journal – Festival Fotolimo

Tout a commencé jeudi.
Interdite debout dans la rue à 5 h du matin sans la moindre circulation, sans voitures ni piétons dans toutes les lumières ce noir impossible de la ville endormie, j’ai essayé.

Je me disais : alors, aujourd’hui je rate un tgv ?
J’avais un peu de mal à y croire, mais potentiellement c’était là.

Les réservations se faisaient par application et les applications à télécharger ne voulaient pas de mon mot de passe. Seuls circulaient les taxis pleins aux conducteurs qui un à un me faisaient non non de la tête ou de la main à l’index levé devant mon bras qui les appelait et ma mine perplexe. Et ils filaient presque sans bruit les grosses berlines noires. Mais heureusement les pages jaunes et heureusement par téléphone vous êtes dans quelle rue madame ? Le véhicule atteindra finalement avec moi dedans le devant la gare où le métro ne passera que plus tard.

Départ hall deux, mais mon envie d’un café pour la route aura lui aussi mangé des minutes et la vendeuse fatiguée et l’absence de couvercle au gobelet fera que le café s’en ira par terre tout le temps de ma course pour rejoindre le quai. Arriver juste et passer les bornes mon billet en main et longer longer longer jusqu’au bout du train si loin le dernier wagon.
Un sms de Delphine Chevalme me dit qu’on est dans le même, effectivement deux rangées plus loin elle se retourne et à tout à l’heure pour dormir jusqu’à Perpignan où il fait beau. Ça sera une salade chacune et nos bagages et les piquets de bois pour ses drapeaux à nos pieds au café en face de la gare et la musique gitane d’un poste de radio, peut-être pour la manche, un peu plus bas de la place en pente. Puis notre second train jusqu’à Cerbère tranquille.

Débarquées, on sautera direct dans le camion direction l’ancien poste de douane, à la frontière entre Cerbère et Portbou pour attaquer l’accrochage avec l’aide de Carla Yovane Pérez qui a déjà terminé dans les pièces à côté de la mienne.

Sa série a pour sujet les hommes prostitués et leurs clients à Santiago du Chili. Se faire happer par ses images et le silence qu’elles instaurent. Les corps et la chambre et le lit, la lumière à travers les rideaux. Avant ou après la rencontre et l’acte, un bras sur l’épaule, la peau, les regards dans le vague, une main sur la cuisse. Le silence et le souffle, de celui respire, de celui qui s’allume une cigarette. Les bruits feutrés dans l’image font que je mesure mes pas à marcher devant pour les regarder lentement.

Notre lieu est singulier, beau et seul sur la crête de la montagne, tagué, debout face aux deux voies qui vont ou viennent vers les deux villes en contrebas.

Au rez-de-chaussée s’installent les photo-drapeaux de Delphine et Élodie Chevalme, la fiction nocturne sur les toits des immeubles les Éternels. Leurs regards percent l’image. Les corps astronautes dans la nuit de la ville. L’étranger perpétuel renvoyé à ce statut continuel de celui-celle qui vient d’arriver. L’ami sur la première photographie. La fille et sa mère qui se tiennent la main. Tous sont restés immobiles dans les pauses longues de huit minutes éclairés par les lampes torches manipulées à la main par les deux sœurs habillées de noir pour ne pas s’imprimer sur l’image.

Parce que madame Maria nous attend côté Espagne avec une clef pour notre logement on va prendre le camion, monstre docile, pour lequel j’ai eu du mal à défaire le frein à main inversé (coté portière) à en descendre du siège et debout sur la route et des deux bras forcer le soulever d’un cran et l’abaisser enfin pour pouvoir démarrer.

Place de l’église l’escalier étroit dessert notre cuisine et une chambre puis l’autre jusqu’à surplomber la ruelle à l’opposé. Dans le dos plus haut, la montagne sèche et nue et piquante de cactus, la mer à ses pieds le ciel.

Par la suite, on rejoindra le point de ralliement du festival. Se poser au bas de la muraille de la sncf, les briques en arches immenses rebondissent au bord de la ville et soutiennent le plateau des trains des ateliers des voies multiples au-dessus des têtes. L’auvent dans le patio le figuier et les tables en longueur pour partager les repas. Et je souris des deux bassines d’eau chaude sur la table de la cour pour que chacun fasse sa vaisselle, ça me semble si simple pour vivre en commun cette intelligence pragmatique du geste.

