiateté qui pousse à être dans la recherche de ce qui est le plus juste pour soi.

Mais j’imagine que le rejet vient de l’idée même d’une société qui laisse plus de liberté, où chacun accède à ce qui lui est propre, bien sûr en se basant sur le réel, mais avec le droit d’en faire ce qui semble important pour soi, où il y a de la place pour cette complexe notion d’individuation, c’est-à-dire devenir un individu autonome et libre, autant que possible.

11/ Peut-on considérer votre suite photographique comme une narration ?

Oui. Même si on ne suit pas la chronologie des images, il y a le mouvement du récit, du parcours, d’un avant, pendant et après, qui de fait, est au cœur de l’histoire.

12/ Dans quelle mesure le corps ici photographié peut-il être perçu comme un objet artistique ?

Ça, c’est le beau cadeau de celui devant l’appareil. Je pense qu’on l’a construit ensemble mais cette demande était au départ la sienne : faire quelque chose d’artistique. Donc, pas du reportage, du témoignage, mais bien la recherche d’un regard. Comme il m’a dit : je voudrais une trace, un regard extérieur, puisque je vais être occupé, tourné vers l’intérieur.
C’est comme ça que j’ai commencé les photos, en regardant.

13/ Comment êtes-vous rentrée en contact avec votre modèle ? L’avez-vous choisi ou vous a-t-il choisie ?

C’est lui que m’a demandé si ça m’intéressait de suivre son changement de genre, comme ça de but en blanc, à la suite d’un projet mené avec ses étudiants sur un carnet de voyage. Et j’ai immédiatement dit oui.

14/ Avez-vous eu parfois l’impression de vous poser en « voyeur » ?

Non. Je l’ai peut-être été sans le savoir, mais pas volontairement. Parce que le cadre était simple, il y a eu une pudeur mutuelle constante. C’est d’ailleurs ce qui a fait que le projet a pu se faire, cette distance mutuelle, sa délicatesse dans sa manière de partager son histoire, et de mon côté je ne posais quasiment jamais de questions, je ne jugeais rien, c’était facile : je n’avais rien à juger. J’ai écrit à ce propos, de la pudeur de la table, cette table dans sa cuisine, à laquelle on s’installait à chaque fois, avec une tasse de thé. C’était un lieu, un espace, un cadre, renouvelé à chaque rencontre.

15/ Les deux dernières photos, qui montrent elles-mêmes des clichés, sont-elles une sorte de conclusion à l’histoire ? 

Celle de l’album pourrait être un retour sur son passé dont il m’a montré quelques bribes, c’est un album de photos de famille. Il est fermé, quelques indices dépassent, c’est suffisant.

La dernière, celles des photos d’identité pour ses nouveaux papiers, pourrait être la conclusion, parce que l’on s’était donné comme limite ce moment précis, l’obtention de ses papiers d’identité reconnaissant son genre masculin. Et ce qui est bien, ce qui me plaisait, c’est que j’avais la conviction qu’avec la fin du projet, libres du cadre, une autre étape y succèderait, celle de l’amitié. Et c’est le cas.

16/ Le tatouage, souvent présent dans vos photos, exprime-t-il pour vous une forme de langage ?

J’ai une tendresse immédiate pour les tatouages, même si je n’en ai pas. C’est une sacrée écriture quand même, je trouve ça touchant, parce qu’il faut une conviction personnelle pour le faire, c’est rarement (jamais ?) par hasard qu’on fait un tatouage, ça a toujours un sens.

17/ Le cadre dans lequel évolue votre modèle appartient au quotidien. Cela est-il significatif pour vous ? 

Le quotidien m’intéresse, les choses banales, la vraie vie, elle est là. Les grandes idées, les aspirations supérieures, l’élan incroyable, il faut que ça soit dans la même vraie vie, sinon à quoi bon ?

J’aime aussi le quotidien dans l’incroyable ou l’étrange ou hors du commun, comme mon projet sur un brise-glace par exemple. Mais à nouveau c’est la vie quotidienne que j’ai cherché à débusquer, la trace des humains qui y travaillent. Les lieux de travail m’intéressent particulièrement, parce que là aussi, c’est une forme de quotidien.

18/ Les objets du quotidien sont souvent présents dans vos photos, cette présence a-t-elle un sens particulier pour vous ? 

Ils sont là, je les accepte, ou alors, on fait une mise en scène et on joue. Mais je ne joue pas à faire du faux vrai, je ne nettoie pas la pièce avant ! Je peux virer un truc moche (une bouteille en plastique, une boite de céréales) qui serait pile devant l’objectif, mais ma première réaction sera de me déplacer et de prendre la photo d’un autre angle, ça ne me pose pas de problème. D’ailleurs je ne crois pas l’avoir fait. Je prends la présence des objets comme une contrainte enrichissante, si toute fois je m’en rends compte. Car généralement je n’analyse pas comme ça ce que je suis en train de faire, j’analyse ce que je vois. C’est peut-être un réflexe acquis avec la photographie d’architecture : on fait avec le réel, on se déplace, on court, on vise, on cherche, on retrouve quelque chose. C’est un questionnement en mouvement.

19/ Quelle est la part de la mise en scène dans votre travail ?

Quand il y a mise en scène, elle est faite pour être visible, du moins je l’espère, c’est un jeu, ce sont des tests, des intuitions qui se basent sur un souvenir d’image souvent, une idée, que j’essaye de matérialiser. L’image se construit avec cette envie et avec de ce qu’il propose en réponse : telle posture, debout sur la chaise, sur la table, les mains bleues de peinture.

20/ Question de détail : Pourquoi avez-vous choisi de photographier des oranges ? Votre but était-il symbolique ou purement esthétique ?

La première fois que l’on s’est donné rendez-vous pour préparer le projet, c’était à la pause-déjeuner, dans sa classe, il finissait une orange. Il y avait le fruit, ses mains, le couteau, le soleil qui tombait du velux. C’est la première des photos que j’ai voulu faire et que je n’ai pas prise. Il y en a eu d’autres, je les ai appelées les non-premières, celles qui seraient à faire plus tard.

Un an après, je lui ai proposé cette séance, je suis passée acheter 4 kg d’oranges au supermarché. Il y avait une très belle lumière sur la table, il avait préparé des couteaux. Il y avait une certaine urgence, la tache de soleil semblait glisser à vue d’œil vers le mur.

L’idée était de recréer la situation en l’exagérant et d’observer ce que cela donnerait. Le symbole était fort pour moi, puisque c’était la première image désirée. L’avantage c’est que les oranges peuvent être un symbole de vie, de vitalité, et que c’est esthétique. Il aurait pris un yaourt cette fois-là, je n’aurai peut-être pas eu la même idée !

21/ Question subsidiaire : comment s’articule l’écriture avec votre travail photographique ?

