Intervenir

Texte écrit à l’intention des architectes et des professionnels travaillant en lien avec le patrimoine, dans le cadre d’une formation à la sensibilisation du jeune public.
Formation menée en 2018 par le CAUE du Doubs, le CAUE de la Nièvre, et l’association Pixel, qui devrait se renouveler au second semestre 2019.

« Intervenir :
Agir, prendre part à une action.
Se mêler d’une action, d’une situation en cours,
en vue d’influer sur le cours des évènements (…) »
Larousse.fr

C’est être invité, être un élément étranger dans un milieu donné.
C’est l’occasion d’une rencontre dans un cadre spécifié, organisé.
C’est revendiquer une place particulière, ni enseignant, ni animateur, ni prestataire de service, qui nécessite d’être pédagogue et pédagogique, à chaque étape.
C’est venir avec son propre bagage, au service d’un projet, d’une idée, pour accompagner un groupe dans une approche de la notion d’architecture, de patrimoine, d’espace.

Et parce qu’on ne donne généralement que des conseils que l’on aurait aimé recevoir soi-même, voici quelques points que j’aurais voulu avoir en tête lorsque j’ai commencé à intervenir auprès de jeunes élèves.

Les enjeux :
Il s’agit de partager, d’apporter, de porter, soutenir, impulser : un regard, une sensibilité, une préoccupation par rapport à l’espace et au bâti, suivant un projet définit (une thématique, un lieu, une ville, un quartier, un monument, un bâtiment spécifique, etc).

Les moyens :
Notre pratique professionnelle, nos centres d’intérêt.
Et les moyens décidés en amont.

L’interlocuteur :
Privilégier une personne bien identifiée représentant la structure qui a la charge du public (centre social, accueil périscolaire, établissement scolaire).

Le cadre :
Préciser et mettre au point en partenariat avec la structure :

  • Statut de l’intervenant.
  • Nombre d’enfants, d’ateliers, d’heures d’intervention.
  • Durée globale, calendrier et date de restitution.
  • Condition de restitution (forme, enjeux, ouverture au public, invitations).
  • Conditions matérielles : rémunération, prise en charge des trajets, repas, hébergement éventuel.
  • Prise en charge du matériel, des fournitures nécessaires.
  • Précisions concernant les conditions et facilités sur place (photocopies, prêt de matériel).

À bien évaluer également :

  • Temps de préparation
  • Réunions préalables
  • Temps de recherche et documentation
  • Mise en place et création d’outils spécifiques ou adaptation d’outils existants.
  • Temps de préparation avant chaque atelier
  • Traitement des éléments suite à chaque rencontre (traitement des photographies, des éléments produits, fichiers, documents…)
  • Préparation de la restitution (complément éventuel, plan d’accrochage, cartels, notes explicatives, invitations ?)
  • Temps d’accrochage (doubler l’estimation !)

Le choix des mots :
pour moi :
Un atelier (n’est pas un cours)
Un intervenant (n’est pas un animateur)
Une restitution (n’est pas nécessairement un rendu)
Une contrainte : oblige et interdit, laissant ensuite le reste libre
Une consigne : peut amener à ce que chacun arrive au même endroit, au même résultat.

L’ouverture :
Il me semble impératif de donner à chaque fois une vraie place à ce qui arrive, ce qui n’était pas nécessairement prévu, aux réponses, aux questions, aux intuitions, aux trouvailles des enfants, des participants.

Les difficultés :
Une piste pour dépasser les difficultés éventuelles est de toujours revenir aux fondamentaux : à ce qui a été défini, à ce qui vous porte (sujet, approche) et aux élèves. Se rappeler que l’on est un intervenant avec un but, si les conditions sont ouvertement remises en cause (abandon, désintérêt, mauvais accueil) se rappeler que l’on peut stopper une action, un atelier.

La restitution :
C’est un moment privilégié, pour mettre en valeur le travail réalisé mais aussi les tâtonnements, les essais, les recherches, les brouillons. Ne jamais hésiter à exposer les brouillons ! Pensez à ouvrir plus largement la restitution : visite par les autres classes, par les parents, ouverture au public, faire faire des visites guidées par les élèves…

Le caillou dans la chaussure :
ou la vertu du corps étranger, qui est un élément spécifique, qui étonne, inspire, dérange, perturbe, nourrit.

Il s’agit de s’engager avec un groupe dans une approche de l’architecture (du patrimoine, de l’environnement, de l’urbanisme) pour s’emparer, mettre en valeur, s’amuser (s’amuser !) détourner, faire fructifier, amplifier, suivre, poursuivre ce qui ressort des ateliers, des réflexions, des connaissances, des propositions.

À garder sereinement en tête : dans la chaussure, le caillou gêne immanquablement à un moment ou un autre. On peut être confronté au fait qu’on dérange (ponctuellement) parce qu’on est invité, qu’on est étranger à la structure qui accueille, parce qu’on a des privilèges (accès aux photocopieurs, aux fournitures, à un budget transport, à une salle) parce qu’on a un soutien spécifique pour travailler en demi groupes, parce qu’il peut y avoir de la lassitude, des questions, des inquiétudes, parce que les modalités sont différentes, parce que le résultat est inconnu et pour une part imprévisible.

Rassurez-vous et rassurez autour de vous : ce sont ces mêmes caractéristiques qui en feront un projet intéressant, une rencontre marquante, une intervention réussie.

Et bons ateliers  ! »

Corps en écho – vidéo du projet

de l’homme de Vitruve au corps contemporain

Ou comment approcher le lieu, riche de son histoire, de son architecture, de toutes les traces du temps et des œuvres qu’il héberge ? Témoignage de la Renaissance à travers chaque personnage sculpté, chaque décor, chaque ornementation, qui nous regarde depuis 500 ans.

Approcher les lieux, la lumière, le silence de la pierre et la texture du bois des parquets. Inviter les élèves à s’emparer de cette idée, pour rechercher, réinterpréter, matérialiser une nouvelle image du corps, des corps et de ses postures, en dialogue avec l’espace particulier de cet Hôtel, qui l’est tout autant.

Partir de l’Homme de Vitruve et de l’icône que c’est, presque un logo, un pictogramme, une signature. Que ce soit le point de départ, l’image mentale commune, et accompagner les étudiants dans leurs recherches, à travers la photographie et l’écriture.

Et prendre place collectivement, dans le lieu du dialogue, entretenu au fil des rencontres depuis le début de l’année, et proposer, humblement, cette réponse multiple, personnelle, fictionnelle, intime et singulière.


Mars 2019

Corps en échos, ou la relation, la tension, entre corps et espace.
S’approcher des lieux, la pièce, l’escalier monumental, l’oratoire, la salle basse, le passage couvert incliné. Ces espaces de l’Hôtel Lallemant à Bourges, construit entre 1495 et 1518, durant la première Renaissance française, confrontés au corps de celle ou celui qui regarde, qui s’installe, qui questionne.

Retour en vidéo sur ce projet mené avec la classe préparatoire aux études supérieures – Classe d’approfondissement en arts plastiques du Lycée Alain-Fournier, année 2018-2019.
Vidéo réalisée par l’un des étudiants : Antoine Resende.

Photographie Delphine Bordat

Lire – d’un monument l’autre

« nous sommes entrés les uns après les autres l’ouverture était mince mais suffisante et l’air sifflait tout autour il s’agissait de nous protéger du gel du froid qui pénètre les os de la neige qui tombait déjà qui tombera les jours prochains comme chaque fois comme chaque année il s’agissait simplement de ça mettre à l’abri les plus jeunes les plus faibles les plus vieux ceux qui étaient épuisés les blessés et tout le reste du groupe nous étions devant et autour et sur les flancs en bordure nous étions aux marges et à l’avancée aux arrières et sur nos gardes il fallait se relayer les premiers étaient venus en éclaireurs ils avaient réussi franchi l’ouverture avec précaution
(…) »

Extrait de mon texte « La nuit, beaucoup »

D’un monument l’autre, un site, un auteur.
Un auteur, un texte, un monument, et une lecture commune ce jeudi 13 juin à 18h00, pour partager les textes écrits pour chaque site.

Très heureuse de lire aux côtés des auteurs présents : Daniel Arsand, Nicole Caligaris, Fabienne Jacob, Christine Montalbetti, Jean-Pierre Ostende, Marc Pautrel, Jérôme Prieur.

J’ai eu le plaisir de découvrir le château d’Oiron et d’en faire le décor accueillant les personnages du texte, invitée par la MEL, maison des écrivains et de la littérature et le Centre des monuments nationaux.

A découvrir ce jeudi 13 juin à 18h
à l’Orangerie de l’Hôtel de Sully,
au 62 rue Saint Antoine, Paris 75004

Attention :
réservation nécessaire au 01 55 74 60 91
ou par mail
à n.georgepicot (at) maison-des-ecrivains.asso.fr

Au plaisir de vous y rencontrer !