Pour arriver au quartier général qui est cet hôtel central, on s’engage dans la rue-canal. J’imagine le torrent en cas de phénomène cévenol. Dans le lit sec tout le monde se gare et attrape un escalier ou un autre, quelques marches et un passage dans le garde-corps plein que condamne un portillon de métal pour canaliser le torrent quand il y passe. En attendant, c’est une rue basse aux trottoirs surélevés bordée de maisons hautes qui continuent de s’accrocher au relief, parées de tous les escaliers de la ville.

Le soir à Portbou la mer est plus proche encore, à portée de main et l’écume blanche se voit sans lumière depuis le café ou le restaurant et leurs terrasses presque désertes. C’est le mois de septembre sans touristes.

Chaque jour on aura nos rassemblements les points de rendez-vous pour se serrer les uns et les autres à l’arrière d’une voiture pour covoiturer et aller d’une ville à l’autre, ou sur un pied s’arrêter sur la ligne au poste-frontière.

Les Français logés en Espagne était la modalité d’un financement qui n’aura pas lieu. Mais c’est si bien de se retrouver là, de cet autre côté de la langue. L’espagnol dans la tête et la voix viendra seulement après deux nuits et deux journées entières à entendre parler pour enfin me passer de l’anglais et du finnois qui arrivent en premier chaque fois.

Vendredi, qui n’est que le second jour alors que je crois être ici depuis déjà si longtemps à en avoir même des habitudes et des visages amis, vendredi, il s’agit de terminer l’accrochage et de prêter la main aux collages de Laetitia Tura aidée de sa fille de cinq ans : on l’aura lavée et frottée cette table pour éviter que la colle ne salisse les images et les textes qui s’enchainent.
Nathalie Lescuyer accroche également ses grands formats dans le couloir et l’escalier et les différentes images encadrées dans la salle du fond. Need, le titre et les quatre phrases de son texte de présentation douces et puissantes comme le sont ses images.

La force. De leurs images, à l’une et l’autre, de cet ensemble qui énonce, comme une terre qui raconte, un corps qui se souvient, une main, un téléphone portable, des silhouettes autour d’un feu de nuit qui apparaissent à peine. Une voix qui dit ou qui se tait et qui montre. Regarde, regarde.

Après la longue matinée on veut manger, affamées qu’on est de n’avoir pas pris de petit déjeuner à en rire à force mais affamées. Et ensuite, avec nos deux heures de libres devant, décider avec Delphine de suivre à pied la route qui grimpe et au détour du snack qui domine la ville sur son flanc droit, se glisser entre la roche et les murs et suivre l’escalier qui mène aux vagues en contrebas. La crique est petite et isolée, de là on peut voir la ville de face installée dans les creux et les maisons qui s’échelonnent autour. De là on a sauté dans l’eau fraiche et si salée de la mer comme chaque fois je le redécouvre. Nager mes baskets aux pieds vu les roches glissantes j’ai préféré.

Ce soir il y a la projection au si bel Hôtel du Belvédère, étrange navire qui au lieu de pointer vers la mer suit les voies du chemin de fer. Le film est beau et le travail des photographes dans le film tout autant, les sujets presque tous terribles comme quelques-unes des facettes du Mexique.

Samedi l’orage de la nuit s’est prolongé de pluie jusqu’au matin. Le ciel se détache de la montagne et descend dans la vallée vers la mer grise. Les couleurs et les matières et les textures humides et sombres. J’ai dormi plus longtemps qu’hier et je souris de sentir le vent et l’énergie des vagues à la fenêtre ouverte. C’est un bonheur d’air frais, une tasse de thé à lire Presqu’îl-e pour la lecture du soir, changer le choix des paragraphes et mesurer la voix, le temps, les pauses et le silence. C’est un bonheur plein et étonnant, je me dis depuis quand, depuis combien de temps n’ai-je pas ressenti cela ? Des années (oh) ? En quoi les choses ont changé pour que cela arrive sans effusion, sans bouleversement ni révélation ni rien d’intempestif, un état, de fait, simple évident et silencieux devant la journée promise de pluie alors que cet après-midi la déambulation traversera toutes les expositions. Un état qui s’ajoute ni plus ni moins à tout le reste connu, identique à hier, exactement, le travail, la tension peut-être, et plus loin les questions et le désespoir face à la noirceur du monde qui est toujours la même et dont je suis tellement protégée, je le sais. Un état qui prend place étonnant que je savoure qui fait de l’air entre les idées et les gestes qui fait la pensée sourire.