L’écriture est première dans mon histoire, elle me semble l’être, mais… vu les virées photo à l’âge de deux ou trois ans, je me trompe déjà.

Dans un projet, c’est chaque fois une nouveauté. Je ne sais pas à l’avance quel médium va prévaloir, ni dans quelle proportion, ni si cela va être sur plusieurs fronts ou pas. Pour celui-ci, ce fut la deuxième question, celle que je lui ai posée : texte ou photo ? Il a répondu comme tu veux, donc j’ai pensé ok, les deux, nous verrons. A la base, cela résulte toujours d’une envie (d’images, de postures, ou de phrases, de titres). L’avantage des mots, c’est qu’ils sont libres de l’image et de l’instant, à l’inverse de la photographie. Je peux écrire à propos de ce que je n’ai pas vu. Je peux pousser la logique de l’écriture, de l’idée, longtemps après.

Pour certains projets il y a une troisième dimension, la troisième justement, c’est à dire la matérialité dans l’espace, les installations. Pour que le corps entre en jeu, que le regard résulte d’un mouvement, d’un parcours, parce qu’il y a de l’espace, des objets, des choses qui racontent. C’est toujours une invitation.

Enfin, il y a la quatrième dimension, celle du temps. Le projet Presqu’îl-e a démarré en 2013 et je continue à le travailler. J’ai l’adapté sous la forme d’une pièce, pour deux personnages et demi. Et maintenant, je travaille à une version littéraire de ce double récit, ce qu’il m’en a dit et ce que j’en raconte.

Pour aller plus loin :

– Page FB du collectif *public averti (l’astérisque fait partie du nom)
et l’historique du collectif

– Sujet de recherche, d’une résidence numérique avec la revue Square Magazine, portfolio dans le n°602 – 2015

carnet de la résidence, en ligne

Deviens ce que tu es
Editions Jacques Flament, coll. Images&Mots — 2017

– Exposition en noir et blanc, régulièrement présentée (depuis 2014) accompagnée de lectures du texte Presqu’îl-e en cours d’écriture.

Presqu’îl-e, la pièce
En cours de lecture dans plusieurs comités de lectures théâtre.

Comte de Choulot, paysagiste – parution

Je suis très (très) heureuse de la parution du livre sur la vie romanesque du comte de Choulot, Paul de Lavenne de son petit nom, (1794-1864) qui fut tout de même et notamment agent de liaison secret de la conteste de Berry dans les années 30 (1830),

et qui changera de vie, à plus de 45 ans, pour devenir paysagiste et développer une pensée particulièrement moderne dans son traité de L’art des jardins en 1846, tout en passant de la théorie à la pratique avec la réalisation de plus de 300 plans et créations de parcs en France.

Notamment dans la Nièvre.

J’ai arpenté avec une vraie curiosité et beaucoup de plaisir ces hui jardins privés, où se mêlent encore aujourd’hui, l’aspect agricole et l’aspect esthétique écologique et généreux de cette vision.

Chaque propriété est pensée comme une entité généreuse et raisonnée, avec autonomie, fonctionnalité, bon sens, récupération de l’eau de pluie, arrosage intégré, beauté des constructions, beauté et sensibilité à tous les plans, proches et lointains, perspectives et ouverture, protection et intimité.

Avec la volonté d’inscrire le jardin dans le grand tout, c’est à dire autour, ce qui le dépasse et ce qui le prolonge, le voisinage, le paysage. Tout y est et s’y trouve encore, évoluant au fil du temps, ce temps dont on a remonté les traces et que vous pourrez lire dedans le livre de 176 pages.

Paul de Lavenne, Comte de Choulot, paysagiste (1794 – 1864)
Recherches et rédaction, Virginie Jules

Conception de la couverture, Thierry Bonnat

Et moi-même pour une petite centaine de photographies des 8 parcs.



Publication du CAUE58
Conseil d’architecture d’urbanisme et de l’environnent de la
Nièvre

 

 

 

 

 

 

Le petit déjeuner – revue TK21

“Le corps, motif, objet ou fragment, est un habitant peut-être fragile, peut-être immobile (comment en être certain). Le corps de l’autre est une question ouverte matérialisée dans l’image, sur nous-même, sur notre relation à l’espace et nos attachements au lieu.
(…)
La nudité a été une proposition, et la lenteur, le silence et la respiration sont entrés dans l’image en même temps.
L’interrogation se renouvelle à chaque image, à chaque étape, sur ma manière de le prendre en photo. Invité dans le cadre il permet de continuer l’étonnement, les incertitudes et l’appétit, tout en apportant une esquisse de réponse.
(…)”

extrait de ma présentation du Petit déjeuner,  série photographique avec Laurent Herrou, accueillie dans la rubrique Image de la très belle revue TK-21 en ligne.

 

” Une image est une surface signifiante sur laquelle apparaissent des éléments, lignes, couleurs, formes diverses, qui entretiennent des relations ne relevant pas de la logique verbale et textuelle, mais d’une dimension « magique ». Fixe pendant des millénaires, l’image s’est animée avec l’invention du cinéma. Depuis l’invention de la vidéo et des appareils numériques elle ne peut plus être perçue comme analogique.
(…)”

Article de Martial Verdier
mis en ligne le 18 février 2018

NiepceBook #7 Corridor Elephant

Les remerciements sont souvent un peu plats, un peu et toujours pareils
n’empêche :

Merci !
Merci !!
Merci !!!

A tous ceux et celles qui ont lu, soutenu, partagé, voté, relayé et fait de ce septième numéro du NiepceBokk édité par Corridor Elephant  une belle aventure  qui va prendre forme prochainement en 300 ouvrages imprimés !

Merci aussi pour les votes, puisque c’est une des images de Presqu’îl-e  qui sera en couverture !

Me voilà honorée de ce bel enthousiasme pour cette image orange et bleue
qui racontera à chacun ce qu’il pense y voir.

Le thème Territoire(s) égalité(s)  est aussi ce qui a porté ce numéro jusqu’à 230 % de son objectif  de campagne de précommande.

Le thème et tout ce qui a été dévoilé des 10 projets qui illustrent ces questions vitales, centrales, politiques, personnelles et intimes.

Soit le travail de :
Antonio Domingues
Baptiste Gamby
Arbogast Emma
Christophe Vandon
Chrystel Caparros
Alban Lécuyer
Guillaume Lavit d’Hautefort
Nicolas Beaumont
Ymy Nigris
et le mien : Presqu’îl-e

Chouette !!!
vous allez (nous allons)
bientôt pouvoir découvrir tout ça !

Merci à toute l’équipe de Corridor Eléphant, à Anouk Mahler et Pierre Leotard notamment. Et pour les textes, merci à Jean-Paul Gavard-Perret, Orianne Papin, Hervé Hubert et Jean-Luc Aribau.