Complément du 20 juin 2019 :
Quelques images de la lecture passée
!

Merci à Carine Guimbard, administratrice du Château d’Oiron pour ces photographies !


Et quelques unes de mes images du Château d’Oiron :

Corps en échos exposition

accrocher, installer, prendre possessions des lieux, et adapter, improviser, pour finalement trouver un équilibre, entre le sens, les contraintes du lieu et de l’accrochage, entre les différents travaux présentés, leur multiplicité, et nouer le dialogue, sur les murs.

Puis lancer l’invitation !

L’ exposition est prolongée jusqu’au 31 mai !

Hôtel Lallemant
5 rue L’Hôtel Lallemant
18000 BOURGES

Ouvert du mardi au samedi 10-12h et 14-18h
Ouvert le dimanche de 14-18h
Fermé le lundi.

« Comme Vitruve ou Dürer, c’est à un dialogue entre l’architecture et le corps que nous convient les étudiants de la classe prépa artistique (CPES-CAAP) du lycée Alain-Fournier, au sein même de l’Hôtel Lallemant, premier hôtel particulier de la Renaissance française. Le parcours pluridisciplinaire mis en scène par les étudiants traverse l’Hôtel Lallemant en mettant en exergue le corps confronté au lieu sous forme d’installations, d’expositions, de textes. La restitution publique est le résultat de plusieurs mois de rencontres avec Pauline Sauveur, autrice, architecte et photographe, d’ateliers, d’expérimentations de l’espace par le corps, de travaux d’écriture, de photographies… »
Extrait de la présentation sur Berry Province

Silhouettes

Corps et espace
sur les traces d’un atelier avec deux classes de collégiens.

C’était après exploration du bâtiment
après leurs photographies de détails
leur travail sur de minuscules tirages sur papier calque au format diapositive
Après avoir apprivoisé j’espère, le regard, les lieux, la lumière.

Arriver dans le couloir, par deux ou trois, en chuchotant (en essayant) parce qu’il y a des cours à côté.
Poser et prendre la photographie.

Les images seront tirées sur papier
exposées en une longue ligne
traversant les couloirs et rejoignant les salles

Elles y sont encore : )

Projet mené dans le cadre des actions de sensibilisation à l’architecture du CAUE 58​

Écriture et châteaux

« nous étions devant et autour et sur les flancs en bordure nous étions aux marges et à l’avancée aux arrières et sur nos gardes il fallait se relayer les premiers étaient venus en éclaireurs ils avaient réussi franchi l’ouverture avec précaution c’était la première fois ils s’étaient frayés un chemin jusqu’ici les occupants d’avant semblaient s’être évanouis depuis longtemps il n’en restait rien aucun signe aucune présence même leur odeur avait disparue alors les premiers des nôtres s’étaient aventurés
(…) »

C’est un vrai plaisir d’être invitée* à écrire avec le si beau point de départ que représente le Château d’Oiron.

Découvrir le lieu la pierre les colonnes les voûtes la masse d’air sous les plafonds majestueux et la lumière qui traverse les vitraux. Se retrouver confrontée à l’exposition Curios&Mirabilia. Les œuvres faites à la mesure des pièces immenses ou des petits cabinets de curiosité qui s’étagent en demi-niveaux au bout d’escaliers en bois.

*Invitation faite par la Maison des écrivains et de la littérature et par le Centre des Monuments Nationaux.

Carrières de grès – résidence Essonne #5

Suite du journal résidence

menée avec Le Parc naturel du Gâtinais
et la bibliothèque départementale de l’Essonne.

21 avril 2016
Discuter. Avec Monsieur Boussard, de cette façon naturelle avec un peu plus de lenteur, due au silence et au temps qu’il lui faut pour écrire ce qu’il me dit pour que je lise à voix haute. Le dialogue avec ma seule voix, mais nos deux rires. Les témoignages de poilus qu’il a retranscrits recopiés qu’il me fait lire, le procès verbal du décès accidentel à la carrière de son oncle, ou la plainte déposée contre les carriers par monsieur Le Roi. Copies en double dont un jeu pour moi de ces documents qu’il a trouvés aux archives départementales du Château de Chamarande.

Prendre sa voiture pour aller voir sa carrière, ses carrières. Chemin sombre à travers les arbres. Une terrasse claire se dégage en contre bas le sable à nu se voit de loin. À nu parce que les moto-cross tracent remuent creusent et que la mousse ne peut résister, sable à vif les sillons des pneus. Je descends face au front de taille. La roche, ses angles nets avec souplesse par endroits, parce qu’elle casse comme elle veut, suivant les failles qui ondulent, le mouvement dans la pierre qui apparaît qui fait le bord.

 

Le contraste à nouveau confirmé de la roche et de la douceur autour, le bruit assourdi par le sable la mousse et le lichen qui envahissent là où les motos ne vont pas, souple sous les pieds le sol meuble.

Plus loin une autre carrière, celle de calcaire où se taillaient les pierres des maisons. On sent la matière moins dure, plus légère, où même à la végétation s’installe où l’eau ruisselle et creuse plus vite plus facilement, là encore immense la falaise basse se déploie.

 

Plus loin le banc de grès réapparaît. Marcher dessus puis le sol se dérobe et descend d’un cran. La terrasse se dégage aux pieds. Le sablon sous la langue immense du bloc de roche continue. Ça fait des bouches effilées des sourires d’ombre qui affleurent le sol. Ici le front de taille fait 100 mètres de long. À combien reprend la pente naturelle ? À 50 m peut-être ?

C’est ce vide le travail dur le labeur le son les coups portés la détermination devant la pierre. C’est ce vide l’ampleur de la tâche la somme du travail qui a débité ce qui était là avant, dur pour Paris et ailleurs les places les rues des pavés des bordures. Le travail de tailler la montagne de ses mains y laisser la peau des doigts des bras sur la roche du grès vif.

(…)
L’après-midi, je propose à Pierre Giraud comédien qui vient : descends à Buno, il fait beau on travaillera et on ira au café une fois prêts. On s’installe un peu plus loin vers le bois parce qu’il y en a d’autres qui écrivent théâtre jeunesse poésie.
S’asseoir au bord de l’eau dans l’herbe, les fourmis sous le pull ou la veste. «Presqu’îl-e» version lecture ou version théâtrale. La sélection de Pierre : je lui
avais dit comme tu as envie, choisis ce que tu souhaiterais lire je rajouterai
ce que je lirai. Traverser le texte avec quelqu’un d’autre. On raye avec facilité un mot, un paragraphe, souvent avec le même élan, ça non, c’est pas la peine, ça non plus. Enlever, enlever et rire. Pas trop enlever quand même me
dit Pierre.

Texte matière.

Séverine Delbosq, danseuse de la compagnie l’Essoreuse, nous a rejoints arrivée en RER. Rendez-vous au musée la collection d’objets et l’étrange ballet des personnes qui nous reçoivent élus collègues responsables. Ils se parlent et nous montrent par où passent leurs paroles, par quel chemin leur façon de communiquer, un peu d’humour un peu de mauvaise humeur feinte un peu
de ronchonnade de railleries légères. Le jeu là sous nos yeux l’architecture
invisible des conventions amicales professionnelles et qui sait politiques. La
sensation de la démonstration. Du coup, la discussion méandre du verbe méandrer qui mouve, meuble, molle, mouvante et qui louvoie se glisse sinue en
arabesques. On suit, spectateurs, on attend que les réponses arrivent, dans le
fil louvoyant. Les discussions ont eu raison du temps et on part à la carrière.
Elle est non spectaculaire, faille douce envahie, le front de taille se perd
qui lui aussi méandre. « C’est de la roche pourrie ici, 70 % de déchets
pour tirer les pavés. »
Plus haut un chêne n’en finit plus de s’effriter enchevêtré de ses branches.
À la carrière de Moigny, monsieur de Oliveira est d’accord pour les journées du patrimoine en septembre pour la restitution, donc ça sera de 10 à 12h et de 14 à 17 ou 18 heures. Deux journées complètes.
On est venu voir le sable et voir le bruit et ses couleurs et prendre un pavé. Du grès d’extraction clair presque blanc ou du grès naturel qui est gris de lichen, la calcite ?
Le sable ancestral se love en poche ronde et douce, probable bulles d’air emprisonnées qui n’ont pas permis de la compression, processus de formation du grès.
Le grès garde la trace du fer, de la rouille. Les pavés ocres à Paris le sont à cause de l’activité qu’il y a eu au-dessus d’eux, sur les bords de Seine notamment, ils le sont particulièrement, parce que caisses et chevaux et charrettes, le métal des
roues cerclées s’y est frotté, fer arraché, la rouille s’est incrustée. Elle
tatoue la pierre de sa couleur.
(…)

 

L’intégralité de l’article sur le site remue.net
et les entrées précédentes.

Bonne lecture !