À 14 h, conférence de Claire Rodier sur son ouvrage Xénophobie business et le cynisme sinistre mondial et capitalisé. Ouvrir les yeux. Approfondir ce que l’on connait, ce que l’on devine. Une nouvelle parcelle de colère et d’impuissance et seulement cette possibilité d’un peu de connaissance pour au moins être conscient avec plus de netteté.

David del Campo présente également son travail sur la population Yezidi. La carte d’un peuple sans terre, et ce que ça veut dire en images pudiques de rester cinq années une famille entière dans une tente de douze mètres carrés. Vue de l’intérieur, la courbe de l’abri en toile à chaque photographie frontale, une couverture, une banquette, les tapis, un tissu et les plaques d’isolant pour tenir le froid dehors.

La déambulation démarre dans la salle rallumée pour voir Poupées. Les filles les gamines et les jeunes femmes gitanes. Les tallons les paillettes et leur vitalité. Des images puissantes et ambivalentes devant leur liberté qui s’efface le jour du mariage, vers quinze ou seize ans souvent. Une violence sourde et pourtant les sourires et les rires sur presque toutes les images.

Au point librairie je ferai deux dédicaces des Yeux brodés, la photo se trouve sur la couverture uniquement mais ce texte s’échelonne en quinze chapitres comme autant d’images.

La déambulation de lieu en lieu, d’exposition en exposition, on se rend sous la pluie dans le tunnel qui mène à la mer, la fin de la rue-canal se transforme en passage souterrain tagué et squatté espace occupé pas si simple. À côté des images de David Del Campo les lambeaux de l’autre exposition ont été enlevés parce que totalement saccagés. Il ne reste que son double texte de présentation l’un en français l’autre en espagnol, comme nous l’avons tous. Est-ce un hasard que ce soit uniquement le travail d’une femme qui ait fait les frais d’une colère de territoire cette nuit ? Les images poétiques de Beatriz Polo reprendront place dès demain face à la mer sous le regard de ceux qui viendront à la plage.

La découverte se poursuit, avec la présentation par la ou le photographe après un préambule par Patrice Loubon ou Claude Belime, les organisateurs émus et enthousiasmés touchés par ce qu’ils nous font découvrir. Sentir la force qui anime les artistes, leur conviction, le travail et le travail et la somme que cela représente, sentir le temps dans la question de la série, le cheminement, les étapes ou les interrogations.

Arrivés au poste de douane en file de voitures sous la pluie qui continue, les visiteurs envahissement les salles et découvrent la série de Xavi Millan dont une image s’érige seule au-dessus de l’anneau scellé dans le mur de l’ancienne cellule. Les Éternels de Delphine et Élodie, et dans le couloir en boucle la vidéo de Gilles Mercier mêlant images dessins et la voix de sa sœur lisant des brides des lettres de leur grand-père résistant.

Après une forme d’impatience qui est aussi une fébrilité sans être du trac mais une électricité sous la peau j’ai commencé la lecture de Presqu’îl-e avec les mains qui tremblent un peu mais ça ne s’est pas vu m’a rassuré Nathalie. Dire et expliquer, résumer le projet. Puis laisser les images parler. Laisser les autres photographes poursuivent et écouter et regarder mieux encore dans toutes les autres pièces du poste-frontière.

À Portbou la pluie s’est arrêtée et chacun gravit le long escalier qui mène au pied du mur de la Renfe où sont collés d’un côté les grands formats Philippe Petit, Border Line. Sur ses photographies, les corps se dédoublent et semblent disparaitre au contraire des lignes bien visibles qui les traversent.
De l’autre on trouve celles de Philippe Dollo, Aître Sudètes ou l’éloge de l’impuissance, images paysages qui sans bruit formulent un effacement de l’histoire et une persistance pourtant, de trace en trace, un lien qui se déroule qui persiste. Jusqu’à atteindre ce couple venu à Portbou justement le jour du collage, dont la femme est allemande et qui viendra et reviendra voir et dire comme ces photographies s’adressent à elle aussi qui racontent l’histoire de son père.

Puis les images d’ombre aux visages clairs d’Anne Sophie-Costenoble et plus loin, s’avancer entre les étals des halles de la ville pour le travail de Camille Carbonaro accroché aux murs carrelés de blanc d’un emplacement laissé libre. Découvrir Appelez-moi Victoria en autofiction en image et en mots, de page en page de collages en photographies d’identité. J’avais fixé en arrivant et en grand dans les couloirs de la gare une de ses photographies sous le pictogramme des escaliers desservant à droite et à gauche deux quais, matérialisant la question qu’elle se pose dans son livre.