10 univers à découvrir :

NiepceBokk #7 – Territoire(s) égalité(s)

Territoire(s) égalité(s)

Ce double thème pour aborder ce qui est central, nos territoires, nos géographies. La mesure de notre espace de liberté, d’habiter, de se mouvoir et de se déplacer. Le territoire de nos égalités, la carte des inégalités, les strates et les grilles qui se superposent et s’accumulent.

Notre cartographie individuelle, quotidienne, intime, notre liberté d’action,  le champs de nos possibilités, le domaine que nos choix définissent, ce qui nous reste, le territoire qu’on laisse derrière soi, aux autres, aux futures générations.

En échos multiples, notamment avec mes questions posées sur des cartes postales :
Qu’est-ce qui est territoire
Qu’est ce qu’il y a sous la peau
Qui je suis au-delà de ça
À quoi sert la terre du paysage ?
Qu’est-ce que la peau du paysage ?
Est-ce que le paysage est un corps ?
(résidence d’écriture en Essonne – novembre 2015)

Autant de questions à lire entre les lignes et les regards, les architectures et les corps, les images des 10 univers qui se trouvent dans ce septième numéro de NiepceBook publié par Corridor Elephant.

Chrystel Caparros, Alban Lécuyer, Antonio Domingues, Guillaume Lavit d’Hautefort, Arbogast Emma, Nicolas Beaumont, Christophe Vandon, Baptiste Gamby, Ymy Nigris et moi-même.

Vous, nous, (je) découvrirez les séries photos, certaines portent des titres d’autres se livrent telles quelles : Femmes en Exil, Ici Prochainement, Absences, OSE Ouest Sud Est, Les traces du soleil, Identité Ardoines, Presque Il-e.

10 portfolio, 10 entretiens et aucune publicité.
La revue est éditée suite à la campagne de pré-achat, et les numéros correspondent à ceux qui ont été voulus, désirés, sans gaspillage, ni réédition.

Couverture de la revue photo – NiepceBook # 7

NiepceBook est un livre-revue de photographie contemporaine
édité par Corridor Elephant

10 photographes
10 portfolios
10 entretiens
(et zéro pub)

J’y serai en bonne compagnie avec :

Chrystel Caparros
Alban Lécuyer
Antonio Domingues
Guillaume Lavit d’Hautefort
Arbogast Emma
Nicolas Beaumont
Ymy Nigris
Christophe Vandon
et Baptiste Gamby

Ce septième numéro est accessible en pré-achat sur KissKiss BankBank
https://www.kisskissbankbank.com/niepcebook-n-07

Pour ce numéro, c’est à nouveau au public de choisir la couverture
le principe est simple et intéressant et pragmatique :
10 photographes
10 couvertures possibles !

C’est à vous de choisir votre préférée
et de le faire savoir en votant

Et la proposition de couverture
avec une photo de ma série Presqu’îl-e :


A vous de choisir !!!

revue photo – NiepceBook # 7

Une publication se prépare…

NiepceBook est une revue de photographie, présentant 10 photographes, 10 portfolio et autant d’entretiens, et un peu plus encore.

Sans publicité, c’est à signaler, c’est une revue-livre, à collectionner, numérotée, éditée par Corridor Eléphant, qui édite également des livres photos, expose des plasticiens, des chroniques, une revue de presse…

Et qui avait notamment présenté deux de mes séries :
le petit déjeuner et les chaises sont des fenêtres comme les autres.

Voici une couverture provisoire (eh oui vous pourrez choisir et voter pour votre préférée)

Et en exclusivité mondiale !
Une première image de chaque série
révélée une fois par jour à 18 heures précises
pour chaque photographe
(sur la page FB des éditions)
rassemblées ici !

Chrystel Caparros
Emma Arbogast
Antonio Domingues
Guillaume Lavit d’Hautefort
Alban Lécuyer
Nicolas Beaumont
Ymy Nigris
Christophe Vandon
Batiste Gamby

et la mienne :

Pauline Sauveur

 

ce qui reste_mitä jää

Sur la très belle page réalisée par Christophe Linage
sur le site de Conspiration qui accueille *Public averti

l’exposition Ce qui reste_mitä jää
qui correspond à l’automne trois pour cette année 2017

6 artistes : Michel Barrière, Alexandra Guillot, Christine Guinard, Vincent Labaye, Nicolas Landemard, Camille Rocailleux et moi-même.

6 oeuvres en ligne : vidéos, morceau de musique, photographies, enregistrements, textes.

Et la présentation par Laurent Herrou, de cette exposition qui fait suite à la pièce de l’hiver précédent, ma grand-mère est morte, également visible sur le site de Conspiration.

Une image pour chacun,
un extrait un fragment
de ce qui est :

alexandra guillot
christine guimard – nicolas landemard
camille rocailleux
michel barrière
vincent labaye
pauline sauveur

 

 

Deviens ce que tu es – expo lecture à Sancerre

 

C’est avec plaisir que je prépare
la prochaine exposition des photos
tirées du livre Deviens ce que tu es
le livre est publié aux éditions Jacques Flament
dans sa collection Images&Mots

L’exposition aura lieu du
27 octobre au 29 novembre
au Café librairie de Sancerre.

Vernissage et lecture musicale

samedi 27 octobre à 18h30

Je serai accompagnée à l’accordéon par Roby Rousselot !

Le café librairie se trouve
au 4 rue des trois pilliers,
à Sancerre (18300)

Renseignements au 02 48 54 34 80

C’est ouvert le mercredi de 15h à 19h,
du jeudi au samedi de 10h à 12h et 15h à 19h,
et le dimanche de 11h à 12h30 et 15h30 à 18h30.

Bienvenus !!!

Le petit déjeuner – photo

“On s’y retrouvait le matin, les invités y descendaient en tenue de nuit, certains se douchaient avant le petit-déjeuner mais en règle générale, c’était une pièce de robes de chambre, d’odeur de café et de cheveux emmêlés. Certains parlaient trop déjà, certains se taisaient, tout à leurs rêves, encore emprunts de sommeil.
C’était — et c’est resté — une pièce où l’on se livre.”
Laurent Herrou

le Petit déjeuner
seconde série photo, exposée, accueillie chez Corridor Elephant, éditeur et magazine d’art, accompagnée du beau texte de Laurent Herrou.

L’endroit comme un vêtement, le lieu autour qui habille le corps, la douceur des murs et des lumières.

Belle visite !

images en ligne

ravie d’exposer en ligne
deux séries photo
tout ce mois d’octobre
les chaises les chaises et l’espace autour
le dehors qui entoure
les chaises qui sont
comme chacun sait
des fenêtres comme les autres

et la seconde série
qui sera bientôt en ligne (suspense !)

sur le site de Corridor Elephant, éditeur photo
qui vous invite à lire en ligne
à regarder sur papier

et qui vous invite même chez eux dans leur nouvelle maison, en escale à Barcelone, qui est autant un lieu de détente (pour vous si vous voulez louer une chambre !) qu’un lieu de travail (pour vous et pour les éditions).

J’y suis en belle compagnie : vous pourrez voir également le travail d’ Alexandra Breznay, Sebastien Pageot, Francesca Magnani, Sarah Lowie, Theo Figueroa, Jean-François Lepage, Luigi Francescon, Mark Tellok, Olivier Coulange, Christophe Vandon et de Gerard Teillay.

Bonne visite !

 

 

conspiration et *public averti, automne 3

Conspiration éditeur iconoclaste et *public averti, (collectif que nous avons fondé avec Laurent Herrou, écrivain) présentent bientôt automne 3.

Pour un avant goût :

« Que restera-t-il de votre art ? Qu’espéreriez-vous qu’il en restera ? »
Chaque semaine, la réponse-vidéo de l’un des artistes (Michel Barrière, Alexandra Guillot, Christine Guinard, Vincent Labaye, Nicolas Landemard, Camille Rocailleux et moi-même) de l’Automne Trois, publiée dans le désordre alphabétique :

A voir également sur la page de Conspiration sur Vimeo


1 –Christine Guinard & Nicolas Landemard


2 – Automne 3 / Alexandra Guillot


3 –  Pauline Sauveur


4 –  Michel Barrière


5 –  Camille Rocailleux


6 –  Vincent Labaye

Bons visionnage : )

Friches et fragments – expo photo reportée

Le Pac des Ouches, le lieu de l’expo, n’est pas en friche mais bien en chantier et les joies de la réhabilitation, quand on se situe sous (oui exactement dessous) le petit Théâtre de Nevers, qui lui aussi est en chantier, font que les travaux de plâtrerie, plomberie et d’électricité se prolongent…

L’exposition est donc reportée à une date ultérieure !

—————————————————–

Du 7 au 28 juin 2017, “friches et fragments”
exposition organisée par le CAUE 58

Friche industrielle, urbaine ou rurale.
C’est le thème transversal de cette exposition, dont la première partie correspond à un regard personnel sur des espaces en attente, à l’abandon ou en devenir (usine Lambiotte de Prémery, caserne Pittié de Nevers, locaux industriels de Garchizy…)

Une seconde partie présente différentes actions de sensibilisation à l’architecture menées avec le CAUE de la Nièvre, sur l’idée de la friche et ce qui en découle : requalification, transformation, évolution du bâti (avec des scolaires, primaire collège ou BTS, des habitants…).

Ce travail découle d’une résidence de création menée avec le CAUE58, qui a également donné lieu à un blog dédié : Friches et mutations.

Exposition ouverte
du 7 au 28 juin
au Pac des Ouches à Nevers
ouverture du mardi au samedi 10-12h et 14-19h
03 86 61 42 67

Vernissage le mardi 6 juin à 18h00
Entrée gratuite

Plus d’informations et inscription
CAUE 58 : 03 86 71 66 90

Et en exclusivité mondiale
les affiches qui ont été faites
mais qui n’ont pas été retenues  : )

une préface – deviens ce que tu es

Deviens ce que tu es

c’est aussi
la préface de Christophe Dillinger,
qui est notamment photographe, rédacteur en chef et fondateur de Square Magazine, consacrée à la photo carrée, strictement carrée.

“Parfois, l’image ne suffit pas.

C’est pareil quand on parle. On se met vite à agiter les bras, à montrer du doigt, on dessine dans l’air. Les mots ne suffisent plus non plus.
Une photo, ça prend une fraction de seconde. Mais ça n’est pas toujours assez pour saisir le moment. Un moment, ça peut durer des minutes entières, voire même des années. On nous parle de Punctum. Certains veulent nous faire croire qu’une photo, ça devrait suffire. Que le reste, c’est de la gnognotte.

Le Punctum, je l’ai ressenti une seule fois dans ma vie. C’était à une exposition qui s’intitulait je crois « Controversies: A Legal and Ethical History of Photography » qui avait lieu à la Bibliothèque nationale à Paris en 2011, organisée par Daniel Girardin, Christian Pirke et Petr Nedoma. Quelques 80 photos, des baisers interdits de Toscani (interdites en Italie), à Abu Ghraib. Et puis, au détour d’une cloison bénigne, La petite fille et le vautour de Kevin Carter. Et là c’est le coup de poing dans l’estomac. Les larmes me viennent aux yeux et je m’offre un « fuck ! » qui résonne dans toute la galerie. On me regarde de biais mais je m’en fous. Je le tiens, mon punctum, après 40 ans de recherche.

Un punctum tous les 40 ans, alors qu’on ne vienne pas me rabâcher les oreilles avec la puissance de la photographie. C’est un art comme les autres. Un art qui a ses limites : essayez de prendre en photo une licorne qui vole dans un ciel vert. Vous ne pouvez pas ? C’est étrange, le moindre marmot de 5 ans peut le dessiner, lui. (…) ”
Christophe Dillinger

Le livre est en vente
sur le site des éditions Jacques Flament
ISBN : 978-2-36336-307-7
80 pages
Format 210 × 210 cm
Parution avril 2017
Collection Images & mots
Prix : 20 €

Deviens ce que tu es – parution

Trans.
Transformer.
Transporter.
Transhumance et migration des poils, le troupeau silencieux.
Transylvanie ? Littéralement région au-delà des forêts.
Partir, traverser les forêts inconnues et hantées des contes, celles des épreuves initiatiques.

C’est un rituel qu’il va falloir apprendre.
Les aiguilles c’est du modèle enfant, ça rentre tout seul.
La première fois, j’ai dit bon, OK on y va et j’ai tapé fort en plein la cuisse, paf ! Comme ça. L’infirmière a hurlé : mais vous êtes fou ? Ça m’a fait marrer, je voyais pas où était le problème ça m’a fait mal trois jours, je n’arrivais plus à marcher. Mais au bout de cinq jours c’est parti.

Faire entrer la lumière.
Début des travaux percement d’une ouverture dans le mur du salon. Se mettre de la lumière à l’intérieur, se mettre en lumière. Ouvrir grand.
(…)

Deviens ce que tu es
devenir soi
se chercher
s’atteindre
trouver
transformer
chercher encore

Ce livre photo représente une étape de plus dans ce projet vaste qu’est Presqu’îl-e. Une rencontre un long cours, un projet multiple à la fois photographique, littéraire, théâtral…

Je suis très heureuse de cette nouvelle étape, qui est aussi le prolongement direct de l’exposition photo qui existe depuis 2014.
Elle fut exposée au Luisant à Germigny l’Exempt (18) (expo lecture)
puis l’année d’après aux Silos à Chaumont (52) (résidence d’écriture)
et enfin à Confluences (75) pour Trans time – dégenrez-vous (expo lecture).

C’est un projet qui a aussi été publié dans la revue Square Magazine qui se consacre à la photo carrée et plus précisément dans le n° 602 (2015) après avoir été hébergé et en chantier lors d’une résidence numérique.

Le sujet a également progressé, en filigrane tout le long de ma résidence en Essonne, dont le journal est en ligne sur le site remue.net.

C’est un projet
qui continue
encore.

En vente sur le site des éditions Jacques Flament
Collection : Images & mots

ISBN : 978-2-36336-307-7
80 pages
Format 210 × 210 cm
Parution avril 2017
Prix : 20 €

Chez elle – parution

“presqu’île presqu’elle presqu’une île et de l’eau de l’eau partout de l’eau en ville j’habite chez elle et je dors dans le bureau il y a de gros travaux dehors dans le bureau je dors au pied du fusil mitrailleur je dors des boîtes de cartouches et la mallette en alu bien rangés je dors bien je pars à l’école chaque matin je file droit jusqu’au parc moche de l’église je tourne à gauche et j’entre dans le quartier de la montagne rouge
(…)”

Un texte court et deux photographies, dans le livre édité par Littérature mineure, imprimé et plié par Marie-Laure Dagoit, éditrice aussi élégante que son catalogue.

Chez elle
pauline sauveur
8 euros

La maison digère – expo photo

“(…)
La maison ferme les yeux.
C’était chez lui, il y a peu, il y a cinq ou six ans, une petite éternité. Il a laissé des objets, la frange de la masse immense des affaires matérielles, qu’on trimbale et qui s’accordent à nos gestes essentiels. Manger, dormir, aimer, grandir, vieillir et vivre chaque jour. Machine à l’arrêt, elle les laisse fondre sous la langue et mâchouille rêveusement. Objets usés, ils s’amenuisent, se perdent et s’inutilisent. Oblitéré, superflus, sans valeur pour même se voir embarqués aux portes du dernier déménagement.

La maison rumine, inlassable, un pot à crayon, une assiette ébréchée, la rallonge de la table, la soucoupe, un réveil sans boutons, deux torchons, un outil rouillé. 
(…)”

La maison digère, les yeux clos derrière ses volets

Lignières restaurant l'Hirondelle auteure sauveur pauline la maison expo lecture

 

samedi 25 mars 2017
vernissage lecture et dégustation offerte
de 18h à 19h00
Je suis ravie d’être accueillie
au restaurant l’Hirondelle
34 Grande Rue, 18160 LIGNIERES
renseignements tel : 02 48 60 09 21
L’exposition s’installe jusqu’au 25 avril !
Les affiches non retenues
(mais les photos font partie de l’exposition !)
Lignières restaurant l'Hirondelle auteure sauveur pauline la maison expo lecture

 

Lignières restaurant l'Hirondelle auteure sauveur pauline la maison expo lecture

 

Lignières restaurant l'Hirondelle auteure sauveur pauline la maison expo lecture
Au plaisir de vous croiser à cette occasion 🙂

à propos de Chez elle

Merci à Jean-Paul Gavard-Perret pour son regard sur le livre l’écriture et ses mots sur l’objet du texte des textes.

Merci
pour son article sur le site le Littéraire
dont voici le début :

“Domaine de la lutte
Au fil du temps, et au lieu de dormir, Pauline Sauveur apprit à écrire dans le noir. « Une feuille / Sous le réveil » et un feutre « Le bic peut ne pas, lui, / et alors au matin /vague trace d’une pointe sans encre /illisible ».

Vient le temps ensuite de photographier cette feuille et le monde qui se lève. Chez elle, ou ailleurs «presqu’île, presqu’elle (…) j’habite chez elle et je dors dans le bureau ».
Pauline Sauveur ne demande pas beaucoup. Presque rien.
Juste une chose : qu’on lui « foute la paix ». Pas asociale pour autant. Elle a même vécu une existence qu’on appellera conjugale — choisir à ce point pour en parler le temps, le mode et l’usage. Elle a compris avec le temps que celui d’être est essentiel. Alors trouver sa place nécessite un certain espace ou recul. Regarder, éprouver l’espace, les bruits. Saisir avec lenteur le lieu puis le retenir dans ce qui est son contraire : la photo, « l’instant précipité ».

(…)”

auteure sauveur pauline éditions littérature mineure chez elle JP Gavard Perret article lelitteraire
à propos de Chez Elle, Littérature Mineure, Rouen, 2017 — 8,00 €.

Une chaise dans le paysage

En finnois quand on crie fout-moi la paix, on dit en fait : laisse-moi être.
 

J’aime être à un endroit.
J’aime qu’on me foute la paix !
Qu’on me laisse le temps d’être là, de regarder, d’emmagasiner les sensations de l’espace, les contours, les bruits, m’inscrire dans un lieu, prendre place (racine !).
Le contraire de la précipitation.
La photo, qui est un instant précipité, ultra précipité, instantané, résulte du regard, de l’envie et de ce temps impossible à déterminer qui la précèdent.

L’attente résumée dans l’objet. 

La chaise. 
Symbolisée par.
L’objet anthropomorphe qui révèle et l’action de l’inaction et l’attente assise et le corps qui est, avec son mystère premier, assis sur une chaise, le corps qui réfléchit parle pleure sourit agit pense lit, dont l’esprit s’échappe, reste libre, impossible à définir avec certitude. J’aime cet irréductible-là, de l’esprit dans le corps sur la chaise. Le corps sur la chaise, la présence reconnaissable même de très loin, comme trois points forment un visage : la silhouette inscrit un personnage dans le lieu, l’image, le paysage.

Trouver la chaise qui sera légère (mon dos) et transportable facilement avec la voiture du Parc. Commencer avec cette chaise qui sera une position dans l’espace, qui sera le cadre, le processus, le protocole, un prérequis, le truc là pour commencer, et nous verrons. Parce que c’est peut-être ça l’élan qui a pris place, cette envie de garder une trace, d’être en mesure de renouer avec, de convoquer, d’interpréter, de garder la marque du lieu, l’infime.
(…)

La suite
à lire et à voir en vidéo
sur le site remue.net à la page de ma résidence en Essonne.

Vidéos Marjolaine Grandjean, son Bertrand Larrieu.
remue.net Essonne résidence auteure pauline sauveur photo chaise

 

remue.net Essonne résidence auteure pauline sauveur photo chaise
 

 

expo et lecture à Gien – changement de date : 10 février

Arpenter. C’est peut-être le verbe le plus important.
Découvrir pourrait être le second, verbe.
S’asseoir, regarder, rencontrer, photographier.
Partager. Savourer. Inviter. Lire.
Lire et écrire. Manger et dormir aussi. Dormir ici.
Une résidence d’auteure, c’est un projet curieux. C’est une suite d’actions, mêlées à toutes celles qui s’imposent, qui découlent du programme qui a été mis en place avec les structures partenaires, ici le Parc Naturel du Gâtinais Français et la bibliothèque départementale de l’Essonne.
Je suis venue pendant un an régulièrement habiter en Sud Essonne, cette région que je ne connaissais pas. Pour rencontrer les publics : élèves, collégiens, ados, adultes, participants… Des gens.
Pour travailler. Parce qu’il s’agit de ça, une résidence c’est l’occasion d’un autre travail, privilégié, avec du temps, des interlocuteurs, du calme ou pas, des surprises. Un cadre. 
Alors j’ai travaillé, j’ai écrit, et j’ai écrit à propos de ce travail, ces étapes, dans un journal de la résidence, j’ai photographié aussi, le paysage, le territoire inconnu, les carrières, les carriers, et ma chaise.
 
 
auteure sauveur pauline résidence carrières de grès Essonne lecture exposition médiathèque Gien
Exposition du 18 janvier au 11 février 2017
journal de résidence et mémoire des carriers
dans les coursives de la médiathèque de Gien
Lecture rencontre et finissage de l’expo 
le 10 février 2017
Vernissage à partir de 19h30 et lecture à 20h30
Médiathèque Espace Culturel
8 rue Georges Clémenceau – 45500 Gien
Entrée gratuite – Réservation conseillée 02 38 05 19 51
Bienvenus !

Presqu’îl-e – Lecture à Confluences

Quelques images de la lecture,
menée avec Pierre Giraud, comédien, à Confluences (Paris 13ème)

Ce fut un plaisir de travailler ces mots, ces extraits ensemble, sous le regard de Judith Dépaule qui programmait ce texte dans le cadre du Focus Dégenrez-vous ! et de l’exposition Trans Time.

J’ai fait les portraits de Pierre pendant la lecture, puisque le personnage Elle prend des photos pendant qu’Il parle.

Presque toutes les photos sont tirées
de la vidéo réalisée par Dawei Ding.
Merci Dawei !

une expo dans le noir de la salle
les titres sur l’écran
la lecture
les photos parfois
la liste des verbes
la presqu’île

Chez elle – nouvelle (extrait)

Pour avoir retravaillé sur le projet Presqu’îl-e, qui tient son titre de cette nouvelle antérieure, rebaptisée “Chez elle”…
Voici un extrait et quelques images. 
– – – – –
Chez elle 
 
Presqu’île
Presqu’elle
Presqu’une île
Et de l’eau
De l’eau partout
De l’eau en ville
J’habite chez elle.
Je dors dans le bureau.
Il y a de gros travaux dehors.
Le bâtiment est emmailloté jusqu’au toit.
Chaque fenêtre est bouchée par du plastique épais.
Un échafaudage et une seconde peau de plastique nous cachent de la rue.
Sa chambre est nébuleuse et floue.
Dans le bureau je dors. Au pied du fusil mitrailleur je dors.
Des boîtes de cartouches et la mallette en alu. Bien rangés. Je dors bien.
Je pars à l’école chaque matin. C’est tout droit, au bout de la rue d’Anna, tout droit tout au bout, je pourrais y aller d’un coup de tête, si je voulais, plonger par la fenêtre et filer droit d’un jet de pensée.
Puis stopper net juste avant le parc moche de l’église, je tourne à gauche et j’entre dans le quartier de la montagne rouge. A l’école, pour travailler avec une classe sur le thème de la maison.
Ici j’ai opté pour la radio – station russe – pour le son, les voix, la musique. Posés sur la table dans la cuisine.
(…)
J’étale des choses, je laisse toutes mes chaussures dans l’entrée, j’installe le bruit de la bouilloire dans la cuisine et l’odeur du fromage dans le frigo, le couteau dans le tiroir-planche à pain. Habiter là un temps, prendre place, déballer ma valise, disperser mes objets mes papiers sur la table du salon les plans de la ville les livres les tickets de retraits mon cahier la doc les cartes postales graphiques des concerts où je n’irai jamais.
Je ressors les vieux bols chinois en grès lourd et sa tasse préférée que je n’aimais pas tant que ça, les couverts élégants en argent noircis. Je décide que oui cet appartement est occupé, voyez vous même, j’y suis. Il y a ses affaires qu’elle me prête et les miennes qui trainent, la petite théière à nouveau en usage, la vaisselle à faire, le compost à emmailloter – papier journal ou sachet biodégradable pour la biopoubelle.
(…)
Je sors le soir. Dans la pluie et la lumière de la ville. Les reflets des vitrines des coiffeurs. Je sors la nuit pas tard et je déambule je savoure les heures la plupart du temps je savoure.
La solitude peuplée.
Puisqu’il n’y a plus personne dans ma maison je veux qu’il y en ait au moins quand je sors, en bas de chez moi. Elle m’a dit ça le jour où elle a signé pour l’appartement. Je ne comprenais pas. Qu’elle puisse me priver de sa grande maison me semblait impossible.
Comment imaginait-elle ?
Toujours est-il.
Maintenant j’occupe cet appartement.
(…)
J’habite chez elle pour quelque temps.
Je sors le matin je déambule. Les jours sans école je ne dis rien parfois de la journée. J’aspire, j’absorbe, je regarde autour, j’hume la ville exotique lointaine nouvelle incroyable et aérienne. Massive. Et italienne, par ses couleurs.
Larges avenues calmes, lumières démultipliées, trottoirs larges de capitale et la mer au bout, les arbres, la plage à l’ouest, le port partout autour de la ville.
Helsinki est une grande presqu’île, la mer s’infiltre arrose entoure berce et lèche les pieds de granit des bâtiments qui plongent. A la lisière : le socle ancestral la roche mère qui affleure et la mousse silencieuse.
Je savoure, je regarde puis je rentre boire un thé au son de ma station russe préférée. Les reflets doubles aux doubles fenêtres, le ciel étrange de la nuit urbaine, le silence douillet du parquet, le nez sur le bord du matelas, couchée par terre dans le bureau, j’observe le monde souterrain des poussières sous l’armoire.
Le fusil mitrailleur, ses cartouches et son blouson de moto. Des sacs des cartons des affaires, laissés par ma jeune cousine militaire en transit parfois ici elle aussi. Entassés parmi d’autres boites d’autres sacs : les affaires de ma grand-mère. Son élégance, ses tenues, les tissus de soie sauvage satinée, ses draps, ses nappes brodées, mélangés aux chaussettes et aux bandages, aux chiffons délavés, un t-shirt rouge sérigraphié, Petite Muu fronce les sourcils.
Ses habits au rebut résument l’affaire, à l’hôpital on ne s’habille plus.
(…)
auteure pauline sauveur photos Finlande Helsinki nouvelle texte Chez elle

auteure pauline sauveur photos Finlande Helsinki nouvelle texte Chez elle

auteure pauline sauveur photos Finlande Helsinki nouvelle texte Chez elle

Extrait du journal (22 juin – 16 juillet) – résidence Essonne

Depuis le 11 octobre 2015, c’est à dire depuis un an et un jour aujourd’hui,  je tiens le journal de ma résidence en Essonne, qui est publié sur le site littéraire remue.net. Voici le dernier article en date.

Il y a également d’autres catégories d’articles, en lien avec le double sujet de cette résidence : la mémoire des carriers, mon projet d’écriture Presqu’îl-e et les lectures-rencontres organisées.

Le journal, les articles sont à retrouver sur la page si joliment intitulée Pauline Sauveur au conseil départemental de l’Essonne.

22 juin 2016
Dans la grande médiathèque.
Des papiers de toutes les couleurs des stylos des participantes qui arrivent.
Des femmes et deux filles.

Lecture écriture contraintes et bonbons mots. Les histoires naissent et chaque fois m’étonnent, de leur singularité. Partir. Il s’agit bien de ça. Ce qui ce passe c’est qu’on part chacune pour un lieu unique et qu’on y invite les autres en leur lisant notre évasion.
Entendre rire parce qu’un mot pioché vient parfaitement à point nommer ce dont l’une avait besoin ou soupirer au contraire mais le sourire aux lèvres parce que cet autre mot cette fois va donner à retordre le fil de l’histoire.
Du temps après l’atelier que justement je savoure, celui du premier jour et de la soirée libre, alors du temps pour discuter avec elles.

23 juin 2016
Le gps ne peut pas deviner que les chemins forestiers se barriérisent. Je ne peux pas deviner que la route grise qu’il indique est un chemin fermé.

Le bibliobus est là qui m’enchante. Il est là il fait chaud la forêt déborde de moustiques pas loin du chemin qui bifurque vers le Cyclop et qui s’enfonce dans les bois. Un café sous les arbres un programme de classes inscrites de groupes qui se succéderont. 10 minutes. Je décide de lire et stopper à la sonnerie du chronomètre. C’est un extrait de temps dans un extrait de bibliothèque. Suite au prochain groupe vous aurez à vous raconter les commencements et les dénouements entre vous.

Savourer est le verbe que j’ai dans la bouche et à l’arrière des yeux.
Dans quelques minutes ils seront là on les distingue au bout de la route arrivant du bus garé loin. Dans moins de minutes encore j’aurai ce coup de fil qui me cueille et me bouleverse, j’aurai cette tristesse fulgurante et la voix qui déraille parce que pleurer n’est pas très élégant surtout avec une main sur l’épaule en réconfort c’est pour moi toujours le dérapage de l’effondrement soudain. J’en suis désolée, oui cinq minutes de plus, oui une bouteille d’eau, oui ils arrivent, ils sont à 5 m, oui ils sont là et maintenant ils attendent.
Oui je respire.
On commence.
Oui ça sera bien.
Ils écoutent se demandent ils rient ou acquiescent ils sortent c’est déjà terminé j’ai rien compris j’entends sur la dernière marche de l’escalier qui descend du bus. C’est normal c’est des extraits des textes courts étranges pour se demander et discuter les choses.

Je suis dans ce bibliobus parce que je l’ai demandé, parce qu’on me l’a accordé, en forêt. Alors, là, à l’instant, c’est le cas.

Anne-Sarah Kertudo, il y a un an m’a fait cadeau de cette question simple et importante, du genre à se poser régulièrement : c’était quand, c’était quoi, ta dernière première fois ?
Là c’est le cas.

La naïveté. Ou l’entêtement à croire chaque fois que j’aurai le temps, large, souple sur mes pattes arrière. Pour savourer. Alors que ça ne peut être le cas qu’une fois sur deux : la largesse du temps que je prends coûte la marge du temps d’après. Courir est l’autre verbe.

Mathieu Simonet arrive. J’arrive. On s’installe à la table dans le restaurant. Il lira Le baiser d’Orlando,  son texte qui redit l’essentiel avec justesse et douceur, sur l’homophobie, qu’il a publié en ligne, qui a été publié également sur le site du Nouvel Obs, et qui récolte l’appui le soutien, mais aussi des vagues successives immondes, l’effrayante bêtise haineuse.
Je lui ai proposé de le lire en introduction, ce texte qui redit l’essentiel, pour partager ce regard des autres et de nous-mêmes sur les autres et soi-même.
Je lis des extraits de Presqu’îl-e.
On présente les rencontres l’écriture. Ses dispositifs de biographie collective et participative. Mon approche du portrait. L’amitié qui chacun nous lie à Anne-Sarah qui n’a pas pu venir, lui depuis trente ans moi depuis deux.
Là aussi c’est le cas. C’est la première fois que je lis avec Mathieu.

24 juin 2016
C’est la première fois, c’est jamais comme ça, je vous assure !
Ils se marrent : on fera avec.
J’ai décrit la carrière en fonctionnement comme étonnamment silencieuse, avec seuls les coups de massette sur les pointes de fer qui attaquent la pierre et le bruit des oiseaux et ce calme de forêt.

Aujourd’hui il y a le groupe électrogène, le compresseur, le burineur perforateur, la disqueuse. Aujourd’hui la mécanique et les moteurs occupent l’espace sonore.

La forge est allumée.
Sous un abri deux hommes taillent des couronnements de murs énormes et lourds. Il y a celui qui dégrossit qui manie la disqueuse qui fabrique des nuages de poussière et l’autre qui taille à la main à côté avec le même masque sur le visage, celui des peintres en bâtiment et des poseurs de placo.
Deux autres hommes taillent des pavés sous un autre abri. Ils sont devant une table creuse posée sur des palettes, elle est pleine de sable pour caler le pavé qui valse d’une face l’autre dans leurs mains, qui se précise qui apparaît et qui saute vers le tas plus loin d’un bond souple.
Le forgeron forge au rythme des coups directs et du coup de rebond. Il a aussi un coup qui lisse, plus doux, qui remonte l’outil et finit les quatre facettes de la pointe.

Il y a enfin celui qui manie le burin à air comprimé, on dirait un marteau-piqueur en plus petit. Il lutte avec la machine pour former trois points sur le bloc, il empoigne directement à la main la pointe du burin qui percute la pierre. Puis il trace la ligne et en quelques coups de masse enfonce les trois coins de métal. La pierre se fend. On le devine, juste le coup d’avant. Le chant du coin qui renseigne dira le patron.

Chaque fois l’intelligence du geste, des gestes.
Pour chacun ils traduisent la force qu’il faut continuellement nécessaire pour et contre le grès. Pour chacun il y a le rythme l’application. L’acharnement n’est pas le mot puisqu’ils gagnent et recommencent. Ils persistent continuent enchaînent poursuivent ils tracent et savent. Il n’y a pas un objectif unique qu’il faudrait arracher par acharnement, de la nature ou de la pierre : il y a un boulot à faire et ils savent, le mener l’atteindre, le reprendre chaque jour.
Il y a ce calme, leur calme, dans le bruit des moteurs et des compresseurs à air.

Marjolaine filme à chaque poste, Bertrand prend le son et je photographie ou observe.
Puis.
Je sors ma chaise.
C’est la première fois dans la carrière. Parce que m’asseoir est étrange, l’idée est étrange. Parce que cette action me semble un luxe dans ce lieu de travail. Pourtant je travaille, on travaille tous les trois. C’est pourquoi je prends le pied de l’appareil photo et la chaise. Je fais ce que je me suis fixée pour approcher les lieux, sous l’œil de mon appareil réglé sur 12 poses, une toutes les 7 secondes, sous l’œil de la caméra et celui du micro.

Un second atelier d’écriture à la Ferté-Alais. Des adultes uniquement, certains certaines, venus à la lecture l’avant-veille.
Extrait de mon journal de résidence, pour partager ce qui se joue entre une rencontre et l’autre, les questions aussi, qui arrivent en silence. Et les témoignages des descendants de carriers.

Le nom des villages, des lieux dits, le nom des familles, ils en connaissent, en retrouvent.
Chacun pioche un court extrait. Ma contrainte : mettre quelque chose de ce témoignage en lien avec ce qu’ils écrivent, comme ils veulent, directement ou de loin, pour une association d’idée qui leur appartient, qu’ils décident de ce lien.
Découvrir comme ce décor imposé si contraignant de la carrière en point de départ, devient une porte, un champ, qui se dégage, qui s’ouvre, un espace à part entière, pour chaque histoire. Qui participe au territoire de l’histoire.

13 juillet 2016
Un impératif, une date : le 25 juillet est la limite pour confirmer tous les artistes invités pour la restitution.

15 juillet
Un attentat, hier. Le massacre à Nice.
Crime de masse.
Et ces questions, se dire mais comment réagir, quelle réaction, que faire, à quoi ça sert, comment avancer, comment respirer, comment infléchir le cours, agir. Comment agir ?
Comment concevoir deux attentats dans ce laps de temps de rien qu’est cette résidence, un projet, du travail, comment voir que c’est aussi des étapes noires qui s’ancrent dans le temps et l’histoire.
Et comment répondre à cette question silencieuse et effrayante parce qu’elle laisse pressentir une réponse pleine de désespoir. Est-ce qu’on finit, terrible, à peine, par lassitude, par désarroi, parce qu’une fois que l’horreur ne touche pas les siens, bien sûr cet égoïsme absolu, par… s’habituer ?

« L’important, ce n’est pas ce que je ressens, mais ce que je souhaite, ce que j’espère. J’espère que vous n’aurez jamais mon expérience, mon habitude. »
Ma rage est ingouvernable
Robert McLiam Wilson – écrivain

16 juillet 2016
Seule réponse possible.
Construire.
Soi-même s’armer, s’atteler à construire ?

Lu “construire en habitants” de Patrick Bouchain et Exyzt.
Il y a dans ce livre les idées qu’il a expérimentées à l’occasion de l’expérience Métacités / Métavilla (Mets-ta-vie-la) pour la biennale d’architecture de Venise en 2010.

Habiter est cette condition particulière et première.
C’est l’idée qui est posée comme condition préalable à leur projet : être là, habiter sur place, lors de la biennale.
C’est aussi ce qui est en jeu, ce qui est l’essence même de l’installation :
Installer quelque chose / S’installer quelque part.
Faire une installation / Expérimenter dans le réel, une idée un postulat.
L’installation, comme le fait d’habiter quelque part, collectivement, individuellement, c’est instaurer un (notre) dialogue avec le réel, passer de la théorie à la pratique.

J’ai vu ça à l’œuvre lors de ma proposition des Permutations avec les élèves à Chaumont.
J’ai pu voir, en direct, leur propre et unique interaction avec le jardin en utilisant les objets de l’école. J’ai été heureuse d’observer leur pensée et leur geste, leur liberté en train de se faire, en train de prendre corps devant mes yeux et mon appareil photo sous la pluie.
Par exemple quand une élève choisit de mettre tous les stylos bic sur le banc en pierre.
Le désordre organisé, les équidistances sans répétitions, cette sorte d’organisation très juste d’une répartition sans définition préalable. Et le vif sentiment de la liberté de le faire parce qu’on veut le faire, sans aucune autre justification, sans commentaire.

Habiter/installer.
On s’installe on se pose on occupe l’espace.
Habiter, c’est venir avec nos besoins universels et personnels, les mettre en œuvre, faire et être. Habiter là, c’est être là pour de vrai, puisqu’on mange on boit on dort on va aux toilettes, on aime, on désire.
Patrick Bouchain dit la troisième activité c’est aimer. Il résume : manger dormir et aimer.

Dans les règles du loup la troisième c’est rôder entre-temps. Aimer vient juste après.
Rôder est un verbe qui nous lie au territoire, on rôde toujours quelque part et on rôde au hasard. C’est à la fois le cheminement et l’action du corps, c’est aussi le regard la réflexion et la pensée l’imagination. Quand on rôde on est libre de sa pensée de son cerveau. Le cerveau libre et le corps en mouvement sans objectifs prédéfinis. Rôder n’est pas normé, l’observation est unique et personnelle. Le rôdeur, la rôdeuse, celle ou celui qui marche galope s’arrête, est libre. Personne ne vient de décréter passez ici asseyez-vous là regarder ça.
L’imprévu est possible, la respiration est possible.

Accueillir ensuite.
Leur idée de la Métavilla était d’accueillir.
Permettre à l’autre d’accomplir ses besoins, puisqu’on les a organisés pour soi. Et voir surgir : les possibilités. Voir comme l’accueil déchaine le potentiel, permet l’imprévu, et rend possible la rencontre, les nouvelles propositions.

Depuis longtemps, c’est ce qui m’intéresse : la force passive.
Chercher/comprendre la fécondité de l’espace qui rend possible, qui propose, qui matérialise l’invitation à.
La force évidente et silencieuse du muret de 43 cm de haut, par exemple, quelque part dans un lieu où passent des gens, qui les invite à s’asseoir, qui accueille leurs fesses, sans même qu’ils s’en rendent compte.

J’aime beaucoup cette chorégraphie du quotidien qui s’ajuste avec une simplicité.
Dans le livre, quelques photos. Voir tel crochet, telle pince fixée aux rondelles des étais d’échafaudage (le système modulaire choisi pour « construire » la Métavilla dans le pavillon français). Voir à quel point elles s’y prêtent et accueillent un usage, comme elles invitent et se découvrent aptes à de nouvelles fonctions, aptes au détournement.
Le détournement n’a pas besoin d’être déclaratif, intempestif, il se fait par ajustement, par ingéniosité face au réel, face au besoin d’accrocher ça ou ça, là, là et là (le premier titre de leur projet).

(à suivre…)