pauline sauveur

questionner les liens entre corps et espace(s)

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lecture dessinée au Festival Tandem

Festival Tandem
Lecture dessinée avec Barroux

Médiathèque Jean Jaures à Nevers (58)

en attendant la pluie ©Barroux

” Je suis restée longtemps les mains sur le volant, dans le bruit des voitures des autres. Démarrages et arrivées, portes qui claquent. Discussions, disputes, une gifle, des rires, des pas. Mes mains bien rangées, chaque doigt sur le plastique noir. J’ai regardé droit devant longtemps. Puis je me suis décidée : je rentre à pied. Je couperai par le bois, après la zone commerciale et les champs de colza. Retour au bercail par les chemins les forêts, par vaux et vallées, par monts et merveilles. Petit chaperon rouge chargé, courses au bout des bras. La route suit deux lotissements, puis elle se fait jolie, des arbres des hameaux des fleurs une grange un pigeonnier des clôtures et du bois coupé au bord du chemin. Des surprises à chaque visage un virage.
Je m’engage dans les fourrés et je me demande. Peut-être que la meilleure chose à faire serait d’apprendre à voler, enfin, de décoller.

Les yeux brodés, ou l’eau du bain
aux éditions Jacques Flament, 2018

Lire Les yeux brodés, avec Barroux, illustrateur, pendant qu’il dessinera en direct ce qu’on n’a pas encore vu sur les questions qui courent entre les pages du récit.

Jeudi 13 février 2020 à 21h00
médiathèque Jean-Jaures
58000 Nevers

Durée : 1 heure
adolescents, adultes – Gratuit !

Bienvenu.e.s !!

2020 : )

Très belle et heureuse année à chacun.e !
De belles et bonnes choses, pour être et agir, penser et continuer, créer, transformer, grandir et respirer tout l’an qui vient !

Nuit de la lecture 18 janvier 2020

En préparation une lecture dessinée avec Barroux
à la Médiathèque les silos – Chaumont (52)

C’est un vrai plaisir que de revenir sur les lieux d’une résidence d’écriture, pour lire un texte lu la première fois en public entre les murs de la maison d’arrêt de la vile, cette invitation particulière.

J’y reviendrai en compagnie de Barroux, illustrateur, rencontré à Chaumont également, qui dédicaçait ses livres à côté de moi, avec de grands gestes sous les yeux écarquillés des enfants dont le prénom s’étalait sur la double page !

Barroux, sur la photo ci-dessous dessinait grandeur nature sur les blocs de grès dans la carrière en activité où se restitutionnait ma résidence avec le Parc naturel régional du Gâtinais français (à voir et lire sur remue.net par exemple là ou là)

Je lirai Les yeux brodés* et Barroux dessinera ce que personne n’a encore vu de cette histoire.

©Barroux

Ce sera samedi 18 janvier 2020 à 18h00

les silos, maison du livre et de l’affiche
7-9 avenue Foch
52000 Chaumont

Durée : 45 minutes
A partir de 12 ans, adolescents, adultes
Entrée gratuite !!!

*Les yeux brodés aux éditions Jacques Flament

La théorie de la fiction-panier – Ursula K Le Guin

Ursula K Le Guin

Avant – et dès lors que l’on y pense, certainement bien avant – l’invention de l’arme, cet outil tardif, dispendieux et superflu ; bien avant le couteau si utile et la hache ; parallèlement aux indispensables faux, meule et bâton à fouir – car à quoi bon arracher beaucoup de pommes de terre si vous n’avez rien pour trimballer jusqu’à la maison celles que vous ne pouvez pas manger sur place ; en même temps ou avant l’outil qui canalise l’énergie vers l’extérieur, nous avons fabriqué l’outil qui ramène l’énergie à la maison. Cela fait sens pour moi. J’adhère ainsi à ce que Fisher a appelé la Théorie du Panier de l’évolution humaine.

Cette théorie ne se contente pas d’expliquer de larges pans d’obscurité théorique, et d’éviter de vastes zones d’absurdité théorique (largement peuplées de tigres, de renard et d’autres mammifères hautement territoriaux). Elle m’ancre aussi personnellement dans la culture humaine comme jamais je ne l’avais senti auparavant. Je n’ai jamais pensé que j’avais, ou même que je voulais une part de tout ça, tant que l’on expliquait l’origine et le développement de la culture à travers l’invention et l’usage d’objets longs et durs, destinés à pénétrer, frapper et tuer. (« Ce que Freud a faussement pris pour un manque de civilisation chez la femme est en réalité un manque de loyauté à l’égard de la civilisation » remarquait Lillian Smith). La société, la civilisation dont parlaient tous ces théoriciens, c’était évidemment la leur : ils la possédaient et ils l’aimaient. Ils étaient humains, pleinement humains, pénétrant, frappant, enfonçant, tuant. Voulant être un humain moi aussi, j’ai cherché des preuves que je l’étais. Mais s’il fallait pour cela fabriquer une arme et m’en servir pour tuer, alors il devenait évident que j’étais particulièrement déficiente comme humain, peut-être même pas un humain du tout.

C’est exact, dirent-ils. Voilà ce que tu es : une femme. Potentiellement pas un humain du tout, et certainement un humain déficient. Maintenant tais-toi, nous allons continuer à raconter l’Histoire de l’Ascension de l’Homme-Héros.

Allez-y, dis-je, tandis que je m’aventurai à travers l’avoine sauvage, avec Oo Oo en écharpe et la petite Oom dans le panier sur mon dos. Continuez à raconter comment le mammouth est tombé sur Boob, comment Cain est tombé sur Abel, comment la bombe est tombée sur Nagasaki, comment la gelée ardente est tombée sur les villageois, comment les missiles vont tomber sur l’Empire du Mal et toutes les autres étapes de l’Ascension de l’Homme.

Si c’est faire quelque chose d’humain que de mettre une chose que vous voulez dans un sac, parce que cette chose est utile, comestible ou belle, de la placer dans un panier, dans de l’écorce ou dans une feuille enroulée, dans un filet tissé avec vos propres cheveux, ou dans tout ce que vous voulez, et ensuite de ramener à la maison cette chose-là, dans une maison qui n’est qu’une autre sorte de grande poche ou de grand sac, un contenant pour les gens, et que plus tard vous ressortez cette chose pour la manger, la partager, la conserver pour l’hiver dans un récipient plus solide, la mettre dans le sac-médecine, sur l’autel ou dans le musée, à l’endroit vénéré, dans l’espace qui contient ce qui est sacré, et que le lendemain vous faites plus ou moins la même chose – si faire cela est humain, si c’est cela qu’il en coûte, alors je suis un être humain après tout. Pleinement, librement, joyeusement, pour la première fois.

Disons-le d’emblée : pas un être humain dénué d’agressivité ou de combativité. Je suis une femme vieillissante et furieuse, ferraillant et triomphant des voyous avec mon sac à main. Néanmoins, je n’y vois – ni qui que ce soit d’ailleurs – rien d’héroïque. C’est juste l’une de ces maudites choses que l’on doit faire pour pouvoir continuer à cueillir de l’avoine sauvage et à raconter des histoires.

C’est l’histoire qui fait la différence. C’est l’histoire qui me cachait mon humanité, l’histoire que racontaient les chasseurs de mammouth à propos de raclée, de viol, de meurtre, à propos du Héros. L’histoire merveilleuse et empoisonnée du Botulisme. L’histoire-qui-tue.

Il semble parfois que cette histoire touche à sa fin. Nous sommes plusieurs à penser, depuis notre coin d’avoine sauvage, au milieu du maïs extra-terrestre, que, plutôt que de renoncer à raconter des histoires, nous ferions mieux de commencer à en raconter une autre, une histoire que les gens pourront peut-être poursuivre lorsque l’ancienne se sera achevée. Peut-être. Le problème, c’est que nous avons tous laissés nos êtres devenir des éléments de l’histoire-qui-tue, et que nous pourrions bien nous éteindre avec elle. C’est donc avec un certain sentiment d’urgence que je cherche la nature, le sujet et les mots de l’autre histoire, celle qui jamais ne fut dites, l’histoire-vivante.

Ursula K Le Guin

Ce n’est pas dans nos habitudes, ça ne vient pas facilement aux lèvres, inconsciemment, comme le fait l’histoire-qui-tue. Pourtant, dire que cette histoire ne fut jamais dite était exagéré. Des gens ont raconté l’histoire-vivante depuis fort longtemps, avec toutes sortes de mots, de toutes sortes de façons. Mythes de création et de métamorphose, histoires d’esprits filous, contes, blagues, romans, …

Le roman est fondamentalement une forme d’histoire non-héroïque. Bien sûr, le Héros y a souvent pris le pouvoir. C’est la conséquence de son caractère impérial et de ses pulsions incontrôlables : une tendance à tout conquérir et à tout diriger, en édictant dans le même temps des lois et des décrets sévères afin de contrôler son incontrôlable envie de tout tuer. Le Héros a donc décrété, à travers la voix de ses porte-paroles, les Législateurs : premièrement que la forme adéquate du récit est celle de la flèche ou de la lance, partant d’ici et filant tout droit jusque-là, et TCHAK ! touchant son but (qui tombe raide mort) ; deuxièmement, que la principale affaire du récit, y compris du roman, c’est le conflit ; et troisièmement, qu’une histoire n’est pas bonne si lui, le Héros, n’en fait pas partie.

Je suis en désaccord avec tout cela. J’irai même jusqu’à dire que la forme naturelle, ajustée, adéquate du roman serait plutôt celle d’un panier, d’un sac. Un livre contient des mots. Les mots contiennent des choses. Ils portent des sens. Un roman est un sac-médecine, contenant des choses prises ensemble dans une relation singulière et puissante.

Une forme possible de cette relation entre les éléments d’un roman peut bien être celle du conflit, mais réduire le récit au conflit est absurde. (J’ai lu un manuel d’écriture créative qui disait : « Une histoire doit être vue comme une bataille », et qui continuait ainsi en parlant de stratégies, d’attaques, de victoires, etc.) Dans un récit envisagé comme panier/ventre/boîte/maison/sac-médecine, le conflit, la compétition, la tension, la lutte, etc., peuvent être considérés comme des éléments nécessaires à un ensemble. Pour autant, on ne peut pas définir cet ensemble comme conflictuel ou harmonieux, puisque son objectif n’est ni la résolution ni la stase, mais la poursuite d’un processus.

C’est clair que le Héros n’a pas l’air très bien dans ce sac, en définitive. Il a besoin d’une scène, d’un piédestal ou d’un pinacle. Mettez-le dans un panier, et il a l’air d’un lapin, d’une patate.

C’est pour cette raison que j’aime les romans : au lieu de héros, ils contiennent des gens.
(…)”

Ursula K Le Guin
La théorie de la fiction-panier
texte de 1986

traduction d’Hélène Collon
extrait d’un recueil intitulé “Dancing on the edge of the world” aux Éditions de l’éclat

Texte complet à lire sur le site de www.terrestres.org

Livre visible ici :
http://www.lyber-eclat.net/livres/danser-au-bord-du-monde/

Ursula K Le Guin

une e**position seconde édition – par *public averti

Depuis sa création en 2015, le collectif * Public Averti organise des cycles de lectures (les événements Klaxon en particulier, qui ont eu lieu en France et en Belgique) et des expositions, notamment les Automnes, en y invitant des artistes de toutes les disciplines : photographes, performeurs, sculpteurs, peintres, plasticiens.

Une e**position est une initiative numérique, elle n’a pas pour objet de concurrencer le site des photographes ou celui des galeries qui les représentent, mais celui de montrer un instantané dans le parcours des photographes invités, mis en lien par intuition et par goût pour leurs travaux, leur sensibilité.

Il y aura en ligne une photographie unique qui représentera l’artiste et/ou son travail à ce moment donné.

L’invitation a été faite à six photographes, dont un duo, chacun.e étant exposé.e durant une semaine, sur la page de Une e**position, relayée bien sûr par * Public Averti : Delphine et Elodie Chevalme, Erick Flogny, Joël Dervaux, Camille Carbonaro, Elsa Guenot et Philippe Dollo.

Les 6 images resteront ensuite en ligne toutes ensembles, à lire, à voir et à relier, les unes aux autres, jusqu’à la prochaine édition, l’année suivante — et probablement plus durablement, d’une année sur l’autre.

© P. Sauveur, 2019

Vous pouvez également voir ou revoir la première édition d’Une e*postion.

revue TK21 n°100

le numéro 100 de la belle revue TK21 vient de paraitre en ligne !

Je suis très heureuse de faire partie de l’aventure pour une seconde fois (après la publication de la série photographique “le petit déjeuner” dans le n°79 en février 2018).

Cette fois il s’agit de la série “Les chaises sont des fenêtres comme les autres” accompagnée d’un extrait d’un texte en cours.

“Voilà nous y sommes ! Voilà, il est là ! Le Numéro 100 est arrivé et avec lui le moment non tant de faire un retour sur les huit années passées à faire vivre ce projet hors norme (rappelons que TK-21 LaRevue est un gratuit réalisé grâce à l’engagement de chacun de ceux qui y participent) mais de composer une fête éditoriale en laissant la parole aux images, aux œuvres, aux artistes.

Ce N° 100 est un jeu auquel certains se sont pliés de bonne grâce, d’autres préférant simplement répondre présent en envoyant des œuvres récentes.
Le protocole invitait à jouer avec les homophonies du mot CENT. « 100 sans sang, sens, ni encens, mais ensemble » et de tisser ainsi les formes qu’une imagination vorace pouvait nous proposer. Qu’elles aient ou non respecté la règle du jeu, les propositions nous ont convaincus de la vitalité du réseau ouvert, mobile, constamment renouvelé, qui fait la force de cette revue dont, créateurs, artistes, écrivains et penseurs sont les véritables auteurs.
(…)”

N’hésitez pas à aller lire la revue :
il y a foule et foule d’artistes et leurs images, textes et vidéos à découvrir !

” Une chaise d’intérieur transposée à l’extérieur, devient ce corps docile et anthropomorphe qui dit dans un même élan la présence et l’absence et l’échelle – humaine. Elle révèle l’action de l’inaction et l’attente assise de celle-celui qui est, avec son mystère premier, assis le cas échéant, qui réfléchit qui parle pleure ou sourit, dont l’esprit s’échappe et reste libre, impossible à définir avec certitude.

La chaise inscrit une position dans l’espace, elle dialogue avec les lieux. Je l’ai adoptée pour récolter un fragment de relation, la marque infime.

Une chaise blanche.
(…)”

Texte extrait de « Ce qui reste / Nos routes amputées des maisons perdues », titre provisoire, écriture en cours.

objets éditoriaux – Château d’Oiron

[Objet Collector] 15 micro-éditions consacrées au projet “La nuit beaucoup” vous attendent à la librairie du monument !

“Comment les obtenir ???

1/ il faut venir sur place

2/ poser cette question en message privé (sur la page facebook du monument) : “quelle est la salle préférée de Pauline Sauveur ?”

3/ donner votre réponse lors de votre venue et vous obtiendrez un exemplaire des trois livrets accompagnés d’une lettre manuscrite de l’autrice.

Ce projet s’inscrit dans la manifestation nationale “D’un monument l’autre, un site un auteur” (partenariat Maison des écrivains et de la littérature et le Centre des monuments nationaux) “

J’ai eu le plaisir d’intervenir cette année au château d’Oiron pour rencontrer et échanger avec des scolaires. Et j’ai écrit un texte spécifique pour le château : La nuit beaucoup.

Trois objets graphiques sont nés de ce projet, prenant la forme de micro-éditions – Conception graphique Geoffrey Saint-Martin.

couverture de “La nuit beaucoup”

texte-collage réalisé à partir des écrits des enfants (sans les modifier)

relevés de textures réalisés par les élèves dans la grande salle d’armes du château d’Oiron

journal – Festival Fotolimo

Tout a commencé jeudi.
Interdite debout dans la rue à 5 h du matin sans la moindre circulation, sans voitures ni piétons dans toutes les lumières ce noir impossible de la ville endormie, j’ai essayé.

Je me disais : alors, aujourd’hui je rate un tgv ?
J’avais un peu de mal à y croire, mais potentiellement c’était là.

Les réservations se faisaient par application et les applications à télécharger ne voulaient pas de mon mot de passe. Seuls circulaient les taxis pleins aux conducteurs qui un à un me faisaient non non de la tête ou de la main à l’index levé devant mon bras qui les appelait et ma mine perplexe. Et ils filaient presque sans bruit les grosses berlines noires. Mais heureusement les pages jaunes et heureusement par téléphone vous êtes dans quelle rue madame ? Le véhicule atteindra finalement avec moi dedans le devant la gare où le métro ne passera que plus tard.

Départ hall deux, mais mon envie d’un café pour la route aura lui aussi mangé des minutes et la vendeuse fatiguée et l’absence de couvercle au gobelet fera que le café s’en ira par terre tout le temps de ma course pour rejoindre le quai. Arriver juste et passer les bornes mon billet en main et longer longer longer jusqu’au bout du train si loin le dernier wagon.
Un sms de Delphine Chevalme me dit qu’on est dans le même, effectivement deux rangées plus loin elle se retourne et à tout à l’heure pour dormir jusqu’à Perpignan où il fait beau. Ça sera une salade chacune et nos bagages et les piquets de bois pour ses drapeaux à nos pieds au café en face de la gare et la musique gitane d’un poste de radio, peut-être pour la manche, un peu plus bas de la place en pente. Puis notre second train jusqu’à Cerbère tranquille.

Débarquées, on sautera direct dans le camion direction l’ancien poste de douane, à la frontière entre Cerbère et Portbou pour attaquer l’accrochage avec l’aide de Carla Yovane Pérez qui a déjà terminé dans les pièces à côté de la mienne.

Sa série a pour sujet les hommes prostitués et leurs clients à Santiago du Chili. Se faire happer par ses images et le silence qu’elles instaurent. Les corps et la chambre et le lit, la lumière à travers les rideaux. Avant ou après la rencontre et l’acte, un bras sur l’épaule, la peau, les regards dans le vague, une main sur la cuisse. Le silence et le souffle, de celui respire, de celui qui s’allume une cigarette. Les bruits feutrés dans l’image font que je mesure mes pas à marcher devant pour les regarder lentement.

Notre lieu est singulier, beau et seul sur la crête de la montagne, tagué, debout face aux deux voies qui vont ou viennent vers les deux villes en contrebas.

Au rez-de-chaussée s’installent les photo-drapeaux de Delphine et Élodie Chevalme, la fiction nocturne sur les toits des immeubles les Éternels. Leurs regards percent l’image. Les corps astronautes dans la nuit de la ville. L’étranger perpétuel renvoyé à ce statut continuel de celui-celle qui vient d’arriver. L’ami sur la première photographie. La fille et sa mère qui se tiennent la main. Tous sont restés immobiles dans les pauses longues de huit minutes éclairés par les lampes torches manipulées à la main par les deux sœurs habillées de noir pour ne pas s’imprimer sur l’image.

Parce que madame Maria nous attend côté Espagne avec une clef pour notre logement on va prendre le camion, monstre docile, pour lequel j’ai eu du mal à défaire le frein à main inversé (coté portière) à en descendre du siège et debout sur la route et des deux bras forcer le soulever d’un cran et l’abaisser enfin pour pouvoir démarrer.

Place de l’église l’escalier étroit dessert notre cuisine et une chambre puis l’autre jusqu’à surplomber la ruelle à l’opposé. Dans le dos plus haut, la montagne sèche et nue et piquante de cactus, la mer à ses pieds le ciel.

Par la suite, on rejoindra le point de ralliement du festival. Se poser au bas de la muraille de la sncf, les briques en arches immenses rebondissent au bord de la ville et soutiennent le plateau des trains des ateliers des voies multiples au-dessus des têtes. L’auvent dans le patio le figuier et les tables en longueur pour partager les repas. Et je souris des deux bassines d’eau chaude sur la table de la cour pour que chacun fasse sa vaisselle, ça me semble si simple pour vivre en commun cette intelligence pragmatique du geste.

Pour arriver au quartier général qui est cet hôtel central, on s’engage dans la rue-canal. J’imagine le torrent en cas de phénomène cévenol. Dans le lit sec tout le monde se gare et attrape un escalier ou un autre, quelques marches et un passage dans le garde-corps plein que condamne un portillon de métal pour canaliser le torrent quand il y passe. En attendant, c’est une rue basse aux trottoirs surélevés bordée de maisons hautes qui continuent de s’accrocher au relief, parées de tous les escaliers de la ville.

Le soir à Portbou la mer est plus proche encore, à portée de main et l’écume blanche se voit sans lumière depuis le café ou le restaurant et leurs terrasses presque désertes. C’est le mois de septembre sans touristes.

Chaque jour on aura nos rassemblements les points de rendez-vous pour se serrer les uns et les autres à l’arrière d’une voiture pour covoiturer et aller d’une ville à l’autre, ou sur un pied s’arrêter sur la ligne au poste-frontière.

Les Français logés en Espagne était la modalité d’un financement qui n’aura pas lieu. Mais c’est si bien de se retrouver là, de cet autre côté de la langue. L’espagnol dans la tête et la voix viendra seulement après deux nuits et deux journées entières à entendre parler pour enfin me passer de l’anglais et du finnois qui arrivent en premier chaque fois.

Vendredi, qui n’est que le second jour alors que je crois être ici depuis déjà si longtemps à en avoir même des habitudes et des visages amis, vendredi, il s’agit de terminer l’accrochage et de prêter la main aux collages de Laetitia Tura aidée de sa fille de cinq ans : on l’aura lavée et frottée cette table pour éviter que la colle ne salisse les images et les textes qui s’enchainent.
Nathalie Lescuyer accroche également ses grands formats dans le couloir et l’escalier et les différentes images encadrées dans la salle du fond. Need, le titre et les quatre phrases de son texte de présentation douces et puissantes comme le sont ses images.

La force. De leurs images, à l’une et l’autre, de cet ensemble qui énonce, comme une terre qui raconte, un corps qui se souvient, une main, un téléphone portable, des silhouettes autour d’un feu de nuit qui apparaissent à peine. Une voix qui dit ou qui se tait et qui montre. Regarde, regarde.

Après la longue matinée on veut manger, affamées qu’on est de n’avoir pas pris de petit déjeuner à en rire à force mais affamées. Et ensuite, avec nos deux heures de libres devant, décider avec Delphine de suivre à pied la route qui grimpe et au détour du snack qui domine la ville sur son flanc droit, se glisser entre la roche et les murs et suivre l’escalier qui mène aux vagues en contrebas. La crique est petite et isolée, de là on peut voir la ville de face installée dans les creux et les maisons qui s’échelonnent autour. De là on a sauté dans l’eau fraiche et si salée de la mer comme chaque fois je le redécouvre. Nager mes baskets aux pieds vu les roches glissantes j’ai préféré.

Ce soir il y a la projection au si bel Hôtel du Belvédère, étrange navire qui au lieu de pointer vers la mer suit les voies du chemin de fer. Le film est beau et le travail des photographes dans le film tout autant, les sujets presque tous terribles comme quelques-unes des facettes du Mexique.

Samedi l’orage de la nuit s’est prolongé de pluie jusqu’au matin. Le ciel se détache de la montagne et descend dans la vallée vers la mer grise. Les couleurs et les matières et les textures humides et sombres. J’ai dormi plus longtemps qu’hier et je souris de sentir le vent et l’énergie des vagues à la fenêtre ouverte. C’est un bonheur d’air frais, une tasse de thé à lire Presqu’îl-e pour la lecture du soir, changer le choix des paragraphes et mesurer la voix, le temps, les pauses et le silence. C’est un bonheur plein et étonnant, je me dis depuis quand, depuis combien de temps n’ai-je pas ressenti cela ? Des années (oh) ? En quoi les choses ont changé pour que cela arrive sans effusion, sans bouleversement ni révélation ni rien d’intempestif, un état, de fait, simple évident et silencieux devant la journée promise de pluie alors que cet après-midi la déambulation traversera toutes les expositions. Un état qui s’ajoute ni plus ni moins à tout le reste connu, identique à hier, exactement, le travail, la tension peut-être, et plus loin les questions et le désespoir face à la noirceur du monde qui est toujours la même et dont je suis tellement protégée, je le sais. Un état qui prend place étonnant que je savoure qui fait de l’air entre les idées et les gestes qui fait la pensée sourire.

À 14 h, conférence de Claire Rodier sur son ouvrage Xénophobie business et le cynisme sinistre mondial et capitalisé. Ouvrir les yeux. Approfondir ce que l’on connait, ce que l’on devine. Une nouvelle parcelle de colère et d’impuissance et seulement cette possibilité d’un peu de connaissance pour au moins être conscient avec plus de netteté.

David del Campo présente également son travail sur la population Yezidi. La carte d’un peuple sans terre, et ce que ça veut dire en images pudiques de rester cinq années une famille entière dans une tente de douze mètres carrés. Vue de l’intérieur, la courbe de l’abri en toile à chaque photographie frontale, une couverture, une banquette, les tapis, un tissu et les plaques d’isolant pour tenir le froid dehors.

La déambulation démarre dans la salle rallumée pour voir Poupées. Les filles les gamines et les jeunes femmes gitanes. Les tallons les paillettes et leur vitalité. Des images puissantes et ambivalentes devant leur liberté qui s’efface le jour du mariage, vers quinze ou seize ans souvent. Une violence sourde et pourtant les sourires et les rires sur presque toutes les images.

Au point librairie je ferai deux dédicaces des Yeux brodés, la photo se trouve sur la couverture uniquement mais ce texte s’échelonne en quinze chapitres comme autant d’images.

La déambulation de lieu en lieu, d’exposition en exposition, on se rend sous la pluie dans le tunnel qui mène à la mer, la fin de la rue-canal se transforme en passage souterrain tagué et squatté espace occupé pas si simple. À côté des images de David Del Campo les lambeaux de l’autre exposition ont été enlevés parce que totalement saccagés. Il ne reste que son double texte de présentation l’un en français l’autre en espagnol, comme nous l’avons tous. Est-ce un hasard que ce soit uniquement le travail d’une femme qui ait fait les frais d’une colère de territoire cette nuit ? Les images poétiques de Beatriz Polo reprendront place dès demain face à la mer sous le regard de ceux qui viendront à la plage.

La découverte se poursuit, avec la présentation par la ou le photographe après un préambule par Patrice Loubon ou Claude Belime, les organisateurs émus et enthousiasmés touchés par ce qu’ils nous font découvrir. Sentir la force qui anime les artistes, leur conviction, le travail et le travail et la somme que cela représente, sentir le temps dans la question de la série, le cheminement, les étapes ou les interrogations.

Arrivés au poste de douane en file de voitures sous la pluie qui continue, les visiteurs envahissement les salles et découvrent la série de Xavi Millan dont une image s’érige seule au-dessus de l’anneau scellé dans le mur de l’ancienne cellule. Les Éternels de Delphine et Élodie, et dans le couloir en boucle la vidéo de Gilles Mercier mêlant images dessins et la voix de sa sœur lisant des brides des lettres de leur grand-père résistant.

Après une forme d’impatience qui est aussi une fébrilité sans être du trac mais une électricité sous la peau j’ai commencé la lecture de Presqu’îl-e avec les mains qui tremblent un peu mais ça ne s’est pas vu m’a rassuré Nathalie. Dire et expliquer, résumer le projet. Puis laisser les images parler. Laisser les autres photographes poursuivent et écouter et regarder mieux encore dans toutes les autres pièces du poste-frontière.

À Portbou la pluie s’est arrêtée et chacun gravit le long escalier qui mène au pied du mur de la Renfe où sont collés d’un côté les grands formats Philippe Petit, Border Line. Sur ses photographies, les corps se dédoublent et semblent disparaitre au contraire des lignes bien visibles qui les traversent.
De l’autre on trouve celles de Philippe Dollo, Aître Sudètes ou l’éloge de l’impuissance, images paysages qui sans bruit formulent un effacement de l’histoire et une persistance pourtant, de trace en trace, un lien qui se déroule qui persiste. Jusqu’à atteindre ce couple venu à Portbou justement le jour du collage, dont la femme est allemande et qui viendra et reviendra voir et dire comme ces photographies s’adressent à elle aussi qui racontent l’histoire de son père.

Puis les images d’ombre aux visages clairs d’Anne Sophie-Costenoble et plus loin, s’avancer entre les étals des halles de la ville pour le travail de Camille Carbonaro accroché aux murs carrelés de blanc d’un emplacement laissé libre. Découvrir Appelez-moi Victoria en autofiction en image et en mots, de page en page de collages en photographies d’identité. J’avais fixé en arrivant et en grand dans les couloirs de la gare une de ses photographies sous le pictogramme des escaliers desservant à droite et à gauche deux quais, matérialisant la question qu’elle se pose dans son livre.

Et enfin la présentation du lien rouge qui traverse et relie les deux villes de Ning Zuohong, en chinois simultané français et espagnol. Le fil qu’il installe et qu’il prolonge de lieu en lieu et de poignet en poignet à tous les présents au festival qu’il vient relier d’un bracelet ficelle.

Et enfin se mettre dans la nuit en terrasse rincée de pluie aux chaises qui s’égouttent et tout le monde sourit une bière devant soi.

Plus tard c’est la soirée au poste de douane où se réunir à nouveau à parler fort dans la musique. Manger boire dedans ou dehors juste sous la photographie des oranges étalées sur la table, l’une de mes images en grand format qui se superpose aux précédentes des éditions passées.

Pour finir un sandwich généreux au dernier café ouvert de Portbou la tablée joyeuse et le bruit des vagues.

Dimanche je range ma chambre je débarrasse le linge et refais ma valise. En fin de matinée je retourne voir certaines expositions. Puis lectures de portfolios. Inscrite à deux lectures j’ai décidé de montrer seulement la série Presqu’îl-e dans l’idée de poser la question du prolongement de ce projet multiple. Il y a le corpus de photographies et même cette seconde série que j’appelle complémentaire qui pourrait s’y glisser (dans quelle mesure ?) en apportant des temps de pose, de respiration, un éloignement du sujet du changement de genre, vers d’autres références. Il y a le texte de la taille d’un petit roman, qui se déploie presque entièrement à la première personne, pour ses paroles comme pour mes propres réflexions sur le travail de création et ma manière de photographier, sur les enjeux, sur les questions que je me suis posées progressivement sur le genre, les injonctions, les perceptions. Et enfin, la pièce de théâtre que j’ai adaptée de mes notes, de toute cette histoire, pour proposer deux personnages, il et elle, peut-être les deux voix d’une même entité, et le double, la question du double et du dialogue, intérieur ou pas.

La suite du temps de libre dans le vent frais qui traverse les rues, j’ai suivi les escaliers et sur un muret je me suis assise en surplomb de la baie. Je suis attachée aux rivières et à l’eau des lacs ou des ruisseaux, terriblement, aux arbres, aux arbres nom de nom et aux forêts, qui manquent cruellement ici. Regarder la mer et sentir la force des éléments, entendre et regarder les vagues.
Je ne savais pas que j’aimais ça. Autant.

Et à la tombée de l’après-midi dans la gare presque vide j’ai attrapé le train de nuit qui traversera l’averse proche à mesure que les lumières allument les villes.

Ci-dessus, photographies de Alejandro Pérez Álvarez (Fotolimo 2018).
Toutes les autres photographies : Pauline Sauveur, sauf les six images de la lecture : Philippe Dollo, que je remercie !

Festival Fotolimo quatrième édition
entre Cerbère (France) et Portbou (Espagne
du 20 au 29 septembre 2010

Organisé par Negpos / Patrice Loubon
et Lumière d’encre / Claude Belime

Les artistes exposés à Fotolimo :

Angeles Alonso (France, Mexique)
Camille Carbonaro (France)
Delphine et Élodie Chevalme (France)
Anne-Sophie Costenoble (France)
Philippe Dollo (France)
Pascal Fayeton (France)
Nathalie Lescuyer (France)
Gilles Mercier (France)
Richard Petit (France)
Pauline Sauveur (France)
Zuohong Ning (France, Chine)
David Del Campo (Espagne, Madrid)
Xavier Millán (Espagne, Catalogne)
Beatriz Polo Iañez (Espagne, Baléares)
Neus Solà (Espagne, Catalogne)
Lætitia Tura (France)
Carla Yovane (Chili)

et Claire Rodier, juriste au GISTI (Groupe d’information et de soutien des immigrés), et co-fondatrice du réseau euro-africain Migreurop.

Et un vrai et très très grand merci
à toute l’équipe du festival pour leur accueil si chaleureux,
joyeux et facile, efficace et attentif !

Retour au mitan – avec Pascal Osten

Rivière et cailloux – photographie Pascal Osten

“Est-ce que la rivière est un corps qui court?
Est-ce que la surface est l’enveloppe de nos muscles liquides, le lit du ruisseau nos os immergés?
Est-ce que je respire mieux sur ses berges, sous cette pierre humide?
Peut-être que le gravier d’or est un trésors à l’envers?
Peut-être que ce qui le recouvre parle du soin qu’il a fallu pour l’habiller? Délicatement l’envelopper puis le porter puis l’enfouir ou lui donner l’élan et souffler dans l’air frais de la forêt à courir autant?
Debout sur un rocher qui écoute, à l’affût les pieds nus sur la poudre du sentier et ses feuilles sèches? 
Peut-être que le trésor inversé est un don muet, un cri sourd et qu’il nous ramène dans les bois écouter le bruit qu’il fait en trouvant sa place?
Peut-être que ce trésor est plus grand encore quand il se perd, dans la fragilité de la mousse, l’ombre du sous-bois, l’eau glacée du ruisseau, dans l’immensité de la nature qui nous est liée?
Peut-être est-ce tout cela à la fois.
Sûrement qu’il nous faudra être attentifs. 
Probablement qu’il nous sera précieux.
Peut-être qu’il s’agit de trouver le chemin qui nous manque ?”


Pauline Sauveur,
9 septembre 2019

cailloux dorés – photographies Pauline Sauveur

“Les graviers sont dans ma main. Je vais les lancer ici ou là, doucement. Je vais les déposer, les « ricocheter » au mitan d’eaux que je crois connaître. Encore que?

L’or qui les recouvre ne résistera pas à la caresse froide et rythmée du débit des ruisseaux et à peine plus longtemps aux courbes, aux boucles obstinées du courant des rivières. Précieux et mou à la fois, le métal va petit à petit se décoller en de minuscules paillettes qui chatouilleront le ventre de nacre de truites posées au creux des gravières. Nous leurs devons tout cela n’est-ce pas?

Retour au Mitan est une exploration, un chemin pris en tout sens interdits, une pratique du contre-orpaillage, une expédition de trésor rendu, l’idée d’une fortune faite et de suite abandonnée. Pendant des siècles, toujours maintenant, les rêves de quelques-uns sont trop souvent devenus le cauchemar du plus grand nombre. Il fait chaud cet été. Les graviers sont dans ma main, il est grandement temps de rendre ce que nous n’avons jamais cessé de prendre.”


Pascal Osten
1er octobre 2019

Ce travail est également à découvrir sur le blog Du Bruit Dans l’Atelier avec ses étapes préparatoires et ses échappées dans la forêt et des images de rivière.
: )

Rivière et cailloux – photographies Pascal Osten
Rivière et cailloux – photographie Pascal Osten
Rivière et cailloux – photographie Pascal Osten

mains – études

mouvement des mains
aujourd’hui demain
tractions, tensions,
plis et replis
attention
frictions

Festival Fotolimo

“Si les limites nous sont nécessaires s’y confronter l’est tout autant. Relier les deux cotés que sépare une frontière c’est chercher le dépassement de l’artificiel pour penser l’unité. Nous proposons dans ce cadre d’appréhender la frontière de façon à mettre à l’épreuve notre conception du monde, de sa géopolitique, et aussi de notre humanité.En ces temps difficiles les frontières sont des enjeux majeurs sur les perspectives de nos devenirs nous les voyons se renforcer en murs, en lignes nettes et en enceintes pour un repli sur soi. Or ces fermetures mortifères ne sont elles pas d’illusoires obstacles aux autres qui entrainent à refuser la différence et l’inconnu ? Car fermé sur lui-même tout organisme s’étouffe et meurt.Sans l’altérité nous dépérissons. Nous avons besoin de l’autre.Cette année nous souhaitons mettre en avant que la frontière peut aussi être un concept qui nous unit. Loin de la limite (que les mots anglais « boundary » ou « border » définissent mieux) c’est dans l’acceptation de son épaisseur que nous souhaitons l’aborder. Nous osons espérer la frontière en tant qu’interface, comme lieux producteurs des échanges qui nous nourrissent dans une vision cosmopolite et universelle. (…) “

Extrait du texte de présentation du Festival Foto Limo 2019

par Claude Belime et Patrice Loubon
Directeurs artistiques
Lumière D’encre / Negpos
(Le texte complet est lisible sur 9 Lives magazine )

Très heureuse d’être invitée à exposer ma série Presqu’îl-e, ce qui me permettra de montrer de nombreuses images inédites !

Le festival se déroule entre Portbou et Cerbère
du 19 au 29 septembre 2019


Consultez le programme du festival !


Je serai aux côtés de :

Angeles Alonso (France, Mexique)
Camille Carbonaro (France)
Delphine et Elodie / Delphine Élodie Chevalme (France)
Anne-Sophie Costenoble (France)
Philippe Dollo (France)
Pascal Fayeton (France)
Nathalie Lescuyer (France)
Gilles Mercier (France)
Richard Petit (France)
Ning Zuohong (France, Chine)
David Del Campo (Espagne, Madrid)
Xavi Millan (Espagne, Catalogne)
Beatriz Polo Iañez (Espagne, Baléares)
Neus Solà (Espagne, Catalogne)
Laetitia Tura (France)
Carla Yovane (Chili)

Bienvenu.e.s !!!

Intervenir

Texte écrit à l’intention des architectes et des professionnels travaillant en lien avec le patrimoine, dans le cadre d’une formation à la sensibilisation du jeune public.
Formation menée en 2018 par le CAUE du Doubs, le CAUE de la Nièvre, et l’association Pixel, qui devrait se renouveler au second semestre 2019.

« Intervenir :
Agir, prendre part à une action.
Se mêler d’une action, d’une situation en cours,
en vue d’influer sur le cours des évènements (…) »
Larousse.fr

C’est être invité, être un élément étranger dans un milieu donné.
C’est l’occasion d’une rencontre dans un cadre spécifié, organisé.
C’est revendiquer une place particulière, ni enseignant, ni animateur, ni prestataire de service, qui nécessite d’être pédagogue et pédagogique, à chaque étape.
C’est venir avec son propre bagage, au service d’un projet, d’une idée, pour accompagner un groupe dans une approche de la notion d’architecture, de patrimoine, d’espace.

Et parce qu’on ne donne généralement que des conseils que l’on aurait aimé recevoir soi-même, voici quelques points que j’aurais voulu avoir en tête lorsque j’ai commencé à intervenir auprès de jeunes élèves.

Les enjeux :
Il s’agit de partager, d’apporter, de porter, soutenir, impulser : un regard, une sensibilité, une préoccupation par rapport à l’espace et au bâti, suivant un projet définit (une thématique, un lieu, une ville, un quartier, un monument, un bâtiment spécifique, etc).

Les moyens :
Notre pratique professionnelle, nos centres d’intérêt.
Et les moyens décidés en amont.

L’interlocuteur :
Privilégier une personne bien identifiée représentant la structure qui a la charge du public (centre social, accueil périscolaire, établissement scolaire).

Le cadre :
Préciser et mettre au point en partenariat avec la structure :

  • Statut de l’intervenant.
  • Nombre d’enfants, d’ateliers, d’heures d’intervention.
  • Durée globale, calendrier et date de restitution.
  • Condition de restitution (forme, enjeux, ouverture au public, invitations).
  • Conditions matérielles : rémunération, prise en charge des trajets, repas, hébergement éventuel.
  • Prise en charge du matériel, des fournitures nécessaires.
  • Précisions concernant les conditions et facilités sur place (photocopies, prêt de matériel).

À bien évaluer également :

  • Temps de préparation
  • Réunions préalables
  • Temps de recherche et documentation
  • Mise en place et création d’outils spécifiques ou adaptation d’outils existants.
  • Temps de préparation avant chaque atelier
  • Traitement des éléments suite à chaque rencontre (traitement des photographies, des éléments produits, fichiers, documents…)
  • Préparation de la restitution (complément éventuel, plan d’accrochage, cartels, notes explicatives, invitations ?)
  • Temps d’accrochage (doubler l’estimation !)

Le choix des mots :
pour moi :
Un atelier (n’est pas un cours)
Un intervenant (n’est pas un animateur)
Une restitution (n’est pas nécessairement un rendu)
Une contrainte : oblige et interdit, laissant ensuite le reste libre
Une consigne : peut amener à ce que chacun arrive au même endroit, au même résultat.

L’ouverture :
Il me semble impératif de donner à chaque fois une vraie place à ce qui arrive, ce qui n’était pas nécessairement prévu, aux réponses, aux questions, aux intuitions, aux trouvailles des enfants, des participants.

Les difficultés :
Une piste pour dépasser les difficultés éventuelles est de toujours revenir aux fondamentaux : à ce qui a été défini, à ce qui vous porte (sujet, approche) et aux élèves. Se rappeler que l’on est un intervenant avec un but, si les conditions sont ouvertement remises en cause (abandon, désintérêt, mauvais accueil) se rappeler que l’on peut stopper une action, un atelier.

La restitution :
C’est un moment privilégié, pour mettre en valeur le travail réalisé mais aussi les tâtonnements, les essais, les recherches, les brouillons. Ne jamais hésiter à exposer les brouillons ! Pensez à ouvrir plus largement la restitution : visite par les autres classes, par les parents, ouverture au public, faire faire des visites guidées par les élèves…

Le caillou dans la chaussure :
ou la vertu du corps étranger, qui est un élément spécifique, qui étonne, inspire, dérange, perturbe, nourrit.

Il s’agit de s’engager avec un groupe dans une approche de l’architecture (du patrimoine, de l’environnement, de l’urbanisme) pour s’emparer, mettre en valeur, s’amuser (s’amuser !) détourner, faire fructifier, amplifier, suivre, poursuivre ce qui ressort des ateliers, des réflexions, des connaissances, des propositions.

À garder sereinement en tête : dans la chaussure, le caillou gêne immanquablement à un moment ou un autre. On peut être confronté au fait qu’on dérange (ponctuellement) parce qu’on est invité, qu’on est étranger à la structure qui accueille, parce qu’on a des privilèges (accès aux photocopieurs, aux fournitures, à un budget transport, à une salle) parce qu’on a un soutien spécifique pour travailler en demi groupes, parce qu’il peut y avoir de la lassitude, des questions, des inquiétudes, parce que les modalités sont différentes, parce que le résultat est inconnu et pour une part imprévisible.

Rassurez-vous et rassurez autour de vous : ce sont ces mêmes caractéristiques qui en feront un projet intéressant, une rencontre marquante, une intervention réussie.

Et bons ateliers  !”

Corps en écho – vidéo du projet

de l’homme de Vitruve au corps contemporain

Ou comment approcher le lieu, riche de son histoire, de son architecture, de toutes les traces du temps et des œuvres qu’il héberge ? Témoignage de la Renaissance à travers chaque personnage sculpté, chaque décor, chaque ornementation, qui nous regarde depuis 500 ans.

Approcher les lieux, la lumière, le silence de la pierre et la texture du bois des parquets. Inviter les élèves à s’emparer de cette idée, pour rechercher, réinterpréter, matérialiser une nouvelle image du corps, des corps et de ses postures, en dialogue avec l’espace particulier de cet Hôtel, qui l’est tout autant.

Partir de l’Homme de Vitruve et de l’icône que c’est, presque un logo, un pictogramme, une signature. Que ce soit le point de départ, l’image mentale commune, et accompagner les étudiants dans leurs recherches, à travers la photographie et l’écriture.

Et prendre place collectivement, dans le lieu du dialogue, entretenu au fil des rencontres depuis le début de l’année, et proposer, humblement, cette réponse multiple, personnelle, fictionnelle, intime et singulière.


Mars 2019

Corps en échos, ou la relation, la tension, entre corps et espace.
S’approcher des lieux, la pièce, l’escalier monumental, l’oratoire, la salle basse, le passage couvert incliné. Ces espaces de l’Hôtel Lallemant à Bourges, construit entre 1495 et 1518, durant la première Renaissance française, confrontés au corps de celle ou celui qui regarde, qui s’installe, qui questionne.

Retour en vidéo sur ce projet mené avec la classe préparatoire aux études supérieures – Classe d’approfondissement en arts plastiques du Lycée Alain-Fournier, année 2018-2019.
Vidéo réalisée par l’un des étudiants : Antoine Resende.

Photographie Delphine Bordat