Et enfin la présentation du lien rouge qui traverse et relie les deux villes de Ning Zuohong, en chinois simultané français et espagnol. Le fil qu’il installe et qu’il prolonge de lieu en lieu et de poignet en poignet à tous les présents au festival qu’il vient relier d’un bracelet ficelle.

Et enfin se mettre dans la nuit en terrasse rincée de pluie aux chaises qui s’égouttent et tout le monde sourit une bière devant soi.

Plus tard c’est la soirée au poste de douane où se réunir à nouveau à parler fort dans la musique. Manger boire dedans ou dehors juste sous la photographie des oranges étalées sur la table, l’une de mes images en grand format qui se superpose aux précédentes des éditions passées.

Pour finir un sandwich généreux au dernier café ouvert de Portbou la tablée joyeuse et le bruit des vagues.

Dimanche je range ma chambre je débarrasse le linge et refais ma valise. En fin de matinée je retourne voir certaines expositions. Puis lectures de portfolios. Inscrite à deux lectures j’ai décidé de montrer seulement la série Presqu’îl-e dans l’idée de poser la question du prolongement de ce projet multiple. Il y a le corpus de photographies et même cette seconde série que j’appelle complémentaire qui pourrait s’y glisser (dans quelle mesure ?) en apportant des temps de pose, de respiration, un éloignement du sujet du changement de genre, vers d’autres références. Il y a le texte de la taille d’un petit roman, qui se déploie presque entièrement à la première personne, pour ses paroles comme pour mes propres réflexions sur le travail de création et ma manière de photographier, sur les enjeux, sur les questions que je me suis posées progressivement sur le genre, les injonctions, les perceptions. Et enfin, la pièce de théâtre que j’ai adaptée de mes notes, de toute cette histoire, pour proposer deux personnages, il et elle, peut-être les deux voix d’une même entité, et le double, la question du double et du dialogue, intérieur ou pas.

La suite du temps de libre dans le vent frais qui traverse les rues, j’ai suivi les escaliers et sur un muret je me suis assise en surplomb de la baie. Je suis attachée aux rivières et à l’eau des lacs ou des ruisseaux, terriblement, aux arbres, aux arbres nom de nom et aux forêts, qui manquent cruellement ici. Regarder la mer et sentir la force des éléments, entendre et regarder les vagues.
Je ne savais pas que j’aimais ça. Autant.

Et à la tombée de l’après-midi dans la gare presque vide j’ai attrapé le train de nuit qui traversera l’averse proche à mesure que les lumières allument les villes.

Ci-dessus, photographies de Alejandro Pérez Álvarez (Fotolimo 2018).
Toutes les autres photographies : Pauline Sauveur, sauf les six images de la lecture : Philippe Dollo, que je remercie !

Festival Fotolimo quatrième édition
entre Cerbère (France) et Portbou (Espagne
du 20 au 29 septembre 2010

Organisé par Negpos / Patrice Loubon
et Lumière d’encre / Claude Belime

Les artistes exposés à Fotolimo :

Angeles Alonso (France, Mexique)
Camille Carbonaro (France)
Delphine et Élodie Chevalme (France)
Anne-Sophie Costenoble (France)
Philippe Dollo (France)
Pascal Fayeton (France)
Nathalie Lescuyer (France)
Gilles Mercier (France)
Richard Petit (France)
Pauline Sauveur (France)
Zuohong Ning (France, Chine)
David Del Campo (Espagne, Madrid)
Xavier Millán (Espagne, Catalogne)
Beatriz Polo Iañez (Espagne, Baléares)
Neus Solà (Espagne, Catalogne)
Lætitia Tura (France)
Carla Yovane (Chili)

et Claire Rodier, juriste au GISTI (Groupe d’information et de soutien des immigrés), et co-fondatrice du réseau euro-africain Migreurop.

Et un vrai et très très grand merci
à toute l’équipe du festival pour leur accueil si chaleureux,
joyeux et facile, efficace et attentif !

Territoire(s) et égalité(s)

Territoire(s) et égalité(s)
du 7 au 23 décembre
Galerie Canopy à Paris

Vernissage samedi 8 décembre à 19h !

” Le monde reste une obscurité. Le faire pénétrer dans une chambre noire permet de comprendre pas à pas des petites poches de réalité. Les photographes de cette exposition le prouvent. Et si la carte n’est pas le territoire, la photographie témoigne d’un état de fait et d’un espoir pour peu qu’elle ne se veuille ni colonialiste ni voyeuriste. Un corps « différent » devient un corps miroir. Il est réfléchi par le corps du récit des photographes.
(…)”
Jean-Paul Gavard-Perret

Nous seront 7 photographes, réunis autour de ce thème qui nous rassemblait déjà dans le NiepceBook n°7 publié par Corridor Eléphant, éditeur spécialisé dans la photographie contemporaine.

J’exposerai aux côtés de :
Chrystel Capparos
Antonio Domingues
Baptiste Gamby
Guillaume Lavit d’Hautefort
Ymy Nigris
Christophe Vandon

Galerie Canopy
19 rue Pajol – 75018 Paris
Métro 2 – station La chapelle

Ouverture : jeudi de 14h00 à 19h00
du vendredi au dimanche, de 14h00 à 20h00

Bienvenu.e.s !

Presqu’îl-e – Lecture à Confluences

Quelques images de la lecture,
menée avec Pierre Giraud, comédien, à Confluences (Paris 13ème)

Ce fut un plaisir de travailler ces mots, ces extraits ensemble, sous le regard de Judith Dépaule qui programmait ce texte dans le cadre du Focus Dégenrez-vous ! et de l’exposition Trans Time.

J’ai fait les portraits de Pierre pendant la lecture, puisque le personnage Elle prend des photos pendant qu’Il parle.

Presque toutes les photos sont tirées
de la vidéo réalisée par Dawei Ding.
Merci Dawei !

une expo dans le noir de la salle
les titres sur l’écran
la lecture
les photos parfois
la liste des verbes
la presqu’île

Ville et littérature – Chaumont #3

C’était le thème de ce 13ème salon du livre de Chaumont

Ce fut riche et intense

avant
avec l’installation de l’exposition “Bruissements intimes”
et l’installation de l’autre expo “Presqu’îl-e”

et pendant
avec la participation au Salon
les lectures sous le chapiteau
les lectures dans les univers douillets
(celui pour les contes avec des coussins moelleux)
les dédicaces
les rencontres avec les écoles
les rencontres avec les auteurs
les rencontres avec les gens, curieux, contents d’être là, à cette fête du livre.

Merci à chacun
pour ces moments-là
joyeux
denses
importants.

Presqu’îl-e – extrait de la version littéraire et de la version théâtrale du texte
Suspendus dans l’univers double hauteur
Presqu’îl-e – les photos
Désir nu – nouvelle sur tissu
L’entrée des univers doubles – Bruissements intimes
(c’est le nom donné aux petites salles imaginées dans les silos à grain)
Photos en boites
 les objets complices
 L’objet, la preuve et le texte (sur le bloc)
 L’attend – carnet participatif
 L’attend
 Accrochages en cours
 Mise sous cadres
En attente des auteurs
et des livres 🙂

Extraits – lectures, sons, présence, musique, manifeste, mots… Public averti*

Cette soirée là, le samedi 12 septembre 2015.
On était 6 auteurs et 1 musicien :
BITOUZET * CORNU * FONTENEAU * HERROU * JOUAN * SAUVEUR *
* Public Averti à Sancerre
et Roby Rousselot au piano et à l’accordéon (à qui on doit l’enregistrement, merci !)
au Café Art Tour Martine.
A ré-écouter en ligne :
La lecture du manifeste du collectif par Laurent Herrou*
La lecture de Camille Cornu*
A suivre également sur Facebook :

Résidence d’auteur – Chaumont #1

En résidence avec les Silos,
maison du livre et de l’affiche
de Chaumont (52000)

sauveur pauline auteur résidence les silos Chaumont

Salon du livre en novembre “Ville et architecture”
alors écriture autour
du thème
avec l’envie et le projet “Permutations.”

sauveur pauline auteur résidence les silos Chaumont

Venir et revenir
s’installer
dans l’appartement pour 10 personnes, désert…

sauveur pauline auteur résidence les silos Chaumont

Et tous ces verbes
regarder, écouter, lire, découvrir, rencontrer,
réfléchir, imaginer, dormir, manger, écrire
photographier, prendre des mesures, arpenter…

sauveur pauline auteur résidence les silos Chaumont

sauveur pauline auteur résidence les silos Chaumont

sauveur pauline auteur résidence les silos Chaumont

Un automne*public averti – l’expo

Des photos de la belle expo !

L’expo privée est visible jusqu’au 18 octobre.
Renseignements sur la page Facebook de public averti*

La performance d’Alexandra Guillot

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Les sculptures de Caroline Valmar dans le petit salon

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L’installation lumineuse de Jean-Baptiste Ganne dans l’une des chambres

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Les photos de Cyrille Berger à l’étage des greniers

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Les photos de Torsten Solin dans le couloir proche de l’entrée

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Et les miennes dans une autre chambre : “Anima / Animal”

un automne*public averti – EXPO

Exposition privée

du 25 septembre 
au 18 octobre 2015
Château de Villequiers (18800)

Vernissage : le vendredi 25 septembre 2015 à partir de 18h

contact : laurent.herrou@gmail.com 
performance exposition public averti un automne
photo  Torsten Solin
Les artistes *, les œuvres…

* Cyrille Berger, « Clin d’œil »

« Avec une attention toute particulière, nous regardons les objets qui nous entourent,
qu’ils soient nôtres ou pas, et chaque regard porté sur chaque objet déclenche
systématiquement une suite de pensées, des souvenirs, des réflexions. Ces objets que
nous amassons au fil du temps et qui sont en quelque sorte témoins de notre vie ont une
vie, et nous ne les possédons plus, ils nous possèdent, comme des petits fantômes. J’ai
voulu témoigner de cette humanité en l’exagérant, en leur collant ces petits yeux de
plastique dessus avec de la gomme adhésive et en capturant un portait
anthropomorphique amusant, comme un clin d’œil. Ce sont eux qui nous regardent
maintenant, avec une attention toute particulière. »

Cyrille berger est illustrateur et graphiste dans la communication et la presse.

performance exposition public averti un automne

* Jean-Baptiste Ganne, « D.A.F de Sade, Dialogue entre un prête et un moribond »

Techniques mixtes.
Environ 10h.
(1782 / 2011 / 2015)

«Chaque château, comme vieille demeure, a dû voir passer nombres d’hommes
mourants. Sade, en 1782, écrit un texte politique superbe, le Dialogue entre un prêtre et
un moribond. C’est en langage morse visuel, dans une des chambres du château, que
nous allons réinterpréter ce dialogue. L’homme libre et libertin qui sera emporté par la
mort sera interprété par une lampe et le prêtre moraliste par une autre. Cette lecture de
dix heures, de jour ou de nuit, s’achève par la victoire rhétorique du moribond sur le
prêtre qui devient, dans les bras des femmes : “un homme corrompu par la nature, pour
n’avoir pas su expliquer ce que c’était que la nature corrompue” »

Jean-Baptiste Ganne, né en 1972 à Gardanne, vit à Nice.

performance exposition public averti un automne

* Alexandra Guillot, « Silencio »

Performance.
Destructeur de documents, papier, table.

« C’est une performance que j’ai réalisée à plusieurs reprises. Elle m’a été inspirée, à une
époque où je n’arrivais plus à écrire, par une citation de Mallarmé : “Sur le vide papier
que la blancheur défend”. Quand je suis, par hasard, tombée sur ce destructeur de
documents qui s’appelait Silencio, l’idée a pris forme. Je m’isole dans une pièce plongée
dans l’obscurité, la seule source de lumière éclairant la table où j’officie. Devenant un
être intemporel qui évolue dans une autre sphère, on me voit passer au broyeur des
feuilles blanches. Au fur et à mesure que le temps s’écoule, le tas de feuilles laminées
grossit, enfle, pour devenir une sculpture. Au départ, c’était une sculpture, c’est devenu une performance, aujourd’hui je peux dire que c’est une sculpture dont je fais partie.
Cette œuvre est emblématique pour moi du passage du littéraire au plastique. C’est un
acte d’isolement qui renvoie à la solitude de l’écrivain, à une autre nuit aussi. »

Alexandra Guillot est née en 1980 à Bayonne.
Elle est membre du collectif La Station (Nice), et fondatrice du site Le chant des matelots.

performance exposition public averti un automne

* Pauline Sauveur, « Anima / animal »

« Animal absent habitant cet endroit.
Une légère brise sur un pelage froid.
D’une confrontation silencieuse vers l’entrouverture.
Dans ses yeux de verre, dans son visage d’animal maintenu, convoqué, abritant une trace
du vivant, lieu de l’enjeu, en je, lui ou moi personnage, j’envisage ma propre question. »

Pauline Sauveur est auteure, photographe et architecte.
Son site : lecoeurcaramel.blogspot.fr

performance exposition public averti un automne

* Torsten Solin, « Broken Mirrors »

C’est le thème du miroir et de la réflexion que l’artiste explore depuis plus de dix ans.
Ces images, qui rappellent en partie les tests de Rorschach, ont été créées à partir de la
méthode surréaliste de l’« inversage », mise au point en 1977 par l’artiste tchèque Milan
Nápravník. Jacques Lacan déclare dans sa théorie du « stade du miroir » que
l’observateur n’est pas confronté, dans le miroir, au reflet de sa propre personne, mais
juste à une image, une projection de celle-ci.

Torsten Solin est né en 1972 à Jena.
Il vit et travaille à Berlin.

* Caroline Valmar, « No more barbed wire I & II »

Deux massacres de cerfs de Sologne (13 cors chacun), et barbelés.
Présentés sur une
table réalisée par José Rhit.
Céramique, cuisson basse température et enfumage.

« J’ai, au départ, commencé par des sculptures d’animaux (fauves, bisons, cerfs, toros),
par goût du mouvement et du muscle.
Puis l’évolution s’est faite en direction des primates pour leur expressivité proche de
celle de l’homme.

Et puis l’homme.
L’homme premier, originel, celui de l’Est de l’Afrique, de la vallée de l’Omo, du grand
Rift ; celui du berceau de l’humanité. »

Après une vie émaillée d’études d’histoire et d’archéologie, de nombreux voyages dans un
cadre professionnel et la réalisation d’une vie de famille, Caroline Valmar « restitue » des
impressions, des connaissances, des expériences, des flash visuels accumulés depuis 50 ans. 

public averti* – collectif

Samedi 12 septembre

à 18h30
démarrait le second évènement public averti*
6 auteurs allaient lire
un texte, un extrait,
à paraitre, paru, en cours d’écriture.
Par ordre de lecture :
Camille cornu
Pauline Sauveur
Pascale Fonteneau
Alexandra Bitouzet
Olivier Juan
Laurent Herrou
accompagnés par
Roby Rousselot
au piano 
à l’accordéon
Avant cela, pour la première fois
le manifeste du collectif
a été officiellement annoncé
L’annonce fut directe et simple
le texte l’est aussi
qui affirme
l’avertissement
de ce public
averti d’être là
face aux artistes
présents
et libres
“Avertissement
L’affiche était réalisée, nous n’avions pas de titre pour l’exposition, nous présentions notre travail lors d’un festival, à La Charité sur Loire, nous étions : une photographe, un illustrateur et un écrivain, nous nous étions rencontrés entre Cher et Nièvre où nous vivons tous les trois.
Nos noms s’affichaient, notre travail et les lectures que nous ferions à telle date, à telle autre.
Nous avions conscience que le travail que nous présentions était réservé à un public adulte, aussi avions-nous pris soin d’adjoindre au mot Lecture un astérisque.
Qui renvoyait en bas de l’affiche.
* Public averti.
Nous sommes des artistes, c’est le travail que nous faisons qui a du sens, pas les restrictions que l’on peut y poser.
Nous sommes des artistes, la morale n’a rien à voir.
Nous sommes des artistes et il fut un temps où nous représentions un danger pour une certaine idée de la société : parce que nous sommes libres.
L’idée est venue que nous pourrions, à trois, former un collectif.
L’idée est venue que ce collectif ne serait pas limitatif, qu’il s’ouvrirait à d’autres artistes, à d’autres formes d’art. L’idée est venue qui était une belle idée, pas une recherche de subventions, ni une manière de prendre le pouvoir.
Non.
Plutôt une manière de le rendre à ceux qui font l’art : les artistes.
Nous ne sommes pas une structure, nous ne sommes pas une administration, nous ne sommes pas un compte en banque : nous avons un estomac, des yeux, des oreilles, un sexe. Nous nous servons de ce que nous avons, appelez cela du talent.
Vous avez ce droit-là.
Comme nous avons celui de tout dire, de tout montrer, de tout faire.
Nous ne nous privons pas.
* Public averti.
Le nom du collectif s’imposait : puisque nous allions vous avertir de ce que nous faisions, de qui nous étions.
Le nom du collectif s’imposait, le miroir de ce que nous disons : vous êtes ce public averti qui nous entend, qui nous écoute, qui nous regarde, qui nous observe, qui nous cherche, qui nous devine, qui nous fuit, que nous dérangeons, que nous fascinons, que nous intimidons.
L’art n’est pas une guerre.
Ce n’est pas un cadeau non plus.
C’est là, vous avez de la chance : nous sommes là.
Nous vous avertissons de notre présence, nous sommes des klaxons si vous voulez. Vous avez besoin de nous pour ne pas vous faire écraser. Par la vie, par la société. Par vous-même.
Vous comprenez ?
Nous vous avertissons : par le passé, nous faisions peur et l’on a cherché à nous détruire. Mais le monstre a dépassé son créateur et ils se sont détruits eux-mêmes. Ils ont mis des étiquettes, ils ont pointé du doigt, ils ont dénoncé.
Nous avons survécu.
Nous sommes un code barre, une étoile jaune, un tatouage sur l’avant-bras.
Nous portons cet astérisque comme un avertissement.
Nous sommes des artistes, nous grandissons sans avoir besoin de nous reproduire, génération spontanée.
Nous existons.
Nous e*istons.”

Laurent Herrou *

manifeste public averti* collectif Sancerre
12 septembre 2015 à Sancerre / Art Tour Martine

Photos Lili Cameau 

Extraits des extraits :
« Je suis une pute invisible, pourquoi, pour garder un pied dans cette société, cette bien-pensance dont je ne veux pas, ces bons sentiments imposés, la pire violence, la pire domination, celle qui vous dit ce qui est bien, ce qui est mal, quand avoir honte, quand être digne, la domination des sentiments, quand on passe au-dessus de ça, je pense qu’on passe au-dessus de tout, que le patriarcat n’existe plus. »
Nos corps seront témoins – E-fractions éditions 2015
« Il se lève et enlève son pull et son t-shirt noir. Il suit des doigts les cicatrices. C’est net et à peine rouge.
Je reste assise, la table n’est plus vraiment entre nous, mais je reste sur cette distance qui matérialise notre relation dans cette histoire.
En même temps l’intimité, la proximité et le partage de l’histoire.
Et cette table de cuisine entre nous. La pudeur de la table. »
Pauline Sauveur
Presqu’îl-e – en cours d’écriture et publié dans Square Magazine
« Qui aurait l’idée de se tirer en week-end amoureux en plein mois de novembre? Au mépris total du calendrier qui réserve ce genre d’activités pour la saison des oiseaux en fleurs et des arbres en rut? Qui aurait l’idée? Mon mari. »
Maelbeek, collection Tourisme et Polar – éditions Baleine 1998
« Maman a jamais aimé les artistes. Il paraît qu’elle a écrit un petit livre, il y a quelques années. C’était juste après que papa est parti. Le petit livre n’a pas marché du tout et après le divorce, ça commençait à faire beaucoup d’échecs. Du coup, maman a cherché puis trouvé un vrai travail, c’est-à-dire un travail qui rapporte des sous, et elle a fait ce qu’elle avait à faire. Elle dit souvent que dans la vie, si on veut s’en sortir, faut pas se débattre, que celui qui se débat finit par couler et que c’est pour ça qu’elle fait toujours ce qu’on attend d’elle et jamais rien qui va contre. Parfois elle essaye autre chose et comme ça marche pas, elle se remet dans le rang parce que ça, au moins, ça remplit le frigo. Ça doit être pour ça qu’elle déteste autant les artistes, parce qu’eux ont trouvé le moyen de pas couler. Enfin, je dis ça, mais je suis sûrement trop petit pour comprendre. Ça aussi maman me le dit souvent. »
Le Bunker, Jacques Flament Editeur, à paraître fin 2015
« Il coupe le contact, sort de la voiture et finalement, il en convient, la chaleur supportable, le bleu du ciel et cette mer si près, lui procurent une humeur moins maussade pour ne pas dire, une bonne humeur. Il n’est pas certain qu’il sache un jour en quoi consiste exactement une bonne humeur, et encore moins par quels ressorts celle-ci peut bien émerger chez ses semblables. Il a d’ailleurs fini par considérer qu’accéder à cet état relève d’une grâce dont il est structurellement privé, ou bien nécessite d’en passer par l’autosuggestion, grande consommatrice d’énergie et dont il n’est pas beaucoup mieux pourvu. »
sans titre, manuscrit en cours
« J’ai oublié Frédéric.
Je l’ai trahi une fois, je l’ai accusé, injustement ou non, je ne m’en souviens pas.
“C’est lui qui a commencé.”
Ensuite, j’ai oublié Frédéric. Sa trahison à lui, l’accusation de mon père. Et la vérité. »
Frédéric – revue Rue Saint Ambroise, 